韓國 天主敎 發祥地 天眞菴 聖地  Chon Jin Am, Le Lieu Saint Natale de L'Eglise Catholique en Coree

Les tombs des 5 Fondateurs de l'Eglise en Coree, Yi Byok, Yi Seung Hoon, Kwon Yil Shin, Kwon Cheol Shin, Jeong Yak Jong.

La celebration annuelle commemorative de la fondation de L'Eglise Catholique en Coree il 24 de juin chaque annee.

Procession mensuelle avec chandelle pour la paix mondiale avec Notre Damme du premiere samedi. 

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 Histoire de la fondation del’Eglise catholique en Corée

  
Brève histoire de l’Eglise catholique de Corée
fondée par le peuple coréen
 
  
 
 
Le chanoine Byun Ki-Yung
Traduit par Kim Chung-Ok
et corrigé par Colette Noir
 
 
 
 
 
Sanctuaire de Chon-jin-am

Lieu de naissance de l’Eglise catholique de Corée

 

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Table des matières
 
 
Introduction
 
Chapitre I :  La providence de Dieu envers le peuple coréen et la préparation lointaine
 
1.   L’origine du peuple coréen Han : de la chaîne du mont Cheon-san à un territoire d’environ 3,000Ri(三千里)
2.La religion à l’époque de ‘Cheon-jé-kyo’(天祭敎) - L’aspect folklorique de l’expression de la foi
3.   L’accueil de la culture religieuse arrivant d’autres pays
 
 
Chapitre II : L’infatigable recherche de Dieu du peuple coréen et le début du christianisme
 
4. Les livres et présentés par Yi Sou-Kwang ont fait connaître la science du ciel (天學) et naître le mouvement spirituel de la science pratique
5.  Le livre que Heo Kyun avait utilisé et son livre :
6.  Les 5 catholiques chinois amenés en Corée par le prince héritier So-Hyun et Moukam Yi Kyung-Sang
7. Les catholiques du bord de la mer de l’Ouest dans la province Hwang-hai-do autour du fleuve Dou-man
8.  L’évêque chinois du diocèse de Nanking, Mgr Gregorio Lopez (羅文璪) était en plus chargé provisoirement du diocèse de Koryeo (Corée)
9.  Les catholiques coréens dispercés dans le temps et l’espace
 
 
Chapitre III : La recherche de la science du ciel, la pratique de Yi Byok et les activités pour la fondation de l’Eglise
 
10. L’Eglise catholique de Corée a commencé avec Yi Byok et avec des jeunes compagnons d’environ 20 ans
11.  « Le fondateur de l’Eglise de Corée est Kwangam Yi Byok.» 
- St Daveluy
12. « C’est Yi Byok qui a envoyé Yi Seung-Houn à Pékin comme délégué de la communauté coréenne » - St Maubant
13.  « C’est Yi Byok qui m’a fait connaître le catholicisme. » 
- Yi Seung-Houn
14.  « Yi Byok, grand docteur, spécialiste dans la recherche de la science du ciel. Il a envoyé Yi Seung-Houn à Pékin. » 
- Séminariste Kim Dae-Keon
15. «C’est Yi Byok qui est fondateur de la science du ciel en Corée »
- Chroniques de la dynastie des Yi
16.  « Yi Byok est fondateur de l’Eglise catholique de Corée. »
- de Yi Man-Chai
17. « En arrivant à Pékin, tu demanderas un livre de prières et enfin tu demanderas le baptême. » - Lettre de Hwang Sa-Yung
18. « Yi Seung-Houn, 3 frères de Cheog Yak-Yong, Kwon Il-Shin avec son fils étaient assis autour de Yi Byok… » 
- de Yi Man-Chai
 
 
Chapitre IV : Chonjinam et Yi Byok dans les documents de Cheong Yak-Yong
 
19. « Yi Byok doué de savoir et de vertu avec l’esprit d’un sage » 
- Cheong Yak-Yong
20. « Comme une grue du ciel descendue dans ce monde des hommes, nous avons vu une allure divine chez Kwangam Yi Byok. » 
- Cheong Yak-Yong
21. « Il y a un an que Kwangam Yi Byok est parti, comme une grue, il s’est envolé sur l’automne, je suis allé voir les feuilles colorées de l’automne à Chon-jin-am » - Cheong Yak-Yong
22. « A Chon-jin-am, on voit encore la maison où Yi Byok lisait… » 
- Cheong Yak-Yong
23. Cheong Yak-Yong dit qu’il pleure en caressant le cahier de notes où se trouve les écrits de Kwangam Yi Byok pour l’aider à faire les devoirs du roi Cheong-Jo
 
 
Chapitre V : Fondation de l’Eglise catholique de Choseon par Yi Byok
 
24.  Les activités nombreuses de Yi Byok : étude et pratique de la science du ciel
25. La maison de lecture de Yi Byok et la salle de Conférences à Chon-jin-am étaient un lieu de formation spirituelle de la science du ciel pour les jeunes lettrés coréens
26. Les jeunes précurseurs suivaient 10 jours de réunions d’études en plein hiver rigoureux à Chon-jin-am
27. « Quand il y avait suffisamment d’amis intéressés par la foi, Yi Byok leur dictait un résumé du cathéchisme Seong-kyo-yo-ji »
- par Cheong Hak-Soul en 1837
28. La participation ardente de Yi Byok aux Conférences de Chon-jin-am dans les montagnes de Kwang-jou en pleine nuit d’un hiver rigoureux 
- par Mgr Daveluy
29. Yi Byok s’est livré à l’étude de la science du ciel et son application de 1770 à 1783
30. L’histoire de Chon-jin-am, lieu de naissance de l’Eglise catholique de Corée
31.  On ne devient pas un croyant catholique par le baptême, mais il faut être un croyant catholique pour recevoir le baptême
32. « Les fondateurs de l’Eglise catholique de Corée sont des laïcs » 
- Le pape Jean- Paul II
33. Le Japon a été évangélisé par François Xavier, la Chine par Matteo Ricci
 
 
Chapitre VI : L’Eglise catholique de Corée fondée à Chon-jin-am s’est implantée à Séoul
 
34. L’Eglise catholique répendue à Séoul, Sou-pyo-dong et Myung-rye-bang, à Ma-hyun et à Yang-keun
 
 
Chapitre VII : Première persécution de l’Eglise catholique en 1785 et les poèmes des martyrs
 
35. Première persécution en 1785 : martyre de Yi Byok et exil de Kim Beom-Ou
36. « Comme un morceau de bougie qui te brûle la chair et les os pour te donner la lumière et pour te donner en sacrifice à Dieu » 
- Yi Seung-Houn
37. Martyre de Kwon Il-Shin et de Kwon Cheol-Shin
38. Martyre de Yi Seung-Houn et de Cheong Yak-Jong
39. Martyre de Kwangam Yi Byok
40. Dernier poème de Yi Byok composé juste avant sa mort
41. Le poème de vénération composé par Yi Byok
42. L’hymne funèbre de Cheong Yak-Yong dédié à l’enterrement de Yi Byok en 1785
43. Les notes personnelles sur Yi Byok
 
 
Chapitre VIII : Fondation de l’Eglise catholique de Corée
 
44. Les activités sacramentelles du clergé improvisé que les fondateurs de l’Eglise catholique de Corée ont organisées volontairement en tant que laïcs
 
 
Chapitre IX : Formation des prêtres par des laïcs coréens
 
45. L’organisation du clergé provisoire et leurs activités sacramentelles en tant que laïcs étaient le premier pas de la formation des prêtres
46. Avant les 3 séminaristes, Kim Dae-Keon, Choi Yang-Eob et Choi Kwa-Choul, il y avait les autres séminaristes qui étaient envoyés par l’Eglise de Corée à Macao et à Yo-dong
47. Le petit fils de Yi Seung-Houn, Yi Jae-Eui et le fils de Cheong Yak-Jong, Cheong Ha-Sang étaient séminaristes juste sur le point d’être ordonnés diacres au grand séminaire de Corée avant les séminaristes Kim Dae-Keon et Choi Yang-Eob
 
 
Conclusion
 
48. L’esprit religieux inné du peuple Coréen pour la recherche de la vérité et la pratique pour la protection et le témoignage de la vérité
 
 
Appendice
 
49. Pour un éclaircissement sur le sujet de martyredes fondateurs de l’Eglise de Corée
50. Re-éclaircissement sur la mortet le martyr de Yi Byok
51. Les expressions sur le dernier moment de la vie de Yi Byok
52. Notes de Cheong Yak-Yong sur la maison de lecture de Yi Byok
et la biographie de Yi Byok par Cheong Hak-Soulsur la communauté de Chon-jin-am
53. Documents de référence sur la catéchèse de l’Eglise catholiquesur les chrétiens avant le baptême à l’eau :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Introduction
 
 
Avant de monter les montagnes Han
Avant de couler la voie lactée
L’esprit de Dieu a couvé le peuple Han-ga-ui et
A l’étoile du matin,  un enfant du ciel est né dans ce territoire.
Les anges du ciel l’ont accueilli, envieux,
Le grand maître du peuple Han, Kwangam Yi Byok,
Le grand maître du peuple Han, Kwangam Yi Byok.
 
 
En remontant dans la nuit des temps, nous allons voir le chemin parcouru par le peuple coréen en adorant Dieu. L’objet de notre prochain livre sera de rassembler toutes sortes de documents et de matières pour trouver les traces de nos ancêtres dans notre vie d’aujourd’hui. Il faudra comparer ces documents, les éclairer avec plus de précisions et enfin en faire une synthèse. Ce livre aura pour titre .
Dans l’édition présente, vous lirez une brève histoire de la fondation de l’Eglise catholique de Corée commencée, il y a 2 siècles, par Yi Byok autour de Chon-jin-am avec de jeunes savants érudits âgés d’à peine 20 ans, sans prêtres ni missionnaires.
L’histoire de la fondation de notre Eglise, pour ce qui nous est connu actuellement était basée sur les écrites par un missionnaire français Mgr. Daveluy et confrontées avec les notes des jugements ou des persécuteurs en Corée.
Dans ce livre, vous ne trouverez pas seulement les anciens documents sur cette histoire, mais aussi les autres petits fragments de documents découverts un peu partout chez les descendants des premiers chrétiens qui nous font sentir encore aujourd’hui la présence physique des ancêtres. Il y a donc pas mal de contenu élaboré par les études comparatives, analytiques et synthétiques.
Donc un autre livre va suivre prochainement avec davantage de contenu, plus détaillé et ordonné. D’autre part je ne doute pas qu’il sera suivi de bien d’autres livres, écrits par d’autres, plus étoffés et plus complets. Ainsi l’histoire de la fondation de l’Eglise de Corée deviendra plus claire.
 
Il y avait environ 200 ans commençait l’Eglise catholique. Le nom de notre pays s’appelait Choseon, mais il s’est ensuite appellé ‘Empire Dae-Han’, puis il n’a plus eu de nom durant l’occupation et l’annexion par le Japon. Actuellement notre pays s’appelle ‘Dae-han-min-kouk’ et au Nord, Choseon In-min-kong-hwa-kouk. Cependant la pluspart d’anciens pays puissants comme Ko-gou-ryeo, Bal-hae et Ko-choseon font partie maintenant du territoire de la Chine dont certaines parties s’appellent encore « les territoires autonomes de race Choseon ». On ne sait pas comment ces anciens pays sont appelés actuellement. De plus en voyant toutes les discussions avec la Chine par rapport à l’ancienne histoire de Ko-gou-ryeo, il me paraît important de connaître l’histoire.
J’ai décidé d’écrire mon prochain livre : pour tous ceux qui appartiennent à ce peuple Bae-dal afin qu’ils puissent lire facilement et agréablement un livre de leur histoire. Surtout pour qu’ils portent plus d’attention, non seulement sur les œuvres que ce peuple avait réalisées à leur époque, mais aussi sur la qualité spirituelle de ce peuple dans sa longue histoire.
Dans ce premier livre, vous lirez une brève histoire de la fondation de l’Eglise catholique de Corée qui vous montrera comment les fondateurs laïcs coréens ont travaillé d’une façon particulière et miraculeuse.
 
 
 
 
 
ChonJjnam, le 14 Octobre 2004
Par le chanoine Byon Ki-Young
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre I
La providence de Dieu envers le peuple coréen
et la préparation lointaine
 
 
Dieu a donné au peuple Bae-dal la grâce de la qualité spirituelle de la foi en Dieu.
Notre peuple est le peuple de Dieu.
Depuis très longtemps notre peuple a vécu toujours adorant et servant Dieu
Et Dieu était toujours avec lui et il l’a protégé.
Ainsi nous sommes le peuple de Dieu éternellement.
 
 
1. L’origine du peuple coréen Han : de la chaîne du Mont
Cheon-san à un territoire de 3,000 km2 environ
 
Le peuple coréen Bae-dal a émigré durant quelque dix mille ans à partir de la chaîne du mont Cheon-san(mont du ciel) vers l’Est, vers le pays où se lève le soleil. La raison de cette migration n’était pas pour une simple question économique : la recherche des lieux de chasse, ni pour une question politique: conquérir le territoire des autres, mais c’était pour la recherche d’un pays de lumière, un pays du soleil, parce que, tout en regardant le soleil qui se lève et se couche dans le ciel, il croyait au Dieu-Soleil, il l’adorait et le servait. Ainsi ce peuple a continué à marcher, marcher des années vers le soleil, vers l’Est où se lève ce soleil.
Le peuple Bae-dal adorait la clarté et la lumière. En fait, le peuple coréen avait quitté le Mont Cheon-san, la première patrie, couverte de neiges éternelles. En souvenir de ces neiges, pour sortir, il s’habillait en blanc les jours importants et les jours de fêtes. Il honorait les montagnes comme des lieux sacrés. Elles étaient pour lui comme une échelle qui relie le ciel et la terre. C’est pourquoi il enterrait les morts dans ces hautes montagnes pour que leurs âmes montent plus facilement au ciel.
Les pionniers de la science coréenne, surtout les chercheurs de l’histoire du peuple Bae-dal comme Youkdang Choi Nam-Seon avaient écrit un livre (兒時朝鮮)>. Ces pionniers nous ont laissé de beaux récits historiques sur le peuple coréen le considérant comme un peuple saint.
Ainsi le peuple Bae-dal est arrivé sur cette terre depuis environ dix mille ans et il s’est installé dans le pays actuel. Ce peuple a donné volontairement des noms aux villages dont la signification évoque la lumière et la couleur blanche. Par exemple, Kwang-jou qui signifie ‘village de lumière’, Seong-jou ‘village d’étoile’, Yang-jou ‘village de lumière du soleil’, Myung-jou ‘village de clarté’, Baik-seong ‘village blanc’, Cheong-jou ‘village limpide’, Hwa-seong ‘village lumineux’ etc…
A l’âge préhistorique, une certaine tribu de notre peuple vénérait les animaux comme les tigres, les ours et les aigles, mais en général, il avait d’avantage de vénération, mélée de crainte respectueuse, envers les montagnes, les grands arbres, la mer, les étoiles, le soleil ou la lune. Parmi ces vénérations, la vénération envers le soleil et le ciel était de loin bien supérieure à la vénération envers les grands arbres, les animaux, les montagnes ou les fleuves[1].
 
 
2. La religion à l’époque de Cheon-jé-Kyo (天祭敎),
l’aspect folklorique de l’expression de la foi.
 
 
Notre peuple servant Dieu s’installa sur cette terre.
L’esprit qui adorait Dieu s’est mis plus en ordre et s’est développé plus beau et saint
Dans une vie simple, vraie, modeste et humble.
 
 
Il y a environ cinq mille ans, autour de l’époque de Dankun-Choseon, la vénération envers le Ciel ou l’estime envers les adultes, le chef de tribu ou le chef d’Etat, s’organisaient en systèmes et en coutumes. On faisait des offrandes au Ciel un peu partout et différentes selon les régions. Finalement la coutume de faire des offrandes au Ciel était devenue commune à tout le peuple et on l’a gardée comme une longue tradition. En un mot on peut dire que la foi du peuple coréen provient de cette foi dans le Ciel, la foi pure et naturelle, simple et modeste. Cet esprit de Dieu demeure toujours dans le cœur de ce peuple comme on le trouve encore aujourd’hui dans l’hymne national du pays : «Vive la Corée sous la protection de Dieu ! »
Le peuple coréen accepte les différentes croyances religieuses. Sa largeur d’esprit lui permet d’accueillir facilement d’autres chemins de vérité. C’est pourquoi il a souvent intégré d’autres religions que la sienne. Il en a fait une nouvelle en l’adaptant à sa propre mentalité pour la transmiettre à ses descendants.
 
 
 
3. L’accueil de la culture religieuse arrivant d’autres pays
 
Nos ancêtres ont accueilli généreusement des religions ayant d’autres origines. Par exemple, ils ont accueilli le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme . Ils les ont intégrés dans la culture coréenne.
Le bouddhisme, l’enseignement du çàkyamuni Gautama Siddartha Bouddha (B.C. 540-480, né à Lumbia, Népal) a été introduit déjà en 372, à l’époque des Trois Royaumes de l’ancienne Corée (de 4e à 7e.sc). Il a été bien implanté et il a grandi dans la culture coréenne durant des siècles jusqu’à l’époque du Royaume de Koryo (918-1392). Le confucianisme, centré sur les enseignements de Confucius et de Mincius a été introduit assez tôt. Il a influencé profondément la culture coréenne jusque dans le protocole, le savoir-vivre à partir des trois principes, de cinq préceptes moraux de Confucius et de la culture des offrandes aux ancêtres.
Le christianisme sera introduit en Corée seulement au 18e siècle. Il sera bien accueilli par ce peuple qui adorait le Ciel. Lui aussi est bien enraciné aujourd’hui malgré toutes les difficultés pour croire que l’on retrouve partout dans le monde. Il porte en abondance de beaux fruits.
 
 
 
Chapitre II
L’infatigable recherche de Dieu chez le peuple coréen
et le début du christianisme
 
 
4. Les livres et                  seol> présentés par Yi Sou-Kwang ont fait connaître la science du ciel (天學) et naître le mouvement spirituel de la science pratique
 
Le christianisme répandu aujourd’hui dans la plupart des pays est transmis habituellement par des missionnaires étrangers, mais en Corée, il a été introduit par des Coréens eux-mêmes avant l’arrivée de missionnaires étrangers. Ils ont lu des livres concernant le christiannisme, apportés de Chine.
Au moment de l’invasion japonaise en 1592, un missionnaire espagnol l’abbé Sespedes, était venu en Corée avec un religieux japonais comme aumônier des soldats japonais dans la région du bord de la mer du Sud, à Gom-nae de Jin-hae Il y est resté environ 6 mois. Evidemment il a célébré des messes, administré les sacrements aux malades. Dans le camp militaire des japonais il a fait le catéchisme aux quelques prisonniers coréens et les a baptisés. Mais quand la guerre fut finie et que les soldats japonais furent repartis, les Coréens baptisés sont aussi partis avec eux. Ainsi il ne resta plus de catholique dans le pays.
Cependant durant cette guerre avec le Japon, Jibong Yi Sou-Kwang (1563-1628) était allé 3 fois au Myung. Il a apporté des livres sur le catholicisme en chinois, par exemple le livre (天主實錄正文).[2] De jeunes savants coréens ont commencé à étudier lcs livres. Ils ont ainsi commencé à connaître le catholicisme pour la première fois. Surtout par le livre de Yi Sou-Kwang (芝峯類說). Ils ont découvert des idées venant de l’occident. Cela a été une occasion de faire germer un esprit de science pratique en Corée.[3] Il est inévitable et raisonnable de conclure que ce mouvement de la science pratique est né vers le 16e-17e siècle. La plus part des recherches sur ce sujet s’accorde sur cette date.[4]
 
 
5. Le livre que Heo Kyun avait utilisé et son livre 
 
Heo-Kyun (1569-1618) avait été formé par le confucianisme. Il avait un grand intérêt pour les religions comme le bouddhisme et le taoïsme. Un jour en revenant de Chine, il a apporté un livre . Il a pratiqué selon les prières de ce livre. Ainsi il est devenu le premier Coréen qui a commencé à prier avec ces textes. Il a publié aussi un roman écrit pour la première fois en coréen qui a sensibilisé les consciences pour changer radicalement les structures sociales de la Corée. Plus tard il fut à la base d’une formation sur la science pratique. Dans la réalité confucianiste, ce roman est une œuvre littéraire influencée par le bouddhisme, le taoïsme et le christianisme. Ce roman est le fruit unifié de la pensée propre au peuple coréen : un humanisme.
 
 
6. Les 5 catholiques chinois amenés en Corée par le prince héritier So-Hyun et Moukam Yi Kyung-Sang
 
En 1637, la guerre éclata entre la Corée et le Cheong. Le prince héritier So-Hyun et son secrétaire Moukam Yi Kyung-Sang (ancêtre de la 5e génération directe de Yi Byok) ont été emmenés en otages au Cheong. Là ils ont séjourné à la maison Dong-hwa-kwan près de la porte Dong-hwa à Pékin. A cette occasion ils ont eu un contact avec l’abbé Adam Shall, missionnaire allemand, curé de la paroisse de Namdang. Ainsi ils ont eu des rudiments de connaissance sur le catholicisme. Quand ils sont revenus en Corée en 1645, ils ont apporté des livres catholiques, une carte du monde Keun-sang-gon-yeo-do (乾象崑與圖) et des souvenirs. Ils sont venus aussi avec 5 eunuques chinois qui étaient tous catholiques et ils sont restés quelque temps au palais royal à Séoul. Cependant on ne sait rien de ce qui s’est passé au palais royal. Par exemple, le prince héritier ou quelqu’un de sa suite aurait-il embrassé la foi catholique et aurait-il été baptisé? Mais tout s’était passé en grand secret et de plus le prince So-Hyun avait été empoisonné peu de temps après son retour et les 5 chinois avaient été renvoyés dans leur pays. En fait le prince So-Hyun et son entourage sont revenus
avec 5 laïcs catholiques, premiers missionnaires étrangers pour la Corée avec l’intention de faire connaître le catholicisme dans ce pays, mais la cour royale n’était pas disponible pour l’accueillir dans une telle situation de luttes entre les différentes mentalités.[5]
 
 
7. Les catholiques au bord de la mer d’Ouest de la province Hwang-hai-do et autour du fleuve Dou-man
 
Avant le premier groupe catholique de Yi Byok, il y avait déjà quelques catholiques dispersés : selon les notes des livres (日省錄), (備邊司騰錄) et les Chroniques de la Dynastie des Yi.[6] Notamment comme Yi Neung-Hwa l’avait résumé par quelques notes sur ce sujet dans son livre, il existait quelques catholiques dans la province Ham-kyung-buk-do, autour du fleuve Dou-man et au bord de la mer d’Ouest de Hwang-hai-do déjà au temps des rois In-Jo, Hyo-Jong, Souk-Jong et Yeong-Jo (1650-1750).[7]
Cependant le mot chinois Cheon-jou (天主) signifie le ‘Maître du Ciel’ était souvent écrit d’un mot chinois avec la même prononciation dont la signification est différente comme le ‘Pilier du Ciel’ (天柱). Quand on voit ce mot dans le contexte, on peut apercevoir tout de suite que c’est une simple faute de transcription en chinois pour dire la même chose en désignant le catholicisme.
En résumé on peut dire maintenant qu’il y avait de temps à autre quelques chrétiens isolés dans ce pays comme dans le camp des soldats japonais ou dans le groupe du prince So-Hyun, mais il n’était pas possible d’assurer la continuité ni de former une communauté ou une Eglise.
 
 
8. L’évêque chinois du diocèse de Nanking, Mgr Gregorio Lopez (羅文璪) était en plus chargé provisoirement du diocèse de Ko-ryeo, Corée
 
En janvier 1674, le pape Clément X a nommé le premier prêtre chinois Gregorio Lopez comme évêque du diocèse de Nanjing et en même temps provisoirement pour le diocèse de Kor-yeo en Corée. Cela témoigne que le Vatican avait déjà montré une certaine préoccupation pour la mission en Corée.[8] On peut dire que c’était une préparation lointaine pour l’évangélisation de la Corée de la fin du 16e siècle au milieu du 17e siècle. Mgr G. Lopez avait un grand intérêt pour la mission, il envoya un rapport au Vatican. C’était grâce aux efforts, à l’intérêt des diplomates et des savants coréens pour se faire connaître jusqu’à Rome et à l’Eglise de Nanjing. Notamment en faisant plusieurs voyage à Pékin, Yi Sou-Kwang, Heo Kyun et l’entourage du prince So-Hyun ont essayé de prendre contact avec les missionnaires européens : Allemands, Français et Portugais.
L’évêque de Nanking ne put rien faire pour la mise en place d’une Eglise locale, malgré sa position, sa fonction et tous les efforts pour la mission Aussi ce projet fut arrêté. Il y eut malgré tout un intérêt de la part de l’Eglise de Rome. Cet intérêt fut une réponse à tous les efforts du peuple coréen.
 
 
9.  Les catholiques coréens dispersés dans le temps et l’espace
 
A l’invasion japonaise de 1592, un missionnaire espagnol et un missionnaire japonais étaient venus en Corée pour les activités missionnaires.  A l’invasion du Cheong en 1636, le prince So-Hyun et M. Yi Kyung-Sang sont partis en otages et revenus avec 5 catholiques chinois. Ils sont restés quelque temps dans le palais royal. Mgr Gregorio Lopez, évêque du diocèse de Nanking, et provisoirement du diocèse de Koryeo, a tenté de mettre sur pied une mission pour la Corée.
En résumé, on peut supposer que certains coréens du bord de la mer de l’Ouest de Hwang-hai-do et autour du fleuve Dou-man auraient eu connaissance du catholicisme par les contacts avec des chrétiens orthodoxes ou catholiques chinois. Ils auraient reçu le baptême. Tout cela peut être considéré comme un événement.
Leur foi était restée à un niveau personnel, isolée dans le temps et dans l’espace. C’est pourquoi elle n’a pas été transmise, elle a disparu quand la situation ou les conditions de vie ont changé.
Par exemple, quand les soldats japonais se sont retirés, la cour royale a ordonné l’interdiction du catholicisme aux gouverneurs des provinces à Hai-Jou de Hwang-hai-do et à Heui-ryung de Ham-kyung-do, la pratique de la foi personnelle des chrétiens isolés sans être organisés en groupe s’est tout de suite arrêtée et a disparu. De plus au décès de Mgr G. Lopez, tout le projet de la mission pour la Corée s’est arrété. Ainsi certains Coréens étaient devenus catholiques grâce aux rencontres avec les missionnaires européens, chinois ou japonais. Cependant ils n’avaient pas eu la chance de se regrouper ni de vivre en communauté chrétienne pour pouvoir continuer et transmettre leur foi aux autres générations.
 
 
 
Chapitre III
La recherche de la science du ciel, la pratique de
Yi Byok et les activités pour la fondation de l’Eglise
 
 
10. L’Eglise catholique de Corée a commencé avec Yi Byok et des jeunes compagnons d’environ 20 ans
 
Tout le travail de Kwangam Yi Byok et des jeunes lettrés coréens est à l’origine de l’Eglise Coréenne. Toutes les recherches de la science du ciel,[9] la pratique et la transmission de la foi ont permis l’évangélisation du peuple Coréen, malgré toutes sortes de difficultés, malgré les persécutions sanglantes. Ce mouvement et ces activités catholiques ont beaucoup influencé également la réforme de la société et la modernisation du pays.
Beaucoup d’historiens pensent que les personnages principaux de la fondation de l’Eglise comme Yi Byok(1754-1785), Yi Seung-Houn(1756-1801), Cheong Yak-Jeon(1758-1816), Cheong Yak-Jong(1760-1801), Cheong Yak-Yong(1762-1836), Kwon Chul-Shin(1736-1801) et Kwon Il-Shin(1742-1792) étaient des lettrés d’un parti politique, Nam-in. Ils disent aussi que ces personnalités étaient en liaison avec Seongho Yi Ik (1681-1763), Sounam Ahn Jeong-Bok (1712-1791). Ces savants de la science pratique ont fondé l’Eglise catholique. Mais ceux qui ont lancé le mouvement de la foi catholique par l’étude de la science du ciel étaient des jeunes d’environ 20 ans, autrement dit, ils étaient un peu trop jeunes pour dire qu’ils faisaient partie de la science pratique.
Donc ce n’est certainement pas les savants de la science pratique qui ont fondé l’Eglise catholique. D’autre part on peut affirmer que la science pratique de Choseon (Corée) a été fondée par des savants car, par leur intérêt pour le catholicisme, ils ont recueilli des livres catholiques, les ont étudiés et les ont fait connaître dans le monde des savants, jusqu’à devenir presque des catéchumènes catholiques par l’esprit. Tous les recueils, la diffusion des livres catholiques, les études, les recherches de ces livres ont fait connaître le monde occidental dans ce pays. La pratique du catholicisme par Jibon Yi Sou- Kwang, Heo Kyun, leprince So-Hyun et M. Yi Kyung-Sang, a non seulement fait connaître le monde occidental mais en même temps elle a favorisé l’esprit de réforme dans la société de Chosun. Ensuite Cheong Dou-Won ou Yi I-Myung ont apporté des livres de la science du Ciel et les ont étudiés, tandis que Shin Hou-Dam était critique. Plus tard Seongho Yi Ik, Sounam Ahn Jeong-Bok, Kwon Chul-Shin, Kwon Il-Shin, Yi Byok, Yi Seung-Houn, Cheong Yak-Jeon, Cheong Yak-Jong, Cheong Yak-Yong…, ont basé toutes leurs recherches et leurs activités sur les livres catholiques en étudiant le pour et le contre. Cela a élargi leur horizon. Encore une fois, on peut conclure que ce n’est pas la science pratique qui a fait naître le catholicisme en Corée, mais au contraire, c’est le catholicisme qui a fondé la science pratique en Corée. Si la science du ciel a bien influencé la pensée de la science pratique, c’est grâce à Kwangam Yi Byok qui avait lancé la recherche de la vérité et l’avait pratiquée.
Vers 1770, Kwangam Yi Byok est le personnage principal. Il a joué un rôle central pour la recherche de la science du ciel, la pratique et même la diffusion. Quand on regarde attentivement lasituation de cette époque, fonder l’Eglise catholique était plus difficile que de commencer une nouvelle religion comme il est plus difficile de traduire un livre que de l’écrire soi-même. Car c’était très difficile de trouver des livres ou des objets religieux. De même il était très difficile de contacter des personnes spécialisées, des missionnaires, ceux-ci ne pouvant sortir facilement du pays. On ne pouvait pas faire ce qu’on voulait au point de vue des pratiques religieuses comme ils l’avaient déjà fait entre eux : célébrer la messe, donner lesacrement de confession. Ces activités sacramentelles ont été arrêtées immédiatement quand «ils ont compris» qu’elles étaient interdites aux laïcs. Malgré toutes ces conditions défavorables pour vivre cette foi en Dieu à cause de l’incompréhension, du rejet de la science du Ciel et des persécutions constantes, ils ont osé construire malgré tout une Eglise catholique qui était tout à fait nouvelle dans ce pays.
 
 
11. « Le fondateur de l’Eglise catholique de Corée est
Kwangam Yi Byok. » - Saint Daveluy
 
Mgr. Daveluy(1818-1866), missionnaire français des Missions Etrangères de Paris, est arrivé en Corée en 1845 avec le prêtre coréen Kim Dae-Keon (1821-1846). Il est devenu plus tard le 5e évêque du diocèse de Choseon, il a été canonisé en 1984 avec des Coréens dont Kim Dae-Keon. Durant les 21 ans de sa mission en Corée, il a étudié la situation et l’histoire de l’Eglise de Corée et il nous a laissé plusieurs documents importants pour l’Eglise, notamment les. Dans ses notes, il a souligné que l’histoire de l’Eglise Coréenne a commencé par les grandes conférences de Yi Byok (1754-1785) :
 
« L’histoire proprement dite de l’Eglise de Corée commence avec les conférences de Ni Pieki(=Yi Byok).[10]
 
« L’instrument dont Dieu se servit pour donner le premier mouvement à la religion dans ce royaume de Corée fut Ni Pieki appellé Deok-Jo, surnommé par lui-même Kwang-Am. Pieki descendait de la famille des Ni de Kieng Tsiou. »[11]
 
« Kouen Ambroise, T’siel Sini était l’aîné de la famille des Kueon que Ni Pieki choisit pour en faire le fondateur de la religion dans ce pays. »[12]
 
Dans ses notes Mgr. Daveluy rapporte des paroles que Yi Byok adressait à Yi Seung-Houn en l’envoyant à l’Eglise de Pékin en 1783 pour rencontrer l’Eglise locale. Elles sont spécialement importantes. Les voici :
 
«Pieki (Yi Byok) continue en lui disant : ‘Puisque tu vas à Pékin, c’est une marque que le Dieu Suprême a pitié de notre pays et veut le sauver. En descendant de voiture, va de suite au temple du Maître du ciel, parle avec les docteurs Européens, interroge-lessur tout, approfondis avec eux la doctrine, informe toi en détail sur la pratique de la religion etapporte-nous tous les livres nécessaires. Va, la grande affaire de la vie et de la mort, la grande affaire de l’Eternité est entre tes mains. Va, et surtout, n’agis pas à la légère.’ Seung Houni écouta d’un air soumis les paroles de Pieki qui le pénétraient profondément. Il les a reçues comme la parole du Maître, et promit de faire tous ses efforts pour réaliser leurs désirs communs. »[13]
 
Ce que nous devons noter d’important ici, c’est l’attitude de Yi Seung-Houn recevant la parole de Yi Byok « comme la parole du Maître ». Ecrire le mot Maître avec le ‘M’ majuscule, cela veut dire en français ou en italien, qu’on le considère comme un Grand Maître tel Confucius ou Bouddha, Jésus ou Mahomet. Par là, on peut se rendre compte de la connaissance, de la vertu, de la compétence, de l’autorité de Yi Byok dans le respect et la confiance. C’était pour Yi Seung-Houn plus qu’un simple sage, plus qu’un saint.
Tout cela prouve que le commencement de la fondation de l’Eglise de Corée n’était pas le baptême de Yi Seung-Houn en 1784, mais qu’elle avait déjà commencé par les grandes conférences de Yi Byok en 1777 à Chon-jin-am. Mgr Daveluy n’a jamais parlé des « conférences de Kwon Cheol-Shin ». En fait Kwon Cheol-Shin était certainement un savant pour qui il avait beaucoup d’estime et de respect, mais ce n’était pas quelqu’un capable de réformer et de diffuser une religion étrangère.
 
12. « C’est Yi Byok qui a envoyé Yi Seung-Houn à Pékin comme délégué de la communauté coréenne. »  - Saint Maubant
 
Saint Maubant (1803-1839) est le premier missionnaire français arrivé en Corée. C’est lui qui a écrit et signé l’histoire des jeunes coréens de 15 ans : Kim Dae-Keon (1821-1846), Choi Yang-Eob et Choi Kwa-Choul au séminaire de Macao. Concernant l’histoire de la fondation de l’Eglise catholique coréenne, il y a des passages importants dans sa lettre et dans les documents envoyés à Paris environ deux ans après son arrivée :
 
« (…) Nous avons pu, cette année, nous procurer secrètement des notes manuscrites sur l’établissement de la religion chrétienne en Corée. Elles diffèrent peu de celles que j’avais possédées d’après la tradition orale…. En 1720, la 58e année du fameux Kanghi, un autre ambassadeur coréen nommé Y eut une entrevue avec les Missionnaires de Pékin et reçut d’eux des livres chrétiens qu’il emporta en Corée. Un nommé Koang, qui reçut le surnom de Jean, ayant lu ces livres, eut le bonheur de sentir et de goûter les vérités qu’elles renfermaient. Il embrassa la religionchrétienne et deconcert avec quelques autres convertis, il envoya en 1783, à Pékin, un autre délégué nommé Y, également, mais d’une autre famille, pour prendre de plus amples informations sur cette sainte religion. Y s’adressa aux missionnaires français et en février 1784 fut baptisé, sous le nom de Pierre (…).[14]
 
 
13. « C’est Yi Byok qui m’a fait connaître le catholicisme. » 
- Yi Seung-Houn
 
Envoyé à Pékin en 1784 par Yi Byok, Yi Seung-Houn a écrit une lettre en 1789 à un missionnaire de Pékin :
 
« Dans ma course j’ai rencontré un savant[15]ayant trouvé un livre sur notre Religion qu’il avait pratiquée pendant plusieurs années. Son travail n’avait pas été inutile : il avait des connaissances sur les points les plus difficiles à comprendre dans cette Religion, car sa foi et sa ferveur surpassaient encore ses connaissances. C’est lui qui m’a instruit et m’a soutenu. Nous nous sommes aidés mutuellement à servir Dieu. »[16]
 
14. « Yi Byok, grand docteur, spécialiste dans la recherche de la science du ciel. Il a envoyé Yi Seung-Houn à Pékin »  - Kim Dae-Keon séminariste
 
Avant de recevoir l’ordination, le séminariste Kim Dae-keon a commencé son résumé sur l’histoire du catholicisme en Corée par la note sur Kwangam Yi Byok :
 
« En Corée il y a beaucoup de philosophes qui ont découvert l’existence d’un vrai Dieu, Créateur et Moteur de l’univers. Un d’entre eux, plus célèbre, s’appelle Yi Byok qui voulait servir ce vrai Dieu. Il a entendu dire qu’à Pékin cette foi se vit très activement. Il cherchait l’occasion de faire venir des livres chrétiens en Corée. Enfin Yi Seung-Houn s’informa auprès du docteur Yi Byok qu’il devait accompagner son père Yi Dong-Ouk pour un voyage à Pékin. Yi Byok lui a demandé d’essayerde rencontrer des missionnairesà Pékin pour leur demander des livres chrétiens et les lui apporter. »[17]
 
En 1785, une soixantaine d’années après la mort de Kwangam Yi Byok, Kim Dae-Keon, 23 ans, séminariste à Macao, a écrit un passage où il raconte que Yi Byok est né à Sol-meui, Chung-nam. A l’âge de 7 ans, pendant une dizaine d’années, il s’est réfugié avec ses parents dans une région montagneuse de Yong-In. A la fin de l’année 1836, à 15 ans, il est parti au séminaire de Macao. En ce temps de persécution, il n’y avait pas de livre d’Histoire ni de chrétiens organisés. Il n’était pas facile de rencontrer des chrétiens et pourtant il connaissait déjà l’histoire de l’Eglise. Cela montre qu’il l’a apprise de quelqu’un de son entourage, probablement de son maître Cheong Ha-Sang (1795-1839) ou de son père Kim Jai-Joun, 1 an plus jeune que Cheong Ha-Sang. Cela montre que, soixante ans après la mort de Yi Byok, même les jeunes chrétiens de 15 ans savaient que l’Eglise Coréenne a commencé avec ce grand savant. 
 
 
15. « Yi Byok, fondateur du catholicisme à Choseon » 
- Notes des
 
Le fait que l’Eglise de Corée a été fondée par Yi Byok ne se trouve pas seulement dans des documents catholiques, mais aussi dans les notes des Chroniques de la Dynastie des Yi.
 
« D’après l’interrogation à Cheong Yak-Jong, c’est Yi Byok qui a découvert pour la première fois la science occidentale et l’a approfondie, puis il a demandé à Y Seung-Houn de partir à Pékin. »[18]
 
Surtout quand on voit le rapport fait par les persécuteurs sur les deux frères, Yi Byok et son frère Yi Kyok, on pourrait dire que ce rapport prouve officiellement le fait que l’Eglise a été fondée par Yi Byok :
 
« Donc Yi Byok est le chef de cette bande vicieuse. Est-il normal que son frère Yi Kyok occupe encore un rangsupérieur ? Il faut l’enlever tout de suite de sa fonction et le renvoyer. »[19]
 
« Le plus grand chef de la bande vicieuse, c’est Yi Byok. Alors il est impossible que son frère Yi Kyok garde encore une fonction publique. »[20]
 
 
16. «Yi Byok est fondateur de l’Eglise catholique de Corée.»
 -<Byok-ui-pyun> de Yi Man-Chai
 
«Yi Byok, frère perfide de Yi Seok, ancien fonctionnaire de la province, est le chef qui a commencé le premier cette vicieuse religion catholique. Donc tout le monde le connaît comme le fondateur du catholicisme »[21]
 
 
17. «En arrivant à Pékin, tu demanderas un livre de prières et enfin tu demanderas le baptême.» 
- Lettre de Hwang Sa-Yung
 
Nous avons déjà lu les différentes notes prouvant que Yi Byok a envoyé Yi Seung-Houn à Pékin pour recevoir le baptême. Dans les notes de Mgr Daveluy le témoignage de Cheong Yak-Jong, la lettre de Kim Dae-Keon, vont dans le même sens. Voici encore un autre témoignage de Hwang Sa-Yung (1775-1801) sur le même sujet. Il est écrit sur de la soie :
 
« Yi Seung-Houn était le lettré préféré de Yi Byok. Quand il allait accompagner son père à Pékin en 1783, Yi Byok lui a dit : « En arrivant à Pékin, tu trouveras une Eglise catholique et un lettré occidental missionnaire. Tu lui demanderas un livre de prières et enfin le baptême. Je suis sûr que le lettré occidental t’aimera beaucoup. Tu devras apporter beaucoup d’objets religieux. Tu ne reviendras jamais les mains vides. Selon le conseil de Yi Byok, Yi Seung-Houn s’est présenté à l’Eglise catholique de Pékin et il a demandé le baptême. »[22]
 
 
18. « Yi Seung-Houn, 3 frères de Cheong Yak-Yong, Kwon Il-Shin avec son fils étaient assis autour de Yi Byok…» 
- de Yi Man-Chai
 
Un an après le retour de Yi Seung-Houn, après avoir reçu le baptême à Pékin, en 1784, la persécution a commencé(1785). Les notes du jugement de Byok-ui-pyun sur les martyrs catholiques montrent la relation de Kwangam Yi Byok avec les autres lettrés de son entourage.
 
« Au printemps de 1785, un homme nommé Yi Byok prêchait chez Kim Beom-Ou dont la maison se trouvait en face de Jang-rye-won. Il était assis contre le mur, couvrant sa tête et ses épaules avec une serviette de toilette bleue. Devant lui il y avait Yi Seung-Houn, 3 frères de Cheong Yak-Jeon, Yak-Jong et Yak-Yong, le père et le fils Kwon Il-Shin. Tous étaient autour de Yi Byok tenant un livre à la main et ils écoutaient son enseignement. Ils se disaient tous disciples de Yi Byok. Yi Byok dans son enseignement était très exigeant et sévère. Il était bien plus sévère que les confucianistes vis-à-vis de leurs disciples. »[23]
 
 
 
Chapitre IV
Chon-jin-am et Kwangam Yi Byok
dans les documents de Cheong Yak-Yong
 
 
19.« Yi Byok doué de savoir et de vertu avec l’esprit d’un sage » - Cheong Yak-Yong
 
Parmi les notes sur le commencement de l’Eglise de Corée, il y a une note plus détaillée et plusieurs fois mentionnée, non seulement sur Yi Byok mais aussi au sujet des conférences de Chonji-nam et les dires de Dasan Cheong Yak-Yong. En 1777, âgé de 15 ans, celui-ci dit de son maître Kwangam Yi Byok, 23 ans : « Il est doué de savoir et de vertu avec l’esprit plein de vigueur et de vaillance » « un grand personnage qui s’est formé à la vertu depuis son enfance ». Cheong Yak-Yong le prenait comme un modèle de vie et le respectait. Voici un poème dédié à son maître Yi Byok :[24]
 
二儀雖不改   L’ombre et la lumière ne peuvent être corrigés ni changés
七曜送舒券     Les sept jours de la semaine se déroulent tour à tour
嘉木敷春榮     Les bons arbres poussent plus fort au printemps
華滋易易變   Mais ils grandissent avec les feuillages épais qui changent toujours
控摠被驅迫     Yi Byok Gong étant persécuté par les téméraires
不能訴餘戀     Il ne leur fait pas face, à cause de la compassion
庶物無遍頗     Il ne voit jamais les choses avec partialité
貴達安所羨     La richesse et la gloire ne lui donnent aucune envie
賢豪氣相投   Il est doué de savoir et de vertu, plein de vigueur et de vaillance
親篤欣情眄   Il regarde tout autour de lui avec sympathie et bienveillance
令德勉早修     Il s’est formé à la vertu depuis son enfance
慷漑常見面   La justice et la fraternité se montrent toujours sur son visage.
 
 
20. « Comme une grue du ciel descendue dans le monde des hommes, nous avons vu une allure divine chez Kwangam Kong » - Cheong Yak-Yong
 
L’hymne funèbre pour l’ami Yi Deok-Jo’[25] est un des poèmes que Cheong Yak-Yong a composé à l’occasion des funérailles de Yi Byok. Dans ce poème, il a montré la personnalité de Yi Byok :«Comme une grue du ciel descendue dans le monde des hommes, où les poules et les canards la calomnient par jalousie », « nous avons vu une attitude divine chez lui ». Dans cet hymne funèbre dédié par Cheong yak-Yong, âgé de 23 ans, nous pouvons percevoir le niveau de Yi Byok au point de vue du savoir et de la vertu, qui était non seulement supérieur à un simple savant, mais aussi d’un niveau surnaturel et divin.
 
 
21. « Il y a un an que Yi Byok est parti, comme une grue, il s’est envolé en automne. Je suis allé voir les feuilles colorées d’automne à Chon-jin-am. »  - Cheong Yak-Yong
 
Cheong Yak-Yong allait souvent composer des poèmes à Chon-jin-am où on avait organisé les grandes Conférences. Ainsi au début de l’automne 1786, un an après la mort de Yi Byok, iI s’est rendu à Chon-jin-am en souvenir de son ancienne école et pour voir la couleur des feuilles d’automne. A cet endroit il a composé des poèmes.[26] Il aurait bien pu voir des feuilles colorées ailleurs par exemple sur les collines Keom-dan-san de sa région Ma-jai ou encore sur les montagnes Yong-mun-san qui sont plus proches de chez lui. Mais pourquoi donc est-il allé jusqu’à Chon-jin-am ? Ne pourrait-on pas dire que c’était pour se souvenir de Yi Byok, pour consoler son cœur vide à cause de l’absence de Yi Byok. Cheong Yak-Yong était encore bien occupé par sa fonction à la cour royale, mais il se rendait souvent à Chon-jin-am qu’il appelait parfois ‘Chon-jin’ simplement sans mettre ‘am’ qui veut dire ‘ermitage bouddhique’. Voici le poème :
 
 
 
Feuilles colorées de Chon-jin-am
 
Avec du vin acheté au village de Hwa-rang-bang
J’ai fait arrêter la voiture à l’ombre du mont Aing-ja-bong
Sous les fines pluies d’une nuit
Des deux côtés, les montagnes sont devenues plus rouges,
Fraîchement colorées.
 
La plupart des poèmes de Cheong Yak-Yong composés à Chon-jin-am sont une aide précieuse pour écrire l’histoire de l’Eglise en Corée. Il nous a laissé des poésies qui décrivent ses activités dans ce lieu. Il a dû participer à des conférences organisées par Yi Byok sur la science du ciel et la manière d’en vivre.
 
 
22. « A Chon-jin-am, on voit encore la maison où Yi Byok lisait… » - Cheong Yak-Yong
 
En 1797, Cheong Yak-Yong, âgé de 35 ans, exerçait la fonction de secrétaire et faisait partie de la 2e escorte du roi Cheong-Jo. A cette époque il est allé à Chon-jin-am avec ses frères le jour de la fête traditionnelle Dano. Il y a passé deux nuits en composant une vingtaine de poèmes. Parmi ces poèmes, il y en a un qui est très important pour nous.[27] Le voici :
 
« Venant à Chon-jin-am le jour de Dano avec deux frères
On voit encore la maison de lecture d’ Yi Byok
Mais il est difficile de retrouver les traces si lointaines de ce ‘Nokong’ (Yi Byok).
Les goûts poétiques et la figure de la rhétorique devraient être pareils
sur l’étatspirituel
En souvenir de cette époque, je bois du vin toute une demi-journée et l’autre demi-journéeJe compose les poèmes. »
 
Ce poème a été composé en 1797, 12 ans après le martyre de Yi Byok (1785) et 20 ans après la première année des Conférences à Chon-jin-am, en 1777[28]. Ce poème suppose que Dasan Cheong Yak-Yong était venu à Chon-jin-am plusieurs fois ou qu’il y était même resté quelque temps pour lire des livres. Le mot le plus important de ce poème, c’est le mot ‘lecture’. Au temps de Choseon, il existait des maisons de lecture[29], des sortes d’écoles spécialisées pour les hauts fonctionnaires et le mot lecture ici ne veut pas dire faire une simple lecture. Mais en la comparant à un institut de recherche post-universitaire de notre temps, la maison de Yi Byok prend une signification importante pour l’histoire de l’Eglise.
Le mot ‘Nokong’ veut désigner un grand personnage ressemblant à un grand tourbillon qui serait parti après avoir renversé le monde.
 
 
23. Cheong Yak-Yong dit qu’il pleure en caressant le cahier de notes où se trouvent les écrits de Kwangam Yi Byok pour l’aider à faire les devoirs du roi Cheong-Jo
 
Cheong Yak-Yong avait une grande admiration pour Yi Byok . On le trouve clairement écrit dans son cahier (中庸, pensée philosophique chinoise sur la vertu de modération). Ce cahier est un ensemble de notes sur les 70 questions posées sur le Joung-Yong par le roi Cheong-Jo pour les élèves candidats aux hautes fonctions en 1784 quand Cheong Yak-Yong était élève fonctionnaire à la cour royale. Et durant sa vie d’exil à Kang-jin en 1814, à 54 ans, il a retouché et complété ces notes. En caressant ces vieilles notes, en se souvenant du passé, il a exprimé son sentiment dans la préface :
 
«  En 1784, quand j’écrivais les réponses aux questionnaires pour le roi Cheong-Jo, j’avais demandé une aide à Yi Kong, mais maintenant qu’il a quitté ce monde, à qui pourrais-je la demander ? Même s’il était encore vivant, comment pourrais-je me comparer à son savoir et sa vertu ? Moi, je suis encore vivant et lui, il est parti depuis longtemps. Ah !, je n’arrive pas à arrêter mes larmes à sa pensée en caressant ces vieilles notes. »[30]
 
Quand on lit ses qu’il a retouchées et complétées presque 30 ans après la mort de Yi Byok (1785), on y trouve souvent dans presque chaque page : « Cette phrase n’était pas de moi, mais de Yi Byok. », « Cette parole n’était pas de moi, mais c’était la doctrine de Kwangam. », ou bien encore « Cette explication n’était pas de moi, mais c’était Yi Byok qui le voulait ainsi. », « Lisez bien le livre Joung-Yong et vous y trouverez beaucoup de phrases de Yi Byok. » C’est justement dans ce climat qu’il a retouché et complété ces notes si difficiles.
On peut encore bien sentir combien il a vénéré Yi Byok dans le texte de l’épitaphe sur la tombe de Nokam Kwon Cheol-Shin rédigée par lui-même :
 
« Moi (Cheong Yak-Yong), j’étais disciple de Yi Byok et mon frère plus âgé Yak-Jeon l’était déjà avant moi. Quand Yi Byok est devenu le premier chef et qu’il parcourait le pays pour diffuser le catholicisme, Kwon Il-Shin suivait Yi Byok avec beaucoup d’ardeur. »[31]
 
Dans le même sens, nous pouvons lire un autre texte, de Sounam Ahn Jeong-Bok. Celui-ci a envoyé plusieurs lettres à Kwon Cheol-Shin et à Kwon Il-Shin. Parmi ces lettres, il y en a une qui témoigne des activités de Kwangam Yi Byok comme chef de l’Eglise. Pour la première fois il fait l’éloge du catholicisme. Voici un extrait de sa lettre écrite en 1784 à Kwon Kai-Myung (Kwon Cheol-Shin) :
 
 « Vous aviez toujours refusé le bouddhisme et maintenant que vous vous êtes convertis au catholicisme vous ne voulez plus en sortir. Il me semble clair qu’il y a quelque chose de spécial dans ce catholicisme. Rien ne peut toucher aussi fort le cœur des hommes. C’est pourquoi je vous ai demandé dans ma dernière lettre de m’apporter des livres. Cependant j’ai appris que Yi Deok-Jo était passé récemment chez toi avec quelques uns de ces livres catholiques, aussi je ne comprends pas pourquoi il n’est pas passé chez moi en passant dans cette région… »[32]
 
Ici Ahn Jeog-Bok appelait Kwon Cheol-Shin : « Kwon Kai-Myung », Kwon Il-Shin : « Kwon Seong-Oh », Yi Byok : « Yi Deok-Jo ». Ainsi lui et Cheong Yak-Yong aimaient appeler Yi Byok :« Deok-Jo » (德操, qui souligne son caractère d’homme vertueux et volontaire pour continuer sa formation religieuse comme on garde fermement sa virginité [33]) au lieu de l’appeler par son vrai nom, il l’appelait « Deok-Jo » (德祖[34], ‘un homme vertueux’). Yi Byok se serait marié vers 15 ans selon la coutume de son temps, mais pour mieux se plonger dans les études de la science du ciel, à la formation spirituelle et en plus pour pratiquer les commandements du catholicisme, il aurait passé, autour de 17 ans, la plus part de son temps à Chon-jin-am loin de sa famille. Ainsi il verra la naissance de son fils unique Yi Hyun-Mo seulement à 30 ans, en 1784. De plus Cheong Yak-Yong dit que Yi Byok a été formé dans la vertu très jeune, cela veut dire, à cette époque, vers 10 ans. Autrement dit, il n’a pas été formé au sein de sa famille, mais ailleurs, d’une façon particulière. Il faudrait lire ce poème avec l’idée qu’il a été composé par Cheong Yak-Yong à 15 ans, l’année de son mariage, pour l’offrir à Yi Byok qui avait 23 ans. D’autre part, l’épouse de Yi Byok, Ryou-han-dang Kwon était d’une famille noble. Son père Kwon Eom était ministre des Armées. D’après lui, elle serait morte jeune parce que son mari, Yi Byok, était devenu fou à cause de la science du ciel, c’est-à-dire le catholicisme. Il a laissé sa jeune femme sans s’en occuper et il l’a fait souffrir comme ‘une femme qui vit séparée de son mari’. C’est une des raisons qui a poussé Kwon Eom à se lancer à fond dans la persécution des catholiques, en 1785. On pourrait dire qu’il a eu du ressentiment envers son gendre Yi Byok en pensant à sa fille.
 
 
 
Chapitre V
Fondation de l’Eglise catholique de Choseon
Par Kwangam Yi Byok
 
 
24. Les nombreuses activités de Yi Byok : étude et pratique de la science du ciel.
 
Toutes les notes de références que nous avons vues jusqu’ici témoignent que Yi Byok est fondateur de l’Eglise catholique de Choseon (Corée). Maintenant, nous allons voir plus précisément le contenu des activités de cette fondation, mais d’abord je vous présente les points essentiels :
 
(1)  Il a réuni les 3 doctrines, confucianisme, bouddhisme et catholicisme et les a accueillies à la maison de lecture de Chon-jin-am, lieu de formation spirituelle.
(2) Il a développé l’enseignement de la doctrine par des sessions de formation spirituelle et la pratique de la foi. Enfin il l’a fait perdurer.
(3) Il a rassemblé des jeunes lettrés et a formé avec eux une communauté des fidèles.
(4) Il a envoyé Yi Seung-Houn à Pékin comme délégué des fidèles de l’Eglise catholique de Choseon.
(5) Il a converti des nobles comme Kwon Il-Shin, Yi Seung-Houn et Cheong Yak-Jong à la foi catholique.
(6) Il a déplacé la salle de Conférences de Chon-jin-am à Sou-pyo-dong de Séoul. Il a pris l’initiative d’organiser des prières et des cours de dogme.
(7) Il a réussi brillamment dans le débat public avec de grands savants confucianistes comme Yi Ka-Hwan et Yi Ki-Yang.
(8) Il a déplacé la salle de rencontres à Myung-rye-bang et y a organisé des prières et des cours de dogme.
(9) Il a fait connaitre la foi de ‘Cheon-hak’ (catholique) de Chon-jin-am à Séoul ; Sou-pyo-dong et Myung-rye-bang, à Ma-hyun et à Yang-keun.
(10) En convertissant des personnes comme Kim Beom-Ou, Choi Chang-Hyun de la classe moyenne, il a facilité le lien de cette classe sociale avec l’Eglise.
(11) Durant la persécution de 1785, il a été martyrisé par sa propre famille. Enfermé d’abord dans sa maison, il est empoisonné et meurt de faim.
(12) Durant 60 ans (1785-1845), des confucianistes, des persécuteurs de catholiques, des fonctionnaires du pays et des fidèles catholiques, tous ont reconnu officiellement Yi Byok comme le fondateur ou le premier guide de l’Eglise catholique de Corée.
 
 
25. La maison de lecture de Yi Byok et la salle de Conférence à Chon-jin-am étaient un lieu de formation spirituelle de la science du ciel pour les jeunes lettrés
 
Cheong Yak-Yong a noté qu’en 1770, Kwangam Yi Byok s’est installé à la maison de lecture à Chon-jin-am pour étudier et pratiquer la science du ciel Cheon-hak. Les membres de la famille alliés par le mariage comme Cheong Yak-Jeon, Cheong Yak-Jong et Cheong Yak-Yong y sont venus souvent malgré leur jeune âge. Ils avaient beaucoup d’estime pour Yi Byok qui faisait leur formation spirituelle «Ils suivaient les cours selon le système du calendrier solaire : les mathématiques, la géométrie etc. Ils les approfondissaient. »[35] A ce moment-là, Cheong Yak-Jeon avait 12 ans, Cheong Yak-Jong, 10 ans, et Cheong Yak-Yong, 8 ans. Durant 10 ans, ils ont souvent fréquenté cette maison de lectures à Chon-jin-am et ils ont composé des poèmes qui nous font connaître ce qu’ils ont fait dans ce lieu de formation.[36]
Plus tard en 1827, Cheong Yak-Yong, âgé de 65 ans, est retourné à Chon-jin-am avec ses amis condisciples des Conférences comme Hyun-Ou, Yung-gong, Seok-Cheon Ong, Seong-Kou, Kyou-Baek et les enfants des 3 familles. Les moines bouddhistes avaient quitté ce lieu depuis longtemps, donc il n’y avait personne. Alors ils sont allés dormir dans un village, conduits par un bouddhiste Yi-po.[37] Durant ces 3 jours, ils ont composé une quarantaine de poèmes. Voici un extrait :[38]
 
« Ce chemin étroit comme un fil entre les rochers
C’est le même que celui sur lequel nous avons marché et joué autrefois.
Là on composait des poèmes sur un sujet donné : « les feuilles colorées »
Maintenant, revenu comme un hôte, mon cœur est triste
Ici les héros et les notables faisaient ensemble des études et des lectures
Nous avons mémorisé le livre Sang-Seo(尙書). Nous l’avons brûlé et en avons bu la cendre mélangée à l’eau
Le monastère ruiné est tout couvert d’herbes sauvages
Les pratiquants de la méditation ont disparu, plus de lumière dans la chambre de recueillement qui est complètement fermée
On n’ose plus mémoriser les points de vertu dès le matin comme avant
Mais on peut lire des livres à l’ombre des montagnes
On avait du souci pour cette nuit mais Yi-Po nous a invités, on ira dormir en ayant confiance en lui
Même si l’ombre du soleil rend tout sombre, on espère qu’il n’arrivera rien.
(…)
Mon cœur est déchiré parce que je ne peux plus vivre comme avant
Avant les loriots chantaient à l’ombre des arbres, mais ils se sont tus
Les tuyaux d’eau sont abîmés, l’eau coule partout
Les morceaux de tuiles sont entassés, peut-être allons-nous cultiver le terrain de la maison
Les amis de recueillement sont tous morts, nulle part on ne peut les retrouver
Nos anciens logements d’études sont ruinés, tombés à moitié
Je me retrouve après 30 ans comme un pauvre hôte
Je ne suis qu’un bateau isolé dans la mer de souffrance. »
 
 
26. Les jeunes précurseurs ont eu 10 jours de réunions d’études en plein hiver rigoureux à Chon-jin-am
 
En 1777, 1778, 1779, de jeunes lettrés, depuis 10 ans, ont suivi des conférences d’études à Chon-jin-am en plein hiver. A ce moment-là, on n’a même pas encore utilisé le mot ‘religion’, on appelait le catholicisme ‘Cheon-hak’ qui veut dire la science du ciel. Les notes sur la première réunion d’études en hiver à Chon-jin-am sont différentes selon les auteurs. Par exemple, Mgr Daveluy a noté que la première réunion d’études avait commencé durant l’hiver de 1777, tandis que Dasan Cheong Yak-Yong l’a notée en 1779. Cheong Hak-Soul, dans , a noté qu’elles étaient organisées durant les hivers 1778 et 1779. En résumé, il est clair que les réunions d’études d’hiver à Chin-jin-am ont été organisées plusieurs fois et souvent. En 1777, Cheong Yak-Yong devait avoir 15 ans, Cheong Yak-Jong 17 ans, Cheong Yak-Jeon 19 ans, Yi Byok 23 ans et Yi Seung-Houn 21 ans. Le grand savant Kwon Cheol-Shin âgé de 41 ans qui habitait de l’autre côté de lamontagne y a participé pour lire des livres et en discuter toute la journée, du matin tôt au soir. Ils ont même mémorisé des livres classiques du confucianisme comme Kyung-jé-jam (敬齊箴), Sa-moul-jam (四勿箴) qui sont dans les 76 livres sur l’étude de la nature humaine de Jou-Ja (朱子) pour la formation.[39] Ce genre de réunion d’études avait le caractère d’une session de formation spirituelle.
 
« Quand il y eut une réunion d’études, l’hiver 1779 à Chon-jin-am, Yi Byok est arrivé au temple Jou-eo-sa en pleine nuit sous la neige, il a allumé le feu et puis a discuté sur les livres classiques du confucianisme Kyung-seo (經書). Sept ans plus tard (1785), les voix se sont levées contre ce système, on ne peut plus continuer ce genre de conférences, et on ne peut plus célébrer la grande fête. »[40]
 
« Sept ans plus tard » veut dire ici « lors de la première persécution des catholiques» par la découverte de Myung-rye-bang, et de l’affaire ‘Chou-jo’ en 1785.
27. « Quand il y avait suffisamment d’amis intéréssés par la foi, Yi Byok leur dictait un résumé du catéchisme ‘Seong-kyo-yo-ji’. »  
- Yi Byok> par Cheong Hak-Soul en 1837
 
Dans le livre , on trouve des notes sur les Conférences de Chon-jin-am.
 
« En 1778, Yi Byok, âgé de 25 ans, étudiait ardemment avec les disciples du maître Seongho Yi Yik, ses amis et des lettrés, un certain Cheong et Yi. Yi Byok reçut d’un fonctionnaire militaire, M. Hong, une caisse de livres sur ‘Cheon-hak’, la science du ciel, il les a lus patiemment nuit et jour en réfléchissant et approfondissant les points obscurs. Il se promenait partout dans de beaux endroits montagneux. Enfin il arriva un jour au temple de Won-ang-sa et y séjourna. Quand il y eut beaucoup de chrétiens, il forma une communauté religieuse et pour eux il rédigea un résumé du catholicisme ‘Seong-kyo-yo-ji’(聖敎要旨), comme un livre de catéchèse. Il leur en faisait la dictée. »[41]
 
Quand on parle des amis qui apprenaient la doctrine, cela veut dire qu’ils suivaient les cours de Yi Byok sur le catholicisme et qu’ils sont devenus chrétiens. La religion d’aujourd’hui était désignée en ce temps-là par le mot chinois ‘Do’() qui signifie ‘le chemin’. Ainsi c’est à partir de ce mot qu’est sorti ‘amis du chemin’(do-ou, les compagnons). De même, ‘les amis de religion’(kyo-ou, les compagnons). Les mots typiquement catholiques, par exemple ‘les religieux’, ‘les frères’ ou ‘la communauté’ n’étaient pas encore utilisés, mais on pouvait les entendre à Chon-jin-am : ‘amis de religion’, ‘religieux’, ‘communauté’. En fait, à Chon-jin-am, s’était déjà formée une communauté catholique comme les premiers disciples de Jésus ou les disciples de Choi Jai-Wou au début de Dong-hak. Selon le document du saint Maubant, c’est le noyau principal qui a envoyé le délégué Yi Seung-Houn à Pékin en union avec les prosélytes.
 
« En 1779, Yi Byok ayant atteint l’âge de 26 ans, ses amis lettrés et ses disciples le prirent comme maître et d’autres arrivèrent de plus en plus nombreux. A ce moment-là, Yi Byok avait déjà une grande connaissance sur la science, sur l’astronomie, la géographie, la médecine, l’art de la divination, le destin et la nature humaine. Quand on lui posait des questions, il répondait couramment sans aucune gêne d’une façon très juste et très intelligente. Sous sa direction, les jeunes lettrés arrivèrent en foule et il devint de plus en plus célèbre dans le pays. »[42]
 
C’est ainsi que se forma un groupe de jeunes lettrés.
 
28. Participation active de Yi Byok aux Conférences de Chon-jin-am dans les montagnes de Kwang-jou en pleine nuit d’un hiver rigoureux 
- par Mgr Daveluy
 
Il y a une autre note historique sur les Conférences à Chon-jin-am. Ce sont les par Mgr Daveluy. Voici un extrait :
 
« C’était l’année 1777(tieng iou). Le célèbre docteur Kouen T’siel Sini, accompagné de Tieng Jak Tsieni et plusieurs autres nobles studieux et amateurs de la science, se rendirent dans une pagode pour s’y livrer ensemble à des études approfondies. Ni Pieki l’ayant appris en fut rempli de joie. Il fut heureux de pouvoir profiter des leçons de ces hommes remarquables. Il prit de suite la décision d’aller les trouver. C’était l’hiver. La neige couvrait partout les routes et la distance était de plus de cent lys (25km), mais de pareils obstacles étaient loin de pouvoir arrêter ce coeur ardent et si avide de science et de sagesse. Il part tout de suite à travers ces chemins difficiles et ardus. Il ne sentait pas la fatigue. Le jour tombant ne put l’empêcher de réaliser ses désirs. Il continua sa route de nuit et parvint enfin à une pagode vers minuit. Quel fut son désappointement en apprenant qu’il s’était trompé de pagode[43]et qu’il fallait aller de l’autre côté de la montagne ! Sans se décourager il repartit. C’était une énorme montagne qu’il fallait franchir de nuit. Elle était couverte de neige et des tigres nombreux en défendaient les abords. Qu’importe ! Pieki fît lever tous les bonzes et se fît accompagner par eux. Il prit en main un bâton ferré pour se défendre des attaques sauvages et poursuivit sa route à travers les ténèbres, enfin il arriva au lieu si recherché.
Cette arrivée si étrange répandit la frayeur parmi les habitants de cet édifice isolé et perdudans les montagnes.
On ne pouvait se figurer quel motif amenait à une heure si indue des hôtes si nombreux mais bientôt tout s’étant éclairci, la joie, le bonheur succédèrent à la crainte et dans les épanchements provoqués par une rencontre si heureuse on s’aperçut à peine que déjà le jour était arrivé. Pendant plus de dix jours que dura cette réunion, on approfondit toutes les questions sur le ciel, le monde, la nature humaine etc…, tous les doutes et les opinions des anciens furent mis sur le tapis. De là on étudia les livres de morale des grands hommes ; puis on en vint à examiner quelques livres philosophiques et mathématiques composées en chinois par des Européens, et on mit tout le soin possible à les approfondir. »[44]
 
Ces notes parlent aussi «d’édifice isolé et perdu », cela veut dire une maison inhabitée, tout à fait à part. Plus tard dans les poèmes que Cheong Yak-Yong a composés à Chon-jin-am, il dit « il y a encore un temple Chon-jin-am, mais il est difficile de s’imaginer ce qu’il était autrefois ! »[45] De même dans le livre de Hong Kyung-Mo(1774-1851), il est écrit « Chon-jin-am est un vieux temple ruiné à Aing-ja-san, où l’on avait construit une usine de papier, gérée par ‘sa-ong-won’. »[46] Presque à la même époque, Cheong Yak-Yong, Mgr Daveluy et Hong Kyung-Mo ont noté que Chon-jin-am était un temple désaffecté et inhabité. Au moment de la réunion, Chon-jin-am était un édifice ruiné et seul dans la vallée centrale du nord-Ouest de la montagne Aing-ja-san.
Quand on lit que Yi Byok a dû passer, avec beaucoup de difficultés, la montagne Aing-ja-san, en plein hiver, sous la neige, pour aller participer à la réunion d’étude notée par Cheong Yak-Yong(1779) ou par Mgr Daveluy(1777), on pense que les réunions devaient commencer avant la tombée de la neige et qu’elles pouvaient se prolonger à cause de l’abondance de celle-ci. On peut supposer que les participants sont allés d’abord à Chon-jin-am en pensant à Kwangam Yi Byok qui y résidait habituellement, mais il n’y était pas. Une fois qu’ils étaient là, ils ont décidé de faire une réunion d’étude sur place. D’autre part, Yi Byok, ayant entendu dire que Cheong Yak-Jeon et Yi Seung-Houn étaient allés pour l’enseignement et l’étude chez Kwon Cheol-Shin, il est allé, en vain, au temple Jou-eo-sa où Kwon Cheol-Shin résidait habituellement. De là il est reparti pour aller à Chon-jin-am qui se trouvait de l’autre côté de Aing-ja-san. Ainsi à cause de sa ferveur pour l’étude de la science du ciel et de sa foi au catholicisme, Yi Byok franchissait souvent la chaîne de montagnes Kwang-Jou en plein hiver. Nous ne pouvons que l’admirer.
 
 
29. Yi Byok s’est livré à l’étude de la science du ciel et son application dans un lieu de retraite à la montagne de 1777 à 1783 
 
Les notes sur la réunion de travail à Chon-jin-am ont été publiées non seulement à l’intérieur du pays mais aussi à l’étranger. Elles furent publiées notamment dans par Pullo-Pinang en 1885 et dans le livre écrit et publié par le professeur anglais, Longford, en 1911. Selon une note dans le cours de Pullo-Pinang sur l’étude de la science du ciel et sur l’organisation des réunions d’études autour de Yi Byok, la recherche de la science du ciel a duré 10 ans, de 1770. à 1780.
 
« A ce moment-là, certains docteurs coréens se sont retirés dans le calme des montagnes pour étudier la philosophie. Parmi ces docteurs, il y avait Yi Byok appelé Yi Deok-Jo, Kwon Cheol-Shin, les frères de la famille Cheong, notamment Cheong Yak-Jeon et Cheong Yak-Yong. Ils se posaient des questions sur la nature humaine, le ciel et la terre et ils ont commencé à approfondir des livres sur le christianisme. Ils ont trouvé que la doctrine catholique sur l’âme, la vertu,(…), la providence de Dieu était admirable, aussi ils ont décidé de la pratiquer et de vivre selon les dix Commandements de Dieu, ceci à partir de 1770 environ. »[47]
 
Le prof. Longford a noté que cette étude de la science du ciel et sa pratique, à Chon-jin-am, a duré 13 ans de 1770 à 1783.
 
« En 1720, un envoyé coréen[48] était venu à Pékin. Il a beaucoup dialogué et discuté avec les missionnaires (…) et il a acheté des livres pour les apporter en Corée. Pendant une cinquantaine d’années, les savants nobles les ont bien lus, étudiés et en ont discuté. Certains ont voulu vivre selon cette doctrine. Parmi eux, il y avait un jeune homme d’une famille noble, renommée, qui jouissait de hautes fonctions depuis des générations, c’était Yi Byok, qui avait comme surnom ‘mur de pierre’. Durant 13 ans, jusqu’à l’envoi de Yi Seung-Houn à Pékin, Yi Byok s’était livré profondément à l’étude du catholicisme et sa pratique. »[49]
 
Nous avons lu dans les notes de Mgr Daveluy et de saint Maubant qu’autour de Kwangam Yi Byok s’était formée une communauté de pratiquants à Chon-jin-am et cette communauté a envoyé Yi Seung-Houn à Pékin pour recevoir le baptême. Ce n’était pas la première fois qu’un délégué était envoyé. Mgr Daveluy a noté que Yi Byok avait essayé pendant plusieurs années, mais en vain, « les efforts qu’il fit pour parvenir à son but n’ont pas abouti ; mais cette fois-ci avec Yi Seung-Houn, cela a réussi. »[50] Saint Maubant aussi a noté : «comme autre délégué, on a envoyé Yi Seung-Houn… ». Il a noté 3 fois ‘un autre’. Cela montre que plusieurs sont partis comme délégués.[51] Le fait qu’on n’ait pas envoyé ‘un représentant’, mais ‘un délégué’, prouve qu’il y avait déjà une communauté de fidèles catholiques qui a donné à ce délégué le rôle de porte-parole. On ne peut que dire « c’est une histoire admirable et unique dans l’histoire de l’Eglise.»
 
30. L’histoire de Chon-jin-am, lieu de naissance de l’Eglise catholique de Corée
 
Maintenant nous allons parler de Chon-jin-am où il y avait la maison de lecture de Yi Byok. Les jeunes lettrés s’y sont réunis souvent durant une dizaine d’années pour étudier et écouter des Conférences.
Chon-jin-am était à la place d’un vieux temple appelé ‘Chon-jin-gak’ ou ‘Chon-jin-dang’ où autrefois était gardée une image de Dan-goun(檀君, le premier roi coréen), ‘Cheon-Jin’. On y offrait des cultes aux dieux des montagnes(san-jé-sa, dang-san-jé, san-sin-jé) et bien plus tard, il est devenu ‘Chon-jin-am’. Autour de 1779, il était déjà abandonné, ruiné, « difficile de retrouver ses traces si lointaines » a dit Cheong Yak-Yong dans son poème. En 1797, Hong Kyung-Mo disait que « Chon-jin-am était un vieux temple ruiné à Aing-ja-san et ensuite on y avait installé une usine de papier, actuellement gérée par ‘sa-ong-won’.» On voit qu’il est mentionné que comme un temple ordinaire. Mgr Daveluy a dit aussi en 1850 « l’édifice où se tenaient les réunions d’études par Yi Byok avec les jeunes lettrés, était isolé et perdu dans la montagne.»
En 1779, Yi Byok âgé de 25 ans, Cheong Yak-Yong 17 ans, Cheong Yak-Jong 19 ans, Cheong Yak-Jeon 21 ans, Yi Seung-Houn 23 ans, Yi Chong-Eok 15 ans et Kwon Cheol-Shin 43 ans, ont choisi ce vieux temple abandonné « pour s’y livrer ensemble à des études approfondies » sans être dérangés, ce qu’on ne pouvait pas faire normalement dans une salle d’étude confucianiste ou dans un temple ordinaire, ou encore dans une famille. Ainsi ils pouvaient se livrer plus tranquillement à leur recherche de la vérité, du catholicisme et de sa pratique. Chon-jin-am, lieu de rencontre entre confucianisme, bouddhisme et catholicisme, est devenu le lieu de naissance de l’Egilse catholique de Corée. Cheong Yak-Yong a appelé souvent ce lieu ‘Chon-jin’ sans mettre ‘am’ à la terminaison qu’on trouve dans ‘Kong-ye-chon-jin’, ‘Chon-jin-ji-you’ ou ‘Chon-jin-so-yo-jib’ etc.[52]
Dans les écrits de Cheong Yak-Yong, on peut encore avoir la preuve que Yi Byok avait organisé ses activités à Chon-jin-am : « Quand on a fait une réunion de travail à Chon-jin-am en 1779, Yi Byok était venu. Nous avons allumé des bougies et discuté sur le livre classique du confucianisme ‘Kyung-seo’ » et plus tard « En 1797, venant à Chon-jin-am le jour de Dano avec deux frères, on voit encore la maison de lecture de Yi Byok ». Cheong Hak-Soul a dit dans  : « En 1778-1779, un jour Yi Byok arriva à Kwang-jou et s’abrita dans le temple de Won-ang-san-sa (Chon-jin-am) et y séjourna. Quand il eut beaucoup d’amis fidèles, il a rédigé un résumé du catholicisme et en a fait la dictée. » En 1827, Cheong Yak-Yong ’, âgé de 65 ans, est retourné à Chon-jin-am où Yi Byok ayant été formé à la connaissance, à la vertu et à l’esprit des héros, en faisait les lectures. Il a retrouvé l’ancienne maison de lecture, le lieu des lectures et le logement abandonnés, ruinés et le temple, devenu un champ inculte. Il en était triste.
Chon-jin-am est un lieu important car c’est le lieu de naissance de l’Eglise catholique en Corée où les co-fondateurs coréens de l’Eglise ont fait spontanément des recherches sur la Vérité et propagé la Bonne Nouvelle. Finalement ils ont construit cette Eglise de Corée sans l’aide des missionnaires étrangers. L’histoire de l’Eglise de Corée est un cas unique dans l’histoire de l’Eglise catholique universelle. Dès le début, ils ont commencé par une vie de communauté en pratiquant les règles de l’Eglise, par exemple par l’observation du dimanche selon le calendrier solaire, ils ont introduit pour la première fois en Corée un jour régulier de repos hebdomadaire pour les travailleurs. Et à partir de là, ils ont mis en question les classes sociales et promu l’égalité entre les hommes et les femmes. Tout ce mouvement eu pour conséquence la conscientisation du peuple et la modernisation du pays. Une révolution sociale a commencé à germer. On peut dire ainsi que Chon-jin-am est le berceau, le sanctuaire de la culture spirituelle de tout le peuple coréen.
A Chon-jin-am, actuellement une basilique est en train de se construire prévue sur une durée de 100 ans, en style inspiré des différentes religions du peuple coréen comme le confucianisme, le bouddhisme et le christianisme. Pour la construction de cette basilique qui sera un pilier spirituel du peuple coréen pour mille ans, il faudrait que s’unissent toutes les classes sociales, le gouvernement de l’Etat y compris tous les groupes administratifs régionaux et les institutions pour collaborer à ces travaux sacrés, pas seulement au niveau administratif, mais aussi au niveau matériel et spirituel.
Le pape Jean-Paul II a envoyé sa bénédiction pontificale le 21 septembre 1993 à l’occasion de la pose de la première pierre de la basilique de Chon-Jin-Am :
 
PRIMARIO NOVAE AEDIS LAPIDI IN URBE CHON-JIN–AM
ECCLESIAE SACRO NATALI LOCO IN COREA
APOSTOLICAM IMPERTIMUS BENEDICTIONEM
GREGII ILLI CONCILIATRICEM PERENNIS DEI FAVORIS
XXI SEPT MCMXCIII
JOANNES PAULUS II
 
31. On ne devient pas un croyant catholique par le baptême, mais il faut être un croyant catholique pour recevoir le baptême
 
Certains posent la question de savoir si on peut considérer ces catéchumènes, qui n’ont pas encore reçu le baptême, comme les fondateurs de l’Eglise. Dans le Nouveau Testament, par exemple, quand St. Paul apôtre est arrivé à Ephèse, il y avait des disciples, des fidèles et des croyants, mais personne n’avait reçu le baptême. Apollos était là, à Ephèse, depuis longtemps, il enseignait dans la synagogue, mais il n’a jamais donné le baptême au nom de Jésus Christ.[53]
St Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, réprimande la division dans leur Eglise et il commence par dire « Dieu merci, je n‘ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus. Car le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Evangile. »[54]
Cela ne veut pas dire que le baptême n’est pas important, mais il affirme qu’on est un fidèle de l’Eglise catholique par la foi au Christ même avant de recevoir l’eau du baptême. Au moyen âge où on devait observer rigoureusement le droit canon de l’Eglise, c’était un privilège pour un catholique d’être enterré dans le cimetière de l’Eglise. Mais un catéchumène, avant de recevoir l’eau du baptême, pouvait avoir le même privilège qu’un baptisé et c’est encore la même chose aujourd’hui. L’Eglise a toujours considéré et considère encore aujourd’hui les catéchumènes comme des baptisés, comme des membres de la famille de l’Eglise et quand ils meurent, on fait la cérémonie funéraire dans l’église.
L’Eglise ne commence pas par baptiser, mais c’est elle administre le sacrement du baptême. La foi doit précéder le baptême. On ne devient pas croyant avec le baptême, mais il faut être croyant pour recevoir le baptême. Par conséquent, un non-croyant ou un athée, ou quelqu’un qui serait contre la foi au Christ ne demanderait certainement pas le baptême, mais si jamais il le recevait, son baptême serait invalide. C’est pourquoi juste avant de donner le baptême, le prêtre pose au catéchumène quelques questions sur le contenu du Credo et après avoir confirmé sa foi, il reçoit le baptême. Le concile Vatican II a réaffirmé cela comme doctrine de l’Eglise en disant que les fidèles, même avant le baptême, sont tous membres de la même famille, membres de l’Eglise catholique.
Il y a 3 sortes de baptême dans l’Eglise catholique. D’abord le baptême par l’eau célébré le plus souvent dans les églises, puis le baptême du sang dans le cas d’un martyr, le 3e est le baptême du désir si on ne peut le reçoit autrement. Les premiers Coréens ont tous reçu l’un des 3 baptêmes. A propos des fidèles avant le baptême, l’Eglise les mentionne dans différents documents comme dans ceux du concile Vatican II (Lumen Gentium, Activité Missionnaire de l’Eglise), le droit canon, le livre de la catéchèse etc. Voyons quelques références :
 
« Quant aux catéchumènes qui, sous l’action de l’Esprit-Saint, demandent par un acte explicite de leur volonté à être incorporés à l’Eglise, par le fait même de ce vœu, ils lui sont unis, et l’Eglise maternelle, les enveloppe déjà comme siens dans son amour en prenant soin d’eux. »[55]
 
« Enfin le statut juridique des catéchumènes doit être fixé clairement dans le nouveau Code : ils sont déjà unis à l’Eglise, ils sont déjà dela maison du Christ, et il n’est pas rare qu’ils mènent une vie de Foi, d’Espérance et de Charité. »[56]
 
« Les catéchumènes sont liés d’une façon spéciale avec l’Eglise. Donc sous l’action de l’Esprit-Saint, demandant par un acte explicite de leur volonté à être incorporés à l’Eglise et par cette volonté même, ils sont unis dans la vie de foi, d’espérance et de charité, et l’Eglise les considère déjà comme les siens.
L’Eglise, qui prend un soin particulier envers les catéchumènes, les invite à vivre la vie évangélique, les invite à célébrer la liturgie sainte et leur accorde toutes les grâces propres aux chrétiens. »[57]
 
Dans ce sens, le pape Jean-Paul II dit dans son homélie à la Basilique St. Pierre à Rome, au cours de l’ Eucharistie célébréeau cours de la canonisation des 103 martyrs coréens en 1984.
 
« Ces laïcs, hommes et femmes, considérés à juste titre comme ‘Fondateurs de l’Eglise’ en Corée ont vécu dans la Foi, pendant au moins 56 ans, de 1779 à 1835, sans l’assistance de prêtres … »[58]
 
 
32.  « Les fondateurs de l’Eglise catholique de Corée sont des laïcs. » - Jean-Paul II
 
Le dimanche matin 14 octobre 1984, en la Basilique Saint Pierre de Rome, Jean-Paul II a concélébré l’Eucharistie avec le cardinal Kim Sou-Hwan à la mémoire des 103 martyrs coréens récemment canonisés. A la nombreuse assistance : évêques coréens, cardinaux, archevêques, évêques, prêtres venus de tous les coins du monde, le pape a adressé l’homélie suivante :
 
« Aujourd’hui nous sommes réunis autour de l’autel de St Pierre, symbole de la confession de foi, pour célébrer ensemble l’Eucharistie en hommage à la foi et à la dévotion des martyrs coréens canonisés en mai dernier à Séoul.
Maintenant je veux saluer les fidèles coréens dans leur langue maternelle.
‘Que le Seigneur soit loué ! Je suis très content et reconnaissant, vous qui êtes venus de si loin pour célébrer l’Eucharistie avec le pape pour rendre hommage aux martyrs coréens.’
Par cette grande célébration, nous témoignons de l’unité et de l’universalité de l’Eglise, mais aussi nous voulons inscrire dans notre réalité la parole de ces martyrs adressée au monde et à l’Eglise d’aujourd’hui, c’est-à-dire la signification de leur ‘confession’ par le martyre. Je vous demande sincèrement de suivre leur modèle en vivant chrétiennement dans le monde d’aujourd’hui »
« Il en va du Royaume des Cieux comme d’un Roi qui fit un festin de noces pour son fils. » (Mat. 22,2)
C’est à ces noces spéciales que le Père Eternel invite tous les peuples et toutes les nations de la terre.
Il y a deux siècles, le peuple coréen y a également été invité. En mai dernier j’ai eu la joie de célébrer en Corée le bicentenaire de cette chrétienté.
Le peuple coréen a répondu à l’invitation au festin mystique du Père céleste en vivant dans son propre cœur une extraordinaire disponibilité et un engagement édifiant qui sont à l’origine d’une merveilleuse floraison de la communauté ecclésiale aujourd’hui.
En Corée, -cas unique dans l’histoire- la foi fut portée spontanément par les Coréens eux-mêmes. En effet, le chemin des Coréens vers la foi a commencé grâce aux initiatives autochtones de quelques laïcs. Ce chemin nous fait comprendre combien sont importantes en vue du salut éternel, les aspirations naturelles à la vérité qui caractérisent la raison humaine. En effet, comme nous le savons, c’est une recherche loyale de la vérité qui a poussé ces laïcs, -un groupe d’intellectuels et de ‘philosophes-, à prendre contact avec Pékin, où selon ce qu’ils avaient entendu dire, se trouvaient présents quelques catholiques qui les ont éclairés sur la nouvelle foi qu’ils connaissaient grâce aux nouveaux livres. Ces Laïcs, hommes et femmes, considérés à juste titre comme ‘fondateurs de l’Eglise’ en Corée ont, pendant plusde 56 ans, de 1779 à 1835, sans l’assistance de prêtres, -à part la brève présence de deux prêtres chinois-, diffusé l’Evangile dans leur patrie, et ce jusqu’à l’arrivée des missionnaires français en 1836 ; ces laïcs ont offert et sacrifié leur vie pour leur foi au Christ. »[59]
 
Mais cette constatation exprimée par le pape Jean-Paul II sur la fondation de l’Eglise de Corée, on la retrouve de la même façon par d’autres papes depuis environ 150 ans. Par exemple, en 1831, le pape Grégoire XVI, dans son message pontifical sur la fondation de l’Eglise, a parlé de l’initiative supérieure des fidèles coréens endisant « selon la demande des fidèles coréens… », en 1925, c’était le pape Pie XI à la cérémonie de la béatification de 79 martyrs coréens ; en 1968, c’était le pape Paul VI dans son homélie de la béatification de 24 martyrs coréens. Le pape actuel Jean-Paul II a dit la même chose encore à la cérémonie de la canonisation des 103 martyrs coréens à Séoul et dans son homélie durant l’Eucharistie célébrée en mémoire des 103 martyrs coréens à la Basilique Saint Pierre de Rome.
Cependant il y a encore beaucoup de gens qui ne connaissent pas bien le processus de la fondation de l’Eglise. Il y a même des prêtres qui le savent superficiellement. En fait, à partir de 1953, le prof. Hong I-Seop a traité plusieurs fois le sujet dans ses notes de thèse sur « La place de Yi Byok dans l’histoire moderne de la pensée coréenne » dans la revue et 1976. Mais malheureusement depuis cette thèse, on ne trouve plus ce genre de recherche par manque de nouvelles découvertes. En tout cas, comme on l’a vu dans des documents historiques de l’Eglise, la position de Yi Byok dans l’Eglise de Corée était claire dès le début de l’histoire de l’Eglise.
 
 
33. Le Japon a été évangélisé par François Xavier et la Chine par Matteo Ricci
 
Si on regarde l’histoire de la fondation de l’Eglise catholique dans les autres pays asiatiques, on peut mieux comprendre le caractéristique de l’histoire de l’Eglise de Corée. Par exemple, l’Eglise du Japon a commencé en 1549 par l’arrivée d’un missionnaire espagnol François Xavier(1506-1552) à Kakoshima et l’Eglise de Chine en 1292 par l’arrivée d’un Italien Montecorbino. Mais plus tard en 1582, un missionnaire italien Matteo Ricci a beaucoup développé l’évangélisation. De même, l‘Eglise de Rome a été établie par St Paul, un missionnaire juif et un disciple de Jésus.
Toutes les Eglises du monde ont commencé par des missionnaires venus d’autres pays, mais l’Eglise de Corée est la seule à avoir été fondée par de jeunes lettrés coréens qui se sont réunis volontairement à Chon-jin-am durant une dizaine d’années à partir d’environ 1770 pour la recherche de la Vérité et l’étude du catholicisme. Ensuite ces jeunes ont formé une communauté pour pratiquer leur foi.
Le peuple d’Israël, un peuple nomade du Proche-Orient est un peuple qui a ‘reçu’ la Révélation de Dieu. En effet, il était impossible de ne pas entendre la voix de Dieu « Samuel ! Samuel ! ». Il était impossible de ne pas voir la situation que StJean nous décrit dans l’Apocalypse comme la scène du Jugement dernier. La Naissance du Fils de Dieu est la Révélation même que le peuple d’Israël a reçue. Plusieurs peuples de l’empire romain sont des peuples qui ont‘écouté’ la Révélation de Dieu par l’évangélisation des apôtres d’Israël comme saint Pierre et saint Paul etc.
Mais notre peuple coréen Bae-dal, en mutation vers la lumière, vers l’Est, a toujours vénéré le Ciel et recherché spontanément la Vérité. Ainsi il a toujours été ‘un peuple à la recherche’ de la Révélation, de la Vérité (…).
 
 
 
Chapitre VI
L’Eglise catholique, fondée à Chon-jin-am,
s’est implantée à Séoul
 
 
34. L’Eglise catholique s’est répandue à Séoul, Sou-pyo-dong et Myung-rye-bang, à Ma-hyun et à Yang-keun
 
Les jeunes lettrés coréens ont fondé l’Eglise catholique à Chon-jin-am avec Yi Byok au printemps 1784 et ils ont envoyé Yi Seung-Houn à Pékin comme délégué de leur communauté pour recevoir le baptême. Après le retour de Yi Seung-Houn, à partir de l’été 1784, cette communauté s’est déplacée de Chon-jin-am à Sou-pyo-dong, à Séoul chez Yi Byok. C’est justement de la maison de Yi Byok à Sou-pyo-kyo dont on parle dans les documents de (推案及鞫案) ou de(闢衛編). C’est à la même période que les grands savants Yi Ka-Hwan et Yi Ki-yang ont fait un grand débat public sur le catholicisme et le confucianisme. A mon avis, ce débat a dû se passer chez Yi Byok.
 
Yi Byok était d’une famille noble, famille des Yi de Kyung-jou. Suivant la coutume de ce temps, les nobles pouvaient se fréquenter librement chez eux, alors que ce n’était pas possible pour les gens simples, les gens de classe inférieure. En fait, de nombreux problèmes pratiques se posaient pour réaliser l’unité et maintenir la concorde entre les fidèles venant de classes différentes. En effet chez Yi Byok il y avait deux groupes de fidèles qui se réunissaient séparément pour prier sans pouvoir se mêler. Par exemple, dans la grande salle d’accueil à l’intérieur, il y avait les lettrés nobles qui faisaient leurs prières à l’aide de livres en chinois, tandis que dans une salle à l’extérieur, les domestiques ou les servantes, c’est-à-dire des gens simples, priaient avec des livres en coréen. (*Nous sommes à l’époque de la culture chinoise ! Les gens cultivés devaient savoir lire en chinois…)
Finalement ils ont dû déménager encore à Myung-rye-bang où se trouve actuellement la cathédrale de Myung-dong. Ce fut à l’initiative de Yi Byok qui était contre la discrimination entre les personnes et les différences entre les hommes et les femmes, entre les nobles et les gens simples, comme l’avait noté Cheong Yak-Yong dans son poème : «Il ne voit pas les choses avec partialité, il regarde tout autour de lui avec sympathie et bienveillance » et enfin « il était doué de savoir et de vertu, plein de vigueur et de vaillance ».
 Enfin ils ont trouvé un nouveau local chez Kim Beom-Ou (1751-1787), interprèt professionnel de la classe moyenne, qui habitait juste à Myung-rey-bang, en bas de la place de la cathédrale actuelle. Il était interprète officiel, diplômé d’Etat. En général les interprètes de ce temps-là avaient de bons contacts avec les commerçants qui vendaient des médicaments en provenance de Chine et avec des médecins chinois à cause des traductions en chinois. Parfois il y avait des interprètes qui tenaient une école de langue chinoise pour l’enseigner aux Coréens et qui, en même temps, s’occupaient d’une boutique de médicaments chinois où travaillait également un médecin chinois. L’interprète Kim Beom-Ou était aussi appelé Kim Cheong-Ji. Son père, Kim Eui-Seo, était assez riche pour pouvoir prendre en charge les aînés. Kim Beom-Ou avait 7 autres frères, Kim I-Ou, Kim Hyung-Ou, Kim kwan-Ou, Kim Jeok-Ou, Kim Seong-Ou et Kim Keun-Ou.
Ainsi chez Kim Beom-Ou, à l’initiative de Yi Byok, l’Eglise catholique s’était élargie à tous les fidèles, sans distinction de classe ni d’âge. C’était vraiment un évènement qui bouleversait les coutumes traditionnelles et lançait un mouvement nouveau. Mais c’était impossible à concevoir pour l’ensemble du pays. Aux yeux de la cour royale et des confucianistes, ce groupe catholique était en train de provoquer une révolution sociale en changeant toute la morale de la société traditionnelle du pays.
 
Chapitre VII
Première persécution en 1785 et les poèmes des martyrs
 
 
35.Première persécution en 1785 : martyr de Yi Byok et exil de Kim Beom-Ou
 
Au printemps de l’année Eul-sa 1785, l’Eglise de Corée subit la première persécution. Elle était prévue, surtout lorsque Cheong Yak-Yong, ami du roi Cheong-Jo, chrétien actif, déménagea pour habiter tout près de la maison de Kim Beom-Ou à Myung-rye-bang (…)[60] Ceux qui étaient jaloux et envieux de lui trouvèrent là un bon prétexte pour déclencher les hostilités.
La communauté a été dispersée brutalement par la police de Chou-Jo envoyée par le juge Kim Hwa-Jin. Ils ont renvoyé les fidèles chez eux, ceux qui étaient de famille noble comme Kwon Il-Shin et son fils Kwon Sang-Moun, Cheong Yak-Jeon et ses frères Cheong Yak-Jong et Cheong Yak-Yong, Yi Seung-Houn, tandis que Kim Beom-Ou de la classe moyenne ont arrêtés et exilé après de violentes tortures.
Kwon Il-Shin ayant appris cette nouvelle est allé se présenter devant le juge et a dit fermement : « Nous aussi, les nobles, avons pratiqué ensemble cette religion. Si vous voulez punir Kim Beom-Ou, il faut nous punir aussi avec lui. » Mais le juge a donné l’ordre à la police de le ramener de force chez lui et de donner seulement une bastonnade à Kim Beom-Ou. On peut supposer que cette arrestation était provoquée par la question des classes sociales : Kim Beom-Ou de classe moyenne ne pouvait pas devenir noble même en devenant catholique ou en accueillant des nobles chez lui avec beaucoup de bienveillance. En fait, dans cette affaire, Kim Beom-Ou a été puni en recevant de nombreux coups de bastons et en étant envoyé en exil dans le Sud à Mil-yang-myun, Mil-yang-goun, Kyung-sang-nam-do. Pour arriver là, il a dû faire un long voyage d’environ 400km à pied avec des blessures partout qui lui faisaient de plus en plus mal. La vie en exil était si dure, qu’il a fini sa vie le 14 septembre(16 juillet en calendrier lunaire) 1787. Pendant son exil, son fils In-Go et ses fils adoptifs In-No et In-Shi ont vécu un moment près de son logement. Sa fille était mariée avec Cheong Shin-Kouk, fils du Cheong-Hyoi-Jwa qui n’habitait pas loin de lui dans le village Ha-dong près de Sam-rang-jin.
 
Durant cette persécution (1785), dans la famille des Kwon de An-dong, il y avait un grand savant notable, Kwon Cheol-Shin, âgé de 49 ans et son frère, Kwon Il-Shin, lui aussi savant célèbre. Les autres frères, Kwon Jé-Shin, Kwon Deuk-Shin et Kwon Ik-Shin, étaient très renommés et jouissaient de hautes fonctions. Ainsi personne n’osa persécuter leur famille.
Dans la famille des Cheong de Na-jou, Cheong Yak-Yong il y avait un grand génie qui réussissait toujours brillamment les différents examens et jouissait de hautes fonctions, par conséquent le roi Cheong-Jo l’admirait beaucoup et l’invitait souvent aux grands repas. Son père, Cheong Jae-Won, était aussi un des hauts fonctionnaires en tant que maire. C’est pourquoi aucun membre de sa famille ne fut persécuté d’une façon inhumaine. Seulement quelques membres de sa famille exprimèrent leur mécontentement.
 
 
36. « Comme un morceau de bougie qui te brûle la chair et les os pour te donner la lumière et pour te donner en sacrifice à Dieu. »  - Yi Seung-Houn
 
Dans la famille des Yi de Pyung-chang, Yi Seung-Houn bénéficiait du pouvoir. Son père Yi Dong-Ouk était légat, premier secrétaire de l’ambassade en Chine, ministre de la justice et plus tard maire de Eui-jou près de la frontière avec la Chine. Yi Seung-Houn, âgé de 29 ans, était ‘jin-sa’ de Sung-kyun-kwan, candidat admis au concours des hauts fonctionnaires, puis préfet de Pyung-taik, il était donc déjà bien situé parmi les personnalités importantes. Aussi presque personne ne pouvait l’accuser dans sa famille. Pourtant son activité religieuse pouvait nuire à son père qui prit tous ses livres et ses objets religieux pour les brûler dans la cour de leur maison. Mais Yi Seung-Houn ne pouvait rien faire contre son père. A cette époque il composa un poème, en caractères chinois, ayant une signification profonde, presque sacrée si on le comprend bien.
 
天彛地紀限西東暮壑虹橋靄中
炷心香書共火遙瞻潮廟祭文公[61]
 
Le principe du ciel et la discipline de la terre sont différents à l’Ouest et à l’Est
Le gouffre noir est en train d’obscurcir le pont d’arc-en-ciel
Une mèche pour un cœur a été brûlée avec tous les livres
Et maintenant je fais une offrande en hommage à Moun-Kong de Cho-jou.
 
D’abord c’est un poème très difficile à traduire plein de sens et d’allusions profondes. Je vais essayer de le comprendre et de l’expliquer. 
Pour comprendre la liaison entre le principe du ciel de l’Occident et la discipline de la terre de l’Orient, il y a une très grande différence et une limite. Autrement dit le principe du ciel(catholicisme) et la discipline de la terre(confucianisme) sont différents dans la culture et dans la civilisation. ‘Le gouffre noir’ signifie le monde actuel et ‘le pont d’arc-en-ciel’ signifie le catholicisme qu’on ne voit pas à cause du brouillard. Il gardait un coeur fidèle à sa foi, mais quand son père a brûlé tous les livres et les objets catholiques, son cœur aussi a brûlé. En fait il avait dans sa vie un grand respect envers le héros Moun-Kong(Teui-Ji, Han-You, 768-824) qui vivait seul à Jo-jou en Chine après avoir perdu ses parents. D’après lui, Moun-Kong a passé toute sa vie à se faire comprendre en vain. C’est pourquoi dans telle situation pareille, il veut lui faire une offrande ainsi le considérer comme son devancier.
Normalement il y eut une seule mèche pour allumer une bougie. ‘Une mèche pour un cœur’ est une expression symbolique de sa foi unique et fidèle. Il veut dire : Comment est-il possible qu’il y ait deux mèches pour une bougie ? Ma foi ne peut être partagée en deux entre le confucianisme et le catholicisme.
On ne pourrait pas exprimer sa foi au catholicisme plus clairement que de cette façon. S’il avait été un apostat de la foi, il se serait exprimé autrement par exemple en disant un mot de regret ou simplement en disant qu’il avait été roulé par le catholicisme ou encore qu’il avait pris un mauvais chemin...
Notamment à l’époque où l’on considérait la Chine comme un pays important, il a dû composer ce poème en pensant à la cathédrale de Pékin où il a été baptisé : un bâtiment où l’on vénère Moun-Kong Han-You, son héros. Pourquoi Yi Seung-Houn adorait Han-You ? Il pourrait y avoir plusieurs raisons, mais on peut facilement imaginer que ce personnage, Han-You, était un des 8 grands écrivains parmi les anciens du pays de Dang et Song. Il était considéré comme un fondateur de l’écriture moderne en Chine. En fait, on trouve, dans son manuscrit posthume, une écriture influencée par le style littéraire de Han-You, style mal compris et controversé à cette époque. Il est donc clair qu’il a pensé à la cathédrale de Pékin en écrivant son hommage à Han-You. Un autre texte parle du style littéraire de Yi Seung-Houn, (Mancheon, son surnom).
 
« Parmi les œuvres de Mancheon Kong, il y avait pas mal de Ryeo-mouns (style littéraire typique de Han-You qui était à la mode à cette période), mais malheureusement tout a été brûlé et je croyais que c’était difficile à trouver un exemplaire. Par surprise j’en ai trouvé quelques-uns avec quelques poésies et je les ai copiés et reliés en y mettant le titre . Quand vient le vent de l’Est, la terre commence à dégeler et au printemps les bourgeons commencent à pousser même sur les vieux arbres. Tout cela n’est-il pas une providence du Seigneur qui est au Ciel ? »[62]
 
Quand il dit que « tout était brûlé » cela voulait certainement dire que durant la persécution de 1785, le père de Yi Seung-Houn avait brûlé tous ses livres dans la cour sous la pression de toute la famille. On soupçonne qu’il y avait pas mal d’œuvres littéraires relatives au catholicisme. A ce sujet, Yi Seung-Houn lui-même en a parlé deux fois, en 1791 et en 1801.
 
« Mon père a pris tous ces livres et les a brûlés en 1785 devant les membres de toute la famille. »[63]
 
Il voulait dire que lui-même était du côté de Han-You Kong. Je veux reprendre le texte de Yi Seung-Houn et essayer de le traduire en coréen courant.
 
« Le principe inchangeable du ciel et la discipline de la vie de la terre sont limités et différents en Occident et en Orient
Le pont du bel arc-en-ciel établi après le coucher du soleil sur le gouffre noir est en train de s’obscurcir sous le brouillard qui l’absorbe
Avec tout mon cœur unique, j’offrais cette ardeur (l’encens), comment est-il possible de ne pas être brûlé avec tous ces livres et être en paix ?
Et maintenant je ne peux rien faire, je regarde le monument de Cho-jou et je fais une offrande en mémoire de Han-You, qui était comme moi, un pionnier. »
 
Selon l’ordre habituel de notre langue, on doit écrire l’Est avant d’écrire l’Ouest. Mais il a écrit l’Ouest avant l’Est, ce qui signifie qu’il voulait mettre d’abord le catholicisme. Son expression « le catholicisme de l’Occident et le confucianisme de l’Orient sont différents » se retrouve également dans le texte du grand savant Kwon Il-Shin, martyrisé durant la persécution de 1791.
 
 
37.Martyre de Kwon Il-Shin et de Kwon Cheol-Shin
 
« Le catholicisme est différent de l’enseignement de Confiucius et Mincius … » - Kwon il-Shin
« Les pécheurs qui les ont tués en les battant sont Yi Ka-Hwan, Kwon Cheol-Shin et Kang I-Cheon. » - Kwon Cheol-Shin
 
Dans les notes du grand savant Nokam Kwon Il-Shin, on trouve des phrases chinoises ‘其學大抵異於孔孟之學’ qui veulent dire que le catholicisme et le confucianisme sont différents. Cependant les quatre mots chinois qui suivent ‘妖誕不正’(‘fantasque et pas honnête’) ont dû être dits par les persécuteurs, car ces mots ne peuvent pas être prononcés par Kwon Il-Shin ni par Yi Seung-Houn. S’ils avaient prononcé ces mots, le premier mot aurait été normalement beaucoup plus fort. La famille de Kwon Il-Shin, en ajoutant ces mots dans le rapport, a changé complètement le sens du texte et dit ainsi qu’ils avaient apostasié. Il ne s’agit pas ici d’une simple question d’ajouter un mot ou non, mais cette question est très importante pour vérifier s’ils avaient apostasié ou s’ils avaient été martyrisés et tués. C’est une question essentielle (…).
On devrait clarifier cette question plus encore. Malgré tout nous trouvons des éléments dans les derniers poèmes écrits avant et après les persécutions de 1785, 1791 Les savants, y compris Yi Seung-Houn et Kwon Il-Shin, ont essayé de déclarer de toutes leurs forces qu’on ne doit pas condamner le catholicisme au regard du confucianisme parce qu’ils sont tout à fait différents. Si on examine encore la phrase chinoise ‘其學大抵異孟之學妖誕不正’ elle pourrait se comprendre ainsi :
« La science du ciel est tout à fait différente de la science de Conficius et de Mincius, fantasque et pas honnête » ou bien « la science du ciel, fantasque et pas honnête, est tout à fait différente de la science du Confiucius et Mincius ». Finalement dans cette phrase, sa famille a fait ajouter encore un mot (其學大抵異於孟之學妖誕不正) pour dire qu’ils ont avoué que « la science du ciel ‘fantasque et pas honnête’ est tout à fait différente de la science de Confiucius et Mincius. ». Ainsi la famille les a préservés de la peine de mort et de l’envoi en exil.
En conclusion, il est vrai qu’ils ont dit que le catholicisme et l‘enseignement de Confiucius et Mincius sont tout à fait différents, mais il est clair que la phrase ‘fantasque et pas honnête’ a été ajoutée par les interrogateurs ou les amis « comme quand on roule en train, mais que d’un coup on change de route et que l’on continue sa route à cheval ».
 
 
38. Martyre de Yi Seung-Houn et de Cheong Yak-Jong
 
Au moment de la persécution Shin-you 1801, juste avant la décapitation, Yi Seung-Houn a composé un poème que sa famille a gardé. On y trouve une foi ferme envers le catholicisme.
 
月落在天水上地盡
 
« La lune tombe du ciel, elle est encore dans le ciel
 L’eau s’élève, l’étang s’épuise » (Dernier poème de Yi Seung-Houn)
 
Quand il était déjà sur le lieu d’exécution près de la porte de l’Ouest à Séoul, son frère Yi Chi-Houn voulant le sauver à la dernière minute, est allé le supplier. En le prenant par la manche il lui dit : « Mon frère, si tu dis juste un mot de reniement, le roi va te sauver la vie ». Mais en le rejetant avec fermeté Yi Seung-Houn lui dit : « Qu’est-ce que tu dis ! La lune tombe du ciel, elle est dans le ciel. L’eau s’élève, l’étang s’épuise. » Puis il fut exécuté.
La copie de ce poème a été offerte, par son petit-fils de la 6e génération, Yi Byung-Kyu, à l’abbé Jou Jai-Yong, l’abbé Oh Ki-Seon, Dr Ryou Hong-Ryul et à moi-même. J’ai rencontré plusieurs fois monsieur Yi Byung-Kyu au sujet du transfert de la tombe de Yi Seung-Houn. J’ai vérifié que ce n’était pas un intellectuel ni quelqu’un d’un bon niveau de connaissance du chinois pour pouvoir écrire ce genre de poème.
Cependant il y aurait une possibilité de recomposer autrement ces mots chinois. Par exemple, en changeant un mot de la deuxième phrase pour être dans le même style avec la première phrase : 月落在天水上在池, « La lune tombe du ciel, elle est dans le ciel. L’eau s’élève, elle est dans l’étang.» Mais puisque M. YI Byung-Kyou nous a expliqué que cela veut dire « L’eau s’élève, l’étang s’épuise, se dessèche », nous ne pouvons que respecter la tradition de la famille : « Si la lune tombe, elle reste encore dans le ciel. Mais si l’eau s’élève, l’étang va s’épuiser. »
On ne sait pas exactement ce que signifie ‘l’eau s’élève’. Pourrait-on le comprendre comme ‘l’eau remonte’ ou l’eau se vaporise’ ? Ou bien encore comme ‘les sources s’élancent’ ? En tout cas on peut conclure que ces expressions sont toutes synonymes.
Cependant la phrase « La lune tombe, elle reste encore dans le ciel » devrait être bien interprétée : si on coupe sa tête, sa foi catholique restera toujours en Dieu ; « L’eau s’élève, l’étang va s’épuiser » : les puissants jouissant de leur pouvoir et brandissant leur épée persécutent actuellement, mais comme l’eau de l’étang s’élève, elle retombe dans l’étang ou elle se vaporise ou elle remonte vers le haut ; enfin « l’étang va se dessécher » : la force des persécuteurs avec leur épée finira sur terre.
La lune veut dire sa foi et l’eau veut dire l’épée des persécuteurs ; le ciel signifie le paradis et l’étang signifie le groupe des forces du monde où se recueille l’eau. S’il était un intellectuel qui renie sa foi, il aurait dû dire dans son poème que sa vie de foi était une erreur ou qu’il s’était trompé en prenant un mauvais chemin etc. Ce poème n’est pas de quelqu’un qui supplie qu’on lui laisse la vie en regrettant sa foi, mais de quelqu’un qui devait être un homme courageux qui confirme fermement sa foi, un vrai chrétien. Ce poème est le plus précieux des poèmes du martyr Yi Seung-Houn.
 
Lisons maintenant le procès-verbal des persécuteurs lors des interrogatoires des principaux martyrs de l’Eglise catholique de Corée durant la persécutions de 1801 :
 
«Cette fois-ci, la cour royale a arrêté les fidèles catholiques, les a interrogés et torturés vigoureusement. Mais il y en a certains qui jusqu’au bout ne voulaient pas se repentir. On leur a fait encore trois fois des tortures plus cruelles et pour ceux qui ne voulaient pas se repentir, sans montrer aucune souffrance comme un arbre ou une pierre, on les a rassemblés et on leur a coupé la tête. Ce sont précisément Cheong Yak-Yong, Yi Seung-Houn, Choi Chang-Hyun, Hong Rak-Min, Jou-Moun-Mo… Les notes de ce jugement finissent ainsi : Cheong Yak-Yong, en particulier, a transgressé l’ordre du roi, on a saisi tous ses biens matériels. Le surnom de Yi Seung-Houn est Mancheon. »[64]
 
Le document (邪學懲義) est un ensemble de notes sur la persécution de Shin-you 1801, rédigées par les confucianistes, les principaux protagonistes de la persécution, notamment Yi Ki-Kyung. Elles ont été publiées pour montrer qu’il était juste de punir le catholicisme, religion vicieuse. Ces notes montrent bien ce qui s’était passé au moment de la persécution : ils ont arrêté les fidèles catholiques, ils les ont torturés, ont libéré ceux qui ont apostasié. Pour les personnages importants, ils les ont envoyés en exil même ceux qui ont apostasié. Pour ceux qui ont résisté jusqu’au bout sans apostasier, mais au contraire, qui ont proclamé leur foi, tous ceux-là, il est certain qu’ils ont été décapités. Puisque ce document est rédigé par les persécuteurs, il faut reconnaître son authenticité.
39. Martyre de Kwangam Yi Byok
 
« Comme la lune ronde monte au-dessus de la voie lactée,
M’étant habillé de soie je vais au pays du ciel. »
- Dernier poème de Yi Byok
 
Yi Byok fût martyrisé durant la persécution qui sévit envers la société de son époque. Ses souffrances vinrent, entre autres, de sa famille et plus particulièrement de son père, pour des raisons spirituelles et morales. Au moment de la persécution Eul-sa en 1785, la personne la plus persécutée fût Yi Byok, fondateur de l’Eglise de Corée. Sa famille était une famille de fonctionnaires militaires. Ses deux frères, l’un plus âgé et l’autre plus jeune, étaient de simples soldats n’ayant pas encore une position importante. Son père avait un caractère vif et emporté. Mgr Daveluy nous a laissé une remarque sur lui dans le document .
 
« Le père de Ni Piek, homme vif et emporté, n'avait jamais voulu connaître la Religion. Il fit d’énormes efforts pour arracher du cœur de son fils les sentiments religieux qu'il voyait profondément enracinés .Comme il ne réussissait pas à le convaincre, il en vint à se mettre une corde au cou pour se donner la mort. Pieki ne pouvait être insensible à de pareilles scènes. Il n'y tenait plus mais ne voulut pas céder. Un chrétien, indigne de ce nom, vint près de lui pour tâcher de l'ébranler. Il employa toutes les ressources possibles et usa de toutes les ruses inimaginables pour qu il apostasie. Pieki, fatigué, abasourdi par tant de vexations, n'apostasia pas ouvertement, mais il usa de paroles ambiguës pour écarter tous les malheurs qu'il avait devant les yeux. Son cœur avait failli. Hélas !! Depuis ce jour on l'empêcha de sortir. La foi qu'il n'avait pas perdue livrait dans son cœur des assauts continuels en se heurtant à ses affections naturelles. D'une part, il voyait son Dieu, de l'autre, son père. Comment ne pas renier son Dieu? Comment ne pas faire mourir son père? Ces assauts continuels le jetèrent dans un état que la plume ne peut décrire. Il devint morne, silencieux, mélancolique. Jour et nuit, ses pleurs, ses gémissements, ne s’arrêtaient plus. Il n'ôtait plus ses habits et le sommeil fuyait loin de sa paupière. Il mangeait encore quelquefois, mais tout appétit étant perdu, c'était sans goût et sans profit pour le corps. Cet état violent ne pouvait durer, on voyait que la nature avait malheureusement pris le dessus. Peu à peu, les remords, les agitations de la conscience, se calmèrent. Il se remit à prendre le dessus. Sa santé devint meilleure. On prétend même que le désir de dignités vint à renaître chez lui. Cependant il n’eut pas le temps d’agir car au printemps de l'année                                                                                                          1786(Piengo) il fut atteint par la peste(le Jo ping des Chinois). Après huit ou neuf jours, quand la sueur commençait à sortir, ceux qui le soignaient l'enveloppèrent de plusieurs couvertures. Malgré tous les soins et efforts qui lui furent prodigués, il ne fit qu'étouffer sous ces lourds vêtements (…) il en mourut à l'âge de 33 ans. Il est impossible de savoir comment se passèrent ses derniers moments. On croit que des chrétiens purent s’approcher de lui, l'exhorter au repentir et le disposer à paraître devant Dieu. Mais on n'a pu le savoir clairement. »[65]
 
Dans ces notes, il y a quelques rectifications à faire. L’année où Yi Byok a été martyrisé n’était pas 1786, mais 1785. La note de Eul-sa-jol’, un vieil arbre généalogique de la famille des Yi, l’hymne funèbre de Cheong Yak-Yong aux funérailles de Yi Byok, tous ces documents étaient notifiés l’année Eul-sa, c’est-à-dire 1785. D’autre part il n’y avait pas la peste en 1786, donc c’est une erreur.[66]
Il fut condamné à mourir de faim, enfermé dans sa maison durant 10 jours, obligé à jeûner complètement, il est mort de faim à 32 ans dans la méditation et la prière devant son dernier poème affiché sur le mur.[67]
 
 
40. Dernier poème de Yi Byok composé juste avant sa mort
 
巫峽中峰之勢死入重泉, 銀河宿之錦還天國
 
Ma situation : je suis debout sur un pic au milieu des pics de la vallée de Mou-hyub
Maintenant c’est la mort, il faut s’engager sur un chemin de l’autre monde
Je m’habille de beaux vêtements de soie et
Comme la lune ronde monte au-dessus de la voie lactée
Je m’en vais au pays du ciel.
 
Ce poème, présenté dans le livre écrit par Cheong Hak-Soul a été composé en chinois par Yi Byok lui-même juste avant sa mort. En fait, son père et toute la famille l’avaient enfermé dans une pièce sans lui donner aucune nourriture et finalement il est mort de faim. L’original de ce poème en chinois n’a pas encore été découvert et ce que nous possédons actuellement, c’est le témoignage vervale en vieux coréen. Ce poème en chinois est difficile à comprendre et à en saisir la signification profonde. C’est pourquoi il nous est difficile de le déchiffrer. Nous avons essayé de restituer ce poème en chinois d’après les enquêtes faites sur le contexte historique, les personnes, les lieux. Nous avons tenu compte du caractère de son affaire, des diverses situations possibles avant et après etc. Voici ce poème présenté en vieux coréen à la fin du livre .[68]
 
Je vais essayer de déchiffrer ce texte d’une façon la plus compréhensible possible en langue moderne :
 
« L’année de Byung-O, le maître Yi Byok ne sortait plus. Il a écrit une note sur son expérience intime avec Dieu (天主密驗記) et il l’a montrée à son père. Mais lui, furieux, cria avec des mots qu’il n’ aurait pas dû prononcer, « Tu n’es plus mon fils ! ». Le maître Yi Byok prit un pinceau et écrivit un texte en gros caractères chinois sur le mur :
 
<巫峽中峰之勢死入重泉,  銀河宿之錦還天國>
Ma situation : je suis debout sur un pic au milieu des pics de la vallée de Mou-hyub
Maintenant c’est la mort, il faut s’engager sur un chemin de l’autre monde
Je m’habille de beaux vêtements de soie et
Comme la lune ronde monte au dessus de la voie lactée
je m’en vais au pays du ciel »
 
Et puis il s’était retiré et on n’a pas pu savoir où il était. Plus tard on a entendu qu’il a eu une illumination et qu’il est mort à minuit le 14 juin, qu’il est monté directement au Ciel. 
Dans la première partie de son poème, ‘la vallée de Mou-hyub’ est une vallée à l’Est de Mou-san-hyun en Chine dont les pentes des deux côtés sont très raides, très escarpées. Cette vallée est la plus célèbre parmi les 3 vallées escarpées des hautes montagnes en Orient. Il nous semble qu’il s’était aventuré dans cette vallée de Mou-hyub, qu’il était debout sur le pic central, autrement dit qu’il était situé au milieu des pics de hautes montagnes. Tout cela veut dire qu’il était complètement isolé, sans aucune possibilité de se libérer, que sa situation était parfaitement sans issue. Il n’y avait qu’une seule possibilité, c’était la mort.
Dans la deuxième partie, on voit déjà qu’il était en train de se préparer à aller au Ciel. ‘La voie lactée’ signifie un pays du ciel, un pays de la paix calme, clair et paisible. C’est ainsi que la lune monte toute ronde, toute claire. Le ciel ici a une autre signification que le paradis. Si le paradis est un lieu où on va après la mort en récompense de bonnes actions, le ciel est un autre monde que ce monde d’ici-bas où l’on refuse la science du ciel, le catholicisme et finalement existe la persécution. Le ciel n’est pas un pays comme ici-bas, ni un lieu sombre, noir comme dans un tombeau, mais c’est un pays clair, transparent, paisible, gouverné par la science du ciel.
 
Ce poème se présente en deux parties avec deux images contrastées. D’une part il y a les images affreuses de la panique et de l’effroi, ‘une image de mort’ comme dans la vallée de Mou-hyub. Yi Byok est au dessus d’un pic au milieu des pics, complètement encerclé par de hautes montagnes escarpées, et doit s’engager dans ‘un chemin qui conduit vers la mort’. D’autre part, il y a les images heureuses, de la paix, du calme, de la clarté, de la joie comme ‘la lune ronde, la voie lactée, beaux vêtements de soie’ pour s’en aller au ciel.
On trouve facilement ces deux images contrastées dans les œuvres poétiques des autres fondateurs de l’Eglise de ce temps. On peut penser sans difficulté qu’ils utilisaient souvent ces images contrastées à cause du conflit entre leur foi chrétienne et la persécution qu’ils subissaient.
 
On va encore essayer d’interpréter ce poème d’une façon plus large.
 
« La vallée de Mou-hyub est entourée de tous les côtés par des rochers à pic sans fin, je suis seul sur un pic très haut au milieu des pics. Aucun moyen de faire un pas, je suis dans une situation misérable à en mourir. Les puissants de ce monde me cernent comme la vallée de Mou-hyub alors je ne peux que m’engager dans un chemin plus dur qui me conduit vers l’autre monde, le monde des morts.
Mais moi, je m’habille de beaux vêtements de soie et je vais m’en aller vers le pays du ciel, ma patrie, comme la lune qui monte haut dans le ciel éclairé par des milliers d’étoiles brillantes de la voie lactée, bien rangées dans un monde paisible. »
 
 
41. Le poème de vénération composé par Yi Byok
 
Si le poème ultime de Yi Byok était composé par lui-même, le poème louant nous fait connaître ses vertus, ses savoirs et sa personnalité.
En 1777, Cheong Yak-Yong âgé de 15 ans a offert un poème à Yi Byok âgé de 23 ans, plein de respect et de vénération. Il existe aussi un autre poème offert à Yi Byok dans la même veine que celui de Cheong Yak-Yong mais sans préciser l’auteur ni la date. Cependant il serait raisonnable de déduire la date de la composition vers la période où Yi Byok avait brillamment réussi un grand débat publique au sujet du catholicisme et du confucianisme avec les deux grands savants de son temps, Yi Ka-Hwan et Yi Ki-Yang, Yi Byok avait aidé Cheong Yak-Yong à répondre aux 70 questionnaires du roi Cheong-Jo sur le livre du confucianisme . Voici le poème :
 
襟懷灑落光風霽月之無邊
思慮淸明長天秋水之相映
 
Oh, l’immensité de la brise printanière et de la lune entre les nuages
qui arrose et nettoie tout ce qu’on porte dans les habits
La pensée et le cœur sont tout clairs et transparents car le large ciel et l’eau de l’étang en automne s’éclairent l’un l’autre et se remplissent.
 
Essayons de déchiffrer plus largement ce poème :
- « ce qu’on porte dans les habits », c’est ce qu’on porte dans le cœur.
- « la brise printanière et la lune entre les nuages » veulent dire ‘l’esprit large et généreux. Normalement on emploie cette expression pour désigner quelqu’un qui, comme la lune se montreentre les nuages après la pluie et éclaire tout sans réserve. Donc cette expressionest employée en général pour désigner des personnes renommées ou des maîtres qui sont très savants et érudits ayant la facilité de parler et d’écrire.
En automne, le ciel clair et l’eau de l’étang s’éclairent l’un l’autre par leur transparence ; ils s’entraident, l’étang se remplit. C’est une image : la grâce du Seigneur s’unit au savoir et à la vertu de Yi Byok pour le faire briller plus parfaitement.
 
Ce texte a été trouvé avec le manuscrit de Yi Byok (德操戱筆)>. L’original du manuscrit en rouleau de papier ne porte ni la mention de l’auteur ni la date, mais personne ne peut faire l’objection sur ce qui a été écrit sur la vertu, la personnalité, le savoir et la saveur littéraire de Yi Byok. Quant au texte, son contenu, sa structure et son style sont d’un bon niveau, il doit être d’un grand écrivain, quelqu’un qui connaît très bien Yi Byok et qui a pour lui un grand respect.
Cependant il est clair que ce n’était certainement pas écrit par quelqu’un qui détestait ou persécutait le catholicisme. De plus si quelqu’un avait gardé soigneusement ce manuscrit de Yi Byok, il devrait avoir une relation très intime ou spéciale avec lui. Donc on peut présumer maintenant que l’auteur soit Cheong Yak-Yong, soit Yi Seung-Houn. Mais à mon avis, il y a plus de possibilité que ce soit Yi Seung-Houn. Car ce texte a été trouvé avec le manuscrit posthume de Yi Seung-Houn. On y trouve un style et certaines expressions qui sont les mêmes dans la lettre de Yi Seung-Houn adressée à l’évêque de Pékin. On n’a pas encore trouvé l’original de cette lettre en chinois et ce que nous avons en main actuellement, c’est seulement la traduction en français. On peut imaginer ce que Yi Seung-Houn avait exprimé dans sa lettre sur Yi Byok à travers la traduction française « un savant », « un maître ». Surtout quand on voit la structure du poème, c’est clair que c’est plutôt Yi Seung-Houn que Cheong Yak-Yong qui en est l’auteur.
 
Dans ce texte, on retrouve encore les expressions comparatives comme « ce qu’on porte dans les habits » avec « la pensée et le cœur », « arrose et nettoie » avec « clairs et transparents », « la brise printanière » avec « le large ciel », « la lune entre les nuages » avec « l’eau de l’étang en automne », « l’immensité » avec « s’éclairent l'un l’autre ». Ce style comparatif veut reflèter la réalité de cette époque pleine de contrastes entre les persécutés et les persécuteurs.
 
 
42.L’hymne funèbre de Cheong Yak-Yong dédié à
l’enterrement de Yi Byok en 1785
 
L’hymne funèbre de Cheong Yak-Yong composé pour l’enterrement de Yi Byok en 1785 nous montre la vénération pour la personnalité de Yi Byok : un homme sage, de haute vertu, un héros. Il nous met aussi dans l’ambiance du dernier poème de Yi Byok.
 
仙鶴下人間 : La grue est descendue du monde des sagesdans le monde des hommes
軒然見風神 : Nous avons vu chez lui une allure de Dieu.
羽翮皎如雪 : Ses ailes et ses plumes étaient blancs comme la neige
鷄鶩生嫌嗔 : Les poules et les canards étaient jaloux, s’en irritaient
鳴聲動九宵 : Le chant de la grue tremblait au delà des cieux nouveaux
嘹亮出風塵: Le cri de la grue était de toute beauté dans ce monde de poussière
昇秋忽飛去 : Le temps est venu, il s’est envolé au loin sur l’automne
怊悵空勞人:A quoi sert de cette tristesse, ces pleurs et ces lamentations!
 
 
43. Les notes personnelles sur Yi Byok
 
A propos du nom et de la date de la mort de Yi Byok, je veux encore une fois y revenir. Selon la généalogie de la famille des Yi de Kyung-jou publiée en 1813, la date de la mort de Yi Byok est l’année Eul-sa en 1785. Cette généalogie a été faite durant la vie de son père Yi Bou-Man (1727-1817), de ses frères Yi Seok (1759-1829), de Yi Kyuk (1748-1812), de son fils Yi Hyun-Mo(1784-1847) et de toutes autres membres de la famille des Yi.
Il me semble plus juste d’admettre la note faite par les membres directs de sa grande famille noble. De même, c’est l’année 1785 que Cheong Yak-Yong a composé un hymne funèbre pour son enterrement. La date de cette composition est marquée dans les oeuvres complètes des poèmes de Dasan Cheong Yak-Yong. Si jamais Yi Byok était mort en 1786 (l’année Byong-Oh), il est impossible de faire l’enterrement et un hymne funèbre un an avant sa mort.[69] Dorénavant il faudra rectifier la date de sa mort : il est mort en 1785 et non au printemps 1786.
Pour la cause de sa mort aussi il y a aussi une erreur.
Dans de Ch. Dallet, il est marqué qu’«au printemps de l’année 1786, il fut pris de la peste courante » et mourut à l’âge de 33 ans ». Mais quand on regarde les divers documents du printemps de 1786 en Corée, il n’y avait aucune maladie importante à cette époque, il est donc impossible que seul Yi Byok soit mort de la peste.
La question de la date de sa mort est très importante pour éclairer sa cause. Est-il mort de maladie ou a-t-il été martyrisé ? Selon la généalogie de la famille des Yi, qui date sa mort en 1785, on y trouve les dates de décès de tous ses frères et ancêtres. Il n’y a que Yi Byok seul qui est mort cette année avant 32 ans. S’il y avait eu une maladie généralisée au printemps de l’année 1785, il y aurait eu certainement d’autres morts parmi les membres de la famille des Yi, mais il n’y en a aucune mentionnée à cette période que celle de Yi Byok. En conclusion, la note de Ch. Dallet n’est pas exacte, on ne peut l’admettre.
Nous trouvons aussi une faute dans les notes de Mgr Daveluy qui dit « le père de Yi Byok l’appela Byok voulant par là désigner son caractère trop attaché à ses idées ». Or le mot Byok, en chinois, n’a aucune signification de l’entêtement ou l’obstination, mais c’est un nom de l’arbre ‘tilleul’, donc il n’y a rien à voir avec son caractère.
Le nom qu’on inscrivait dans la généalogie de la famille était donné en général par la famille. On reçoit le nom dès sa naissance avec tous les bons souhaits pour son avenir, donc on ne sait encore rien sur son caractère… !
Même dans les notes de Cheong Yak-Yong à la fin de sa vie, il écrivait souvent Yi Deok-Jo, mais ce n’est pas très juste, il faut admettre le nom qui est inscrit dans la généalogie de sa famille.
Le jour de sa naissance n’est pas indiqué d’une façon précise, mais selon l’arbre généalogique, il est né l’année de Kab-sin 1754. Le jour de sa mort est marqué seulement dans écrit par Cheong Hak-Soul, la nuit du 14 juin. Pour le lieu de sa naissance, il y a deux possibilités : l’une pour Kyung-ki-do, Kwang-jou-koun, Dong-bou-myun (Bae-al-mi-ri) selon la note de la famille des Cheong et l’autre pour Kyung-ki-do, Po-cheon-koun (Nae-cheon-myun, Hwa-hyun-ri), Seung-cheon-go-eul selon
Pour le lieu de sa mort, je pense plutôt à la maison de son père Yi Bou-Man à Po-cheon-koun, Nae-cheon-myun, Hwa-hyun-ri et certainement pas à Sou-pyo-dong de Séoul ou à la maison de campagne à Kyung-ki-do, Kwang-jou-koun, Dong-bou-myun, Dou-mi (Bae-al-mi-ri).
Cependant tout ce qu’on trouve dans les différents documents sur la personnalité de Yi Byok, par exemple , , par Cheong Hak-Soul, les notes sur les rencontres de Myung-rye-bang ou sur la persécution de Eulsa 1785, les diverses épitaphes notés par Cheong Yak-Yong, les notes du gouvernement , , par Ch. Dallet, , les lettres ou les notes manuscrites des descendants de Yi Byok et Kwon Cheol-Shin, Yi Ka-Hwan, Yi Bou-Man… et d’autres à rechercher devraient se compléter. Il ne faut surtout pas les généraliser en ne regardant qu’un seul élélément ou en essayant d’étoffer le contenu à partir des différences. Selon ma recherche jusqu’à présent, il est préférable d’admettre tout ce qui est noté dans la généalogie de sa famille établie durant la vie de ses parents, ses frères et son fils et ce qui est inscrit sur l’épitaphe.
Chapitre VIII
Fondation de l’Eglise catholique de Corée
 
 
44. Les activités sacramentelles du clergé improvisé que les fondateurs de l’Eglise catholique de Corée ont organisé volontairement en tant que laïcs
 
Les fondateurs de l’Eglise de Corée sont des laïcs. Ils ont commencé, sans prêtres ni religieux, par étudier la doctrine catholique et à former une communauté de foi. Ils ont envoyé un délégué en Chine pour avoir plus de renseignements sur le catholicisme. Près de Séoul, ils ont élu un responsable pour célébrer la messe et confesser, c’est-à-dire assumer les activités sacramentelles… C’est un cas unique dans l’histoire de l’Eglise catholique. Nous pouvons imaginer que leur simplicité et leur ferveur étaient grandes.
Leurs célébrations sacramentelles présidées par des laïcs n’étaient pas valides selon le droit canon actuel de l’Eglise, mais, au niveau pastoral, pour le renforcement de la foi des fidèles, c’était certainement efficace. Il devait y avoir de bons résultats. Vous pourrez lire dans le prochain livre,, l’ analyse de ces activités, mais je vous présente déjà ici un extrait des par Mgr Daveluy :
 
« Ni Seng-houn i avait été à Péking où il fut baptisé. Il avait vu là en action la hiérarchie catholique, l'Evêque, ses Prêtres et autres clercs inférieurs. Dans l'Eglise de cette ville il assista aux saints Mystères, aux cérémonies religieuses et avait vu conférer la plupart des Sacrements. Aidé en outre par les diverses explications qui se trouvent dans les livres liturgiques ou dogmatiques à l'usage des chrétiens, il se trouvait en état d'organiser à peu près les choses et de simuler l'administration des sacrements.
(La prédication de Ni Louis surtout se fit remarquer par ses fruits abondants. Se voyant désormais tout consacré à l'oeuvre de la Religion, il s'y livra en grand et semblait n'avoir plus d'autre pensée. Le danger des persécutions probables ne l'arrêtait pas. Il allait partout remplissant de son mieux toutes les fonctions de son ministère et y eut un grand succès. La Religion devint alors très répandue dans sa vaste région du Nai-p'o; elle s'exerçait avec une liberté et publicité presque entières, et il eut le bonheur comme la gloire d'y déposer alors en grand le germe de la foi qui jusqu'à nos jours n'a cessé de produire ses fruits, et a rendu cette contrée incontestablement la pépinière du catholicisme en Corée.)
Tout fut donc réglé le mieux que l'on put et on procéda à l'élection des pasteurs. Kouen Xavier, que sa position, sa science et sa vertu mettaient hors de rang, fut désigné Evêque. Ni Pierre, dit Seng-houn i, et Ni Louis, dit Tan-ouen i, furent nommés prêtres avec plusieurs autres peut-être. (T'soi Jacques de Ie-sa-ol au Nai-p'o semble avoir été prêtre de second ordre. Il était sous les ordres de Tan-ouen i que quelques-uns prétendent avoir été Evêque. Nous ne le pensons pas.) (Niou Augustin et T'soi Jean, dit T'siang-hien i furent prêtres aussi. (Note d'Eur.)) Mais la tradition n'est pas assez claire pour en faire mention. Il est probable toutefois qu'un prêtre fut encore désigné pour la province de Tsien-la, car Ni Louis était chargé du Nai-p'o, l'Evêque et Seng-houn i restant pour soigner la Capitale et la province.
On ignore du reste s'il y eut quelque cérémonie pour consacrer ces prêtres improvisés au service des autels. Tout étant ainsi établi et réglé, chacun se rendit au poste qui lui était confié et se mit à faire une espèce d'administration des chrétiens, prêchant, baptisant, confessant, donnant la confirmation, célébrant les saints mystères et distribuant la communion aux fidèles. (La grand-mère du P. André, nièce de Ni Louis, et baptisée par lui rapportait qu'ils se servaient d'un calice d'or. Les ornements sacrés étaient confectionnés avec de riches soiries de Chine. Leur forme n'étaient pas celle des chasubles, mais la forme des habits de sacrifice en usage dans le pays. Ils se servaient du bonnet permis en Chine pour les cérémonies religieuses. Pour la confession, ils étaient placés sur un siège posé sur une estrade, et les pénitents se confessaient debout à peu près comme j'ai vu en Espagne. Les pénitences ordinaires étaient toutes en aumônes, et pour les plus graves le prêtre battait lui-même le pénitent sur les jambes.
On peut présumer que les autres prêtres étaient sur ce pied.
 Accoutumés à fuir la vue des femmes de condition, ils ne voulaient pas les confesser, toutefois on les tourmentaient tant qu'ils y consentaient. Les prêtres étaient alors regardés et traités comme des êtres surhumains et des hommes célestes. Ils circulaient peu et on venait chercher les sacrements. Mais devaient-ils sortir, ils le faisaient à pied et s'exerçaient toujours à l'humilité.) Ces sacrements sont les seuls que nous trouvions consignés dans les mémoires. Le baptême donné par ces pasteurs pouvait être certainement valable et conférer la grâce de la régénération aux néophytes, mais malgré la nullité et le néant des autres fonctions qu'ils remplissaient, leur ministère donna un grand élan à la chrétienté et réchauffait partout la ferveur. On parle encore de l'enthousiasme et de la sainte ardeur avec laquelle se passaient toutes les cérémonies; et pasteurs et brebis semblent avoir été dans une telle bonne foi que le moindre doute ne s'élevait en l'esprit de qui que ce soit.
A la Capitale aussi les réunions se faisaient bien en règle et nous voyons T'soi Jean surnommé Koan-t'sien i louer une maison exprès pour pouvoir y recevoir les prêtres et faire conférer les sacrements aux fidèles. Avec son caractère actif et capable, il disposait toutes choses, préparait les chrétiens convenablement et était alors occupé jour et nuit pour le service des prêtres et des chrétiens, sans redouter l'embarras et les fatigues. Ne semble-t-il pas qu'il fût installé catéchiste? Son père qui ne pratiquait pas du moins entièrement, non seulement ne s'opposait pas à ses nombreuses réunions qui se faisaient à sa maison, mais les couvrait au dehors de tout son pouvoir, en sorte que tout le monde en était dans l'étonnement et l'admiration. (En 1788, adresse au roi de Tsieng en ni, puis de Hong Nak-an i.) (C'est à cette époque que Xavier perdit sa femme.)
Ce clergé impromptu remplit ainsi ses fonctions pendant environ deux ans avec des succès plus ou moins marqués, quand en l'année 1789 (Kei-iou) quelques passages des livres de Religion lus avec plus d'attention leur firent naître quelques doutes sur la légalité de leur élection à la charge de pasteurs. Aussitôt ils furent saisis de crainte et deconfusion, et examinant les choses de plus près la licéité de leur conduite devint de plus en plus problématique. De là on conclut qu'il fallait cesser de suite toute administration devenue téméraire et s'adresser à l'Evêque de Péking pour en obtenir une solution claire. (On doit bien admirer ici la simplicité et la droiture d'intentions qui dominait les chefs des chrétiens. Après s'être ainsi avancés vis-à-vis de toute la chrétienté, il devait bien leur en coûter pour quitter leur position au risque de se voir diffamés, et l'amour propre n'aura pas manqué de leur suggérer mille prétextes pour attendre au moins la décision définitive. Mais non, il s'agit d'une affaire sacrée et sur un simple doute fondé en raison chacun se met de côté, preuve bien claire de la droiture de leurs vues et de la bonne foi où ils étaient.)
Chacun rentre donc dans sa vie privée, sauf la prédication et l'instruction des nouveaux et anciens chrétiens qui paraît avoir été continuée, et on ne s'occupa plus que de faire la lettre consultative et des moyens de la faire parvenir sûrement. L'ambassade annuelle offrait une occasion naturelle, mais les relations sûres n'ayant pas encore été organisées, il fallait trouver un homme capable et dévoué qui voulût bien se charger de la mission et offrît quelque chance de succès. N'ayant pas de chrétien parmi les gens qui font habituellement partie de l'ambassade, on jeta les yeux sur Ioun Paul, appelé Iou-iri pour essayer de lui faire jouer ce nouveau rôle aussi important que délicat. Ioun Paul descendait d'une famille tant soit peu noble du district de Nie-tsiou. Il avait été l'élève des Kouen et instruit de la Religion par Kouen Xavier. D'un caractère doux, affable et très discret, on pensa qu'il pourrait réussir; et déguisé en marchand, il se mit en route pour Péking à la 10ème Lune de cette même année 1789, porteur de la lettre consultative adressée simultanément à l'Evêque de cette ville par Ni Seng-houn i et Kouen Xavier.
Cette longue route de plus de 3,000 lis qui font plus de 300 lieues faite en hiver à travers un pays étranger offre de véritables dangers par les fatigues inévitables et les maladies qu'il est facile d'attraper. D'où il n'est pas rare de voir succomber un ou deux de la bande. Paul appliqué dès l'enfance à l'étude des lettres et livré à une vie sédentaire, n'était pas accoutumé à supporter la fatigue. D'ailleurs sans expérience, sans connaissances et sans aucun appui il était plus exposé que personne, et dut encore faire la route à pied comme tous ceux dont il simulait la profession. Toutefois soutenu par la grâce et confiant en la bonté de la cause pour laquelle il avait entrepris ce voyage, il en subit joyeusement les fatigues et arriva heureusement à Péking. Il se rendit de suite près de l'Evêque et lui remit la lettre dont il était le porteur; puis entrant dans le détail des divers événements survenus dans la nouvelle chrétienté, il conféra avec lui des moyens de lui porter secours. (Paul fut alors confirmé et reçut les autres sacrements.) Après le séjour ordinaire, au printemps de l'année Kieng-sioul 1790, il reprit à la suite de l'ambassade la route de sa patrie; et adroit à répondre à tout et à se tirer des mauvais pas, il arriva sans exciter de soupçons ni souciter aucune affaire.
La réponse de l'Evêque était adressée à Ni Seng-houn i et à Kouen Xavier. Il les reprenait d'abord fortement de leur folle conduite en s'ingérant dans l'administration des sacrements et ajoutait que non seulement ils ne pouvaient célébrer les saints mystères, mais qu'ils ne devaient pas non plus sacrifier aux ancêtres, faire les prostrations d'usage, ni se mêler aucunement aux superstitions quelles qu'elles fussent. Enfin il les encourageait et exhortait à exciter continuellement les chrétiens. L'évêque dans cette même lettre ou peut-être de vive voix avait promis aussi d'envoyer le Père Tsiou pour secourir et administrer les chrétiens, et commandait de prendre toutes les mesures nécessaires et de faire choix d'hommes capables pour l'introduire sûrement. Cette réponse attendue si longtemps avec impatience ne laissait plus aucun doute sur la grande affaire en question. Elle fut reçue avec calme et soumission entière. Chacun se félicita de la prudence avec laquelle on avait cessé les fonctions du saint ministère et jamais plus désormais la pensée ne vint à l'esprit de qui que ce soit de s'ingérer aux affaires du sanctuaire. La joie, la ferveur et l'union des néophytes n'en furent pas troublées. Mais l'article concernant les sacrifices et les superstitions fut un coup de foudre pour plus d'un. (Jusque là, les fidèles de Corée assidus à toutes les observances de la Religion dont ils avaient connaissance, n'en avaient pas moins continué à participer au culte superstitieux que l'on rend dans ce pays aux parents défunts. L'ignorance et la bonne foi pouvaient jusqu'à une certain point les excuser, mais dès ce moment apprenant que la moindre coopération en cette matière était réprouvée par l'Eglise, chacun prit son parti et jaloux de conserver sa foi, s'abstint de tout ce qui était décidé lui être contraire. C'était blesser à la prunelle de l'oeil toutes les classes de la population.Dans ce pays la Religion des lettrés qui serait même appelée Religion des ancêtres est loi de l'Etat. Toute omission des cérémonies en usage sur cet article est punie sévèrement, et toute infraction est reçue avec une violente répulsion par l'opinion du pays sans exception. Ces usages traditionnels dont l'origine remonte très haut et inviolablement transmis de race en race sont aux yeux de tous la base de la société, le fondement de l'Etat, le point d'appui de tous les rapports naturels; et malheur à celui qui aurait l'audace de les attaquer même en paroles. D'après cela il était facile de prévoir l'orage que l'on allait s'attirer et tout le parti que les adversaires de la Religion ne manqueraient pas d'en tirer pour essayer de nouveau de la détruire et renverser de fond en comble. Beatus qui non fuerit scandalizatus in me a dit la première victime des persécutions suscitées contre la vraie foi. Quelques chrétiens faibles cessèrent dès ce jour de se mêler aux pratiques religieuses et de ce nombre nous avons la douleur de compter Ni Seng-houn i, que la crainte avait déjà fait tomber d'une manière si déplorable quelques années auparavant. Il se retira chez lui et cessa tout rapport avec les chrétiens. Bien plus cédant au désir des dignités, il obtint différents mandarinats, et désormais nous ne le verrons plus paraître que de loin en loin poursuivi malgré sa défection et ne pouvant malgré mille efforts se laver auprès de ses ennemis du crime d'avoir introduit la Religion, espèce de péché originel à leurs yeux, qu'ils reprocheront encore à ses descendants. Malgré cette seconde chute de ce chef influent, la foi des néophytes ne paraît pas en avoir été ébranlée et la presque totalité des chrétiens, soumise d'esprit et de coeur à tout ce qui émanait de la véritable autorité, continua de pratiquer avec ferveur, et témoigna de son éloignement à toute pratique superstitieuse. »[70]
 
Maintenant je vous présente un autre extrait du livre de Ch. Dallet qui avaitpris comme une référence des Notes de Mgr Daveluy :
 
« Pierre Seng-houn-i avait vu à Péking la hiérarchie catholique en action, l’évêque, les prêtres et les autres clercs inférieurs. Il avait assisté aux saints mystères dans l’église de cette ville. Les sacrements avaient été administrés en sa présence. Il rappela tous ces souvenirs, et à l’aide des diverses explications qui se trouvent dans les livres liturgiques ou dogmatiques à l’usage des chrétiens, on arrêta un système complet d’organisation, et on procéda de suite à l’élection des pasteurs.
François Xavier Kouen, que sa position, sa science et sa vertu mettaient au premier rang, fut nommé évêque. Pierre Ni seng-houn-i, Louis de Gonzague Ni Tan-ouen-i, Augustin Niou, Jean T’soi Tsiang-hien-i et plusieurs autres, furent élus prêtres. On ignore s’il y eut quelque cérémonie ressemblant à une consécration ou ordination. Chacun se rendit immédiatement à son poste, et ils commencèrent une sorte d’administration des chrétiens, prêchant, baptisant, confessant, donnant la confirmation, célébrant les saints mystères, et distribuant la communion aux fidèles. Ces sacrements sont les seuls que nous trouvions mentionné dans les mémoires du temps. Le baptême donné par ces pasteurs était évidemment valide, et conférait la grâce de la régénération. Les autres sacrements qu’ils administraient étaient évidemment nuls. Néanmoins, il est certain que leur ministère réchauffa partout la ferveur, et il donna un nouvel élan à la propagation de la foi dans tout le royaume. On parle encore de l’enthousiasme des chrétiens, de leur sainte ardeur pour assister aux cérémonies et pour recevoir les sacrements. La grand’mère du célèbre martyr André Kim, le premier prêtre indigène de la Corée, a raconté que Louis de Gonzague, Ni, son oncle, par qui elle avait été baptisée, se servait d’un calice d’or pour célébrer le sacrifice. Les ornements sacrés étaient confectionnés avec de riches soieries de Chine. Ils n’avaient pas la forme de nos chasubles, mais ils étaient semblables à ceux dont les Coréens font usage dans leurs sacrifices. Les prêtres portaient le bonnet usité en Chine, dans les cérémonies du culte catholique. Pour entendre les confessions des fidèles, ils se plaçaient sur un siège élevé sur une estrade, et les pénitents se tenaient debout devant eux. Les pénitences ordinaires étaient des aumônes, et pour les fautes les plus graves, le prêtre frappait lui-même le coupable sur les jambes avec un verge. Accoutumés, selon les lois de l’étiquette coréenne, à fuir la vue des femmes de condition, les prêtres refusèrent d’abord de les confesser ; mais les instances furent si vives qu’il faut y consentir. Ils ne faisaient pas la visite des chrétiens, mais on venait auprès d’eux leur demander les sacrements. Ils voyageaient à pied, et s’excitaient toujours à éviter le faste et l’orgueil.
A la capitale, Jean T’soi Koan-t’sien-i loua une maison pour l’administration des sacrements. Plein d’activité et doué d’une grande pénétration d’esprit, il réglait toutes les affaires, recevant les prêtres et préparant les chrétiens. Jour et nuit, il était occupé à ce ministère, sans redouter ni les embarras ni les fatigues ; il était comme le catéchiste général de la chrétienté. Son père, quoique ne pratiquant pas la religion, était loin de s’opposer aux nombreuses réunions qui se faisaient chez lui ; il les protégeait, au contraire, de toute son pouvoir.
Ce clerc coréen improvisé continua ainsi ses fonctions pendant près de deux ans, avec de grands succès et dans une parfaite bonne foi. Mais en l’année Kei-iou (1789), certains passages des livres de religion, examinés plus minutieusement, firent naître dans l’esprit des prêtres et de l’évêque des doutes sérieux sur la validité de leur élection et de leur ministère. Ils conclurent qu’il fallait de suite renoncer à toute administration comme à une entreprise téméraire, et prirent la résolution d’écrire à l’évêque de Pékin pour consulter à ce sujet. Après s’être ainsi avancés devant toute la chrétienté, il dut leur en coûter beaucoup, pour abandonner immédiatement leur position, au risque de s’exposer à la risée publique. Mais leurs intentions étaient droites, leur foi sincère, et ils ne voulurent, sous aucun prétexte, s’exposer à profaner les choses saintes. Ils reprirent donc immédiatement leur place parmi les simples fidèles, et ne s’occupèrent plus qu’à instruire les nouveaux chrétiens, et à prêcher la foi aux Gentils.
La lettre consultative à l’évêque de Péking ayant été rédigée par Yi Seng-houn-i et François Xavier Kouen, on rechercha les moyens de la faire parvenir sûrement. L’ambassade annuelle offrait une occasion naturelle. Mais il fallait trouver un homme capable et dévoué qui voulut accepter la périlleuse mission d’établir des relations nécessairement secrètes, avec l’Eglise de Chine. Il n’y avait pas de chrétien dans l’ambassade : il fallait y en faire entrer un à l’insu des païens. On jeta les yeux sur le catéchumène Paul Ioun Iou-ir-i, pour ce rôle important. Paul Ioun descendait d’une famille noble du district de Nie-tsiou. Il avait été disciple des Kouen, et François-Xavier l’avait instruit des vérités de la religion. Son caractère doux et affable et sa grande discrétion le rendaient propre à l’entreprise projetée. Il accepta la mission qu’on lui confiait, se chargea de la lettre à l’évêque, et déguisé en marchand, partir pour Péking à dixième lune de cette même année 1789.
La route de Séoul à Péking est de trois mille lys, plus de trois cents lieues. Ce long voyage, fait pendant l’hiver, dans un pays étranger, est très pénible et offre des dangers véritables. Il n’est pas rare de voir plusieurs personnes de l’ambassade succomber à la suite de maladies contractées en route. Les fatigues ordinaires étaient bien plus grandes encore pour Paul qui, appliqué dès l’enfance à l’étude, et habitué à une vie sédentaire, n’avait aucune expérience des voyages, et se trouvait isolé au milieu de compagnons inconnus, sans aucun appui humain. Il dut cependant faire la route à pied, comme tous ceux dont il simulait la profession, et enfin, malgré mille difficultés, soutenu qu’il était par la grâce toute-puissante de Dieu, il arriva heureusement à Péking. Il se rendit aussitôt auprès de l’évêque, lui remis la lettre dont il était porteur, et lui raconta dans le plus grand détail tout ce qui s’était passé en Corée, les joies et les tribulations de la chrétienté naissante. L’arrivée inattendue de Paul causa une joie bien vive dans l’église de Péking. La présence de ce chrétien, venu d’un royaume où jamais aucun prêtre n’avait prêché le nom de Jésus-Christ, et expliquant de quelle manière admirable la foi s’y était propagée, fut le plus doux des spectacles pour les missionnaires surtout pour l’évêque, Mgr Govea, qui se hâta d’écrire une lettre pastorale à ces nouvelles ouailles que Dieu lui donnait.
Au printemps de l’année Kieng-Siou (1790), Paul reprit à la suite de l’ambassade la route de sa patrie. Il avait reçu à Péking les sacrements de Baptême, d’Eucharistie et de Confirmation. Fortifié par ces secours célestes, il sut se tirer adroitement de tous les mauvais pas, passa la frontière sans exciter de soupçon et revint à la capitale sans s’être attiré aucune fâcheuse affaire.
La réponse de l’évêque était écrite sur une pièce de soie, afin que Paul put la cacher plus aisément dans ses habits, et l’introduire en Corée d’une manière plus sûre et plus facile. Elle était adressée à Pierre Ni et à Xavier Kouen. Le prélat commençait par exhorter les néophytes à rendre immortelles actions de grâces au Dieu très-bon et très-grand, pour l’estimable bienfait de la vocation à la foi. Il les exciter à la persévérance et à l’emploi des moyens nécessaires pour conserver la grâce de l’Evangile. Venait ensuite une exposition abrégée des dogmes et de la morale chrétienne. Pierre et François-Xavier étaient repris pour s’être ingérés témérairement dans le ministère sacerdotal. L’évêque leur expliquait qu’ils ne pouvaient nullement célébrer les saints mystères et administrer les sacrements à l’exception du baptême, parce qu’ils n‘avaient pas reçu le sacrement de l’ordre ; mais qu’ils faisaient une action très agréable à Dieu en instruisant et encourageant les chrétiens, et en convertissant les infidèles. Il les exhortait à persévérer dans cette conduite.
Cette réponse, atteindre si longtemps, ne laissait plus aucun doute. Elle fut reçue avec une entière soumission, et chacun se facilita de la prudence qu’on avait eue d’interrompre les fonctions du saint ministère.
Cependant, les chrétiens coréens avaient un grand désir de recevoir les sacrements. Enflammés par les récits de Paul Ioun qui leur parlait des églises qu’il avait vues à Péking, des missionnaires européens venus des extrémités de la terre pour propager l’Evangile, des entretiens qu’il avait eus avec eux et des sacrements qu’il avait reçus, ils résolurent d’envoyer une nouvelle lettre à l’évêque de Péking, pour le supplier instamment de leur envoyer des prêtres qui puissent les instruire par la prédication, et les fortifier par l’administration des sacrements. L’occasion était favorable. Une ambassade extraordinaire allait partir pour féliciter l’empereur Kien-Iong, qui célébrait, au mois de septembre 1790, la quatre-vingtième année de son âge. Paul Ioun reprit donc le chemin de la Chine. Il était accompagné dans ce second voyage, par un catéchumène nommé Ou, officier du roi de Corée, chargé par ce prince de faire quelques emplettes à Péking. Nos deux députés arrivèrent sans accident, et remirent à l’évêque la lettre de leurs compatriotes.
Outre les instantes prières des néophytes pour obtenir un pasteur, cette lettre contenait aussi plusieurs questions sur les contrats de leur pays, sur les superstitions, sur le culte des ancêtres, et sur quelques autres points difficiles. Après avoir pris sur des matières de cette importance l’avis de missionnaires savants et zélés, l’évêque répondit aux questions des coréens, leur promit de leur envoyer un prêtre, et leur fit connaître à quelle époque et de quelle manière ce prêtre se présenterait à la frontière, afin qu’ils puissent préparer et faciliter son entrée.
Le catéchumène Ou fut baptisé, et reçut le nom de Jean-baptiste. On lui remit un calice, un missel, une pierre sacrée, des ornements, et tout ce qui était nécessaire pour la célébration du saint sacrement. On lui apprit aussi à faire du vin avec des raisins, afin que tout fût prêt, à l’arrivée du missionnaire.
Paul et Jean-Baptiste repartirent de Péking au mois d’octobre. Ils arrivèrent heureusement dans leur pays, et rendirent la lettre de l’évêque et les objets qui leur avaient été confiés. L’Eglise naissante tressaillit de joie, dans l’espérance de posséder bientôt un prêtre, mais la décision sur les superstitions et le culte des ancêtres fut, pour plusieurs, une pierre de scandale et une cause d’apostasie.
Jusqu’alors les néophytes coréens, assidus aux observances chrétiennes qu’ils connaissaient, n’en avaient pas continué le culte superstitieux rendu aux parents défunts. L’ignorance et la bonne foi, pouvaient les excuser, mais dès ce moment toute participation à de semblables pratiques, sacrifices, cérémonies prostrations, etc., devenait impossible. L’Eglise leur déclarait par la bouche de l’évêque de Péking que le culte des ancêtres est contraire au culte de Dieu. Cette déclaration, rendue publique, devait blesser à la prunelle de l’oeil toutes les classes de la population, car en Corée, la religion des lettrés, ou le culte des ancêtres, est la religion de l’Etat. Toute infraction à ce culte est reçue avec une violente répulsion par l’opinion publique dans le pays tout entier, et l’omission des cérémonies requises sévèrement punie. Ces usages traditionnels, dont l’origine remonte très haut, et qui ont été transmis fidèlement de génération en génération, sont aux yeux de tous la base de la société, le fondement de l’Etat, le point d’appui de tous les rapports naturels ; et malheur à celui qui a l’audace de les attaquer, même en paroles ! Il était dès lors facile de prévoir l’otage qui allait éclater et le parti que les ennemis des chrétiens allaient tirer de leur conduite pour déduire et anéantir l’Eglise naissante.
Quelques chrétiens faibles en furent épouvantés, et cessèrent, dès ce jour, de pratiquer la religion. Parmi eux, nous avons la douleur de compter Pierre Ni Seng-houn-I, que la crainte avait déjà fait tomber d’une manière si déplorable quelques années auparavant. Il se retira chez lui et n’eut plus aucun rapport avec les chrétiens. Bien plus, cédant à l’ambition des dignités, il obtint successivement divers emplois publics, ce qui, en ce pays comme en Chine, entraîne nécessairement une participation fréquente au culte idolâtrique. Désormais, nous ne le verrons plus paraître que de loin en loin, poursuivi, malgré sa défection, par le mépris des païens eux-mêmes, et ne pouvant parvenir à se laver auprès d’eux du crime d’avoir introduit la religion en Corée. C’est là, aux yeux des gentils, une espèce de péché originel qu’ils reprochent encore aujourd’hui à ses descendants. Malgré cette seconde chute d’un chef influent, la foi des néophytes ne paraît pas avoir été ébranlée, et le très grand nombre, soumis d’esprit et de coeur à la décision de l’Eglise, continua à pratiquer avec ferveur, et renonça à tous les actes superstitieux. »[71]
 
 
 
 
Chapitre IX
Formation de prêtres par des laïcs coréens
 
 
45.L’organisation du clergé improvisé et leurs activités sacerdotales en tant que les laïcs étaient le premier pas de la formation des prêtres
 
L’une des fiertés caractéristiques de l’Eglise catholique de Corée fut l’initiative des laïcs pour susciter des vocations sacerdotales, les faire grandir et enfin les soutenir au cours de leur formation. Depuis le début de l’Eglise, nos ancêtres dans la foi, ne connaissant pas suffisamment le droit canon et les règles de l’institution, ont organisé un clergé provisoire et ont eux-même administré les sacrements. Cependant ils ont eu des doutes sur la possibilité pour des laïcs de célébrer la messe et de confesser. Alors ils ont écrit à l’évêque de Pékin et ont reçu une réponse leur signifiant qu’ils ne pouvaient célébrer la messe sans être ordonnés prêtres. Ils se sont soumis dès 1789.
Quand le clergé provisoire s’est arrêté de célébrer les sacrements, la foi des fidèles s’est affaiblie, ils vinrent de moins en moins aux réunions de prière et certains commencèrent à négliger l’organisation de l’institution ecclésiale. En effet ils avaient demandé à l’évêque de Pékin de leur envoyer un prêtre, mais ce n’était pas simple. D’abord, à ce moment-là, le diocèse de Pékin manquait de prêtres, d’autre part, il y avait des persécutions : Shin-hae 1791, Eul-myo-Nyun 1795 et la plus terrible celle de Shin-you 1801. Aussi les relations avec Pékin étaient complètement coupées.
Entre temps Cheong Ha-Sang, né l’année de la persécution en 1795, prit contact avec Pékin et demanda un prêtre, sans succès. Mais les chrétiens coréens apprirent qu’il y avait la possibilité d’envoyer des jeunes qui pourraient être formés à la prêtrise par l’Eglise de Chine et revenir, une fois formés, en Corée.
Ils ont essayé de trouver des jeunes candidats au sacerdoce mais cela était difficile à cause de l’obligation du célibat des prêtres. On devait trouver des jeunes non mariés et en ce temps-là, en Corée, la coutume était de se marier très tôt (coutume du « petit marié »). La plupart des jeunes candidats étaient déjà mariés... Par exemple, Cheong Yak-Yong avait été marié à l’âge de 15 ans. Son fils Cheong Ha-Sang était allé à Pékin à l’âge de 16 ans, pas seulement pour avoir un contact avec l’Eglise de Chine, mais aussi pour se renseigner sur la possibilité de s’inscrire au séminaire. Mais l’évêque de Pékin lui a demandé de bien vouloir soutenir l’Eglise de Corée et de s’occuper de sa mère et de la famille de sa sœur martyrisée. Finalement il a dû renoncer à entrer au séminaire.
 
46. Avant les 3 séminaristes, Kim Dae-Keon, Choi Yang-Eob et Choi Kwa-Choul, il y avait les autres séminaristes qui étaient envoyés par l’Eglise de Corée à Macao et à Yo-dong
 
Dans le rapport du projet pastoral fait par le responsable de la pastorale du diocèse de Pékin en 1813, on trouve une note disant qu’il y avait beaucoup de jeunes désirant être prêtres en Corée. Il fallait donc les faire venir en Chine et leur donner une formation pour qu’ils puissent être au service de l’Eglise de Chine.[72] D’après cette note, on peut dire qu’il y aurait eu quelques jeunes candidats séminaristes en Corée y compris Cheong Ha-Sang âgé de 18 ans.
En 1827, le père Umpierres, un « administrator apostolicus » du Vatican à Macao, a mentionné dans son rapport que le séminariste Heo, Coréen, faisait des études au séminaire de Macao. La « Propaganda Fidei » a demandé d’accélérer sa formation et de le faire revenir en Corée pour qu’elle puisse envoyer d’autres candidats au séminaire.
En 1835, Mgr Brughier(1792-1835), premier évêque du diocèse de Choseon(Corée), écrivit une lettre adressée pour la première fois aux fidèles coréens, mais puisque cette lettre était écrite en latin, on l’envoya d’abord au séminaire de Macao où se trouvaient déjà quelques séminaristes coréens pour qu’ils la traduisent en coréen et la renvoient en Corée en passant par Yo-dong pour les responsables de la communauté chrétienne et pour d’autres personnes comme le responsable de la communauté coréenne Cheong Ha-Sang. Mgr Brughier, dans sa dernière lettre avant sa mort, écrivit à Yo-dong Peliku pour les Missions Etrangères de Paris : « J’ai rencontré les séminaristes coréens à Yo-dong qui m’ont donné une bonne impression et un bon espoir. Dans l’avenir, ce serait plus raisonnable d’établir un séminaire pour la formation des prêtres coréens à Yo-dong plutôt qu’à Macao car le climat y est meilleur pour les Coréens. »
En fait, le départ de trois jeunes candidats coréens au séminaire de Macao comme Kim Dae-Keon, Choi Yang-Eob et Choi Kwa-Choul vers la fin de 1836 n’était pas le premier départ, mais bien avant, au moins 10 années plus tôt, il est certain qu’il y avait déjà plusieurs séminaristes coréens à Macao et à Yo-dong. Seulement nous n’avons pas encore la preuve qu’ils ont été ordonnés prêtres. Je crois qu’un jour, on trouvera qu’il y avait des Coréens ordonnés prêtres avant saint Kim Dae-Keon. Ils auraient vécu quelque part en Asie du Sud. Pour cela je souhaite que d’autres me succèdent pour ce travail de recherche.
 
47. Le petit fils de Yi Seung-Houn, Yi Jae-Eui(1807-1868) et le fils de Cheong Yak-Jong, Cheong Ha-Sang étaient séminaristes juste sur le point d’être ordionés diacres au grand séminaire de Corée avant les séminaristes Kim Dae-Keon(1821-1846) et Choi Yang-Eob(1821-1861)
 
Il est certain que des laïcs de l’Eglise en Corée ont essayé de trouver des candidats à la prêtrise, les ont préparés et les ont envoyés à l’étranger pour leur formation. Cheong Ha-Sang lui-même ne pouvant pas partir pour le séminaire de Macao et en attendant le moment favorable, s’est préparé à la fonction sacerdotale et il est certain qu’il aurait sélectionné quelques-uns parmi ses élèves pour la formation sacerdotale.
On peut l’affirmer parce que Cheong Ha-Sang n’était pas marié et qu’il avait étudié par lui-même le latin, le dogme et la morale chrétienne en Corée où ne se trouvait ni séminaire proprement dit ni professeur. Selon la lettre du Mgr Imbert, il faisait un grand effort pour étudier le latin et la théologie jusqu’au moment où il fut ordonné diacre.
Le petit fils de Yi Seung-Houn, Yi Jae-Eui(1807-1868), plus âgé que Cheong Ha-Sang(1795-1839), avait, lui aussi, étudié tout seul le latin et la théologie en Corée et avait été ordonné diacre. Seulement il n’est pas certain qu’il ait été ordonné par Mgr Imbert ou par un autre évêque à Macao ou à Pékin. En tout cas ce que j’ai vérifié c’est qu’il a signé, chaque fois, en bas de ses cinq rapports manuscrits en latin ‘diacre Thomas Yi Jae-Eui’.
Malheureusement il n’y a aucun document en Corée sur ces faits. Cependant, d’une part, des chrétiens coréens, comme Yi Seung-Houn et Youn You-il, sont allés voir, plusieurs fois, des missionnaires européens à Pékin, ont reçu des sacrements et ont apporté des livres et des objets concernant le catholicisme. Tous leurs contacts ont été connus et ont provoqué une persécution qui fut de plus en plus importante.
D’autre part, durant la persécution de Shin-you, 1801, une lettre de Hwang Sa-Yung a été découverte au cours d’un voyage en Chine. Elle relatait la situation de l’Eglise catholique en Corée : la cour royale interdisait et surveillait tous les contacts avec les missionnaires européens. Dans ce contexte le responsable de la communauté catholique coréenne, Cheong Ha-sang, et ses compagnons faisaient en grand secret toutes les démarches pour envoyer de jeunes candidats au séminaire chinois. Mais parfois nous trouvons quelques notes partielles dans des documents à l’étranger qui nous renseignent sur l’envoi de jeunes candidats coréens au séminaire de Chine avant ceux de Kim Dae-Keon.
En 1831, le diocèse de Choseon (Corée) est crée et en 1836 le premier missionnaire français, Maubant, est arrivé en Corée, secrètement, guidé par Cheong Ha-Sang. Une fois en Corée, il a commencé ses activités pastorales dans cette Eglise établie depuis une vingtaine d’années, fondée par des laïcs. En visitant les paroisses, Maubant a vu les trois jeunes candidats, Kim Dae-Keon(1821-1846), Choi Yang-Eob(1821-1861) et Choi Kwa-Choul(1822-1837) et il a écrit une lettre pour présenter ces trois candidats coréens au séminaire de Macao.
Le 9 décembre 1836, Kim Dae-Keon et Choi Yang-Eob avaient 15 ans et Choi Kwa-Choul, 14 ans. Ils sont allés à pied jusqu’à Shin-eui-jou au Nord de la Corée accompagnés par Cheong Ha-Sang. Là, ils ont rencontré un prêtre chinois Yeo Hang-Deok Pacipico et quelques chrétiens chinois et en leur compagnie ils sont allés à Pékin, puis ils ont continué à marcher pour arriver à Macao le 6 juin 1837. Ainsi ces jeunes garçons ont marché 8.000km durant six mois traversant toute la plaine de Manchourie dans le grand froid (-30c°), passant par Pékin et Jénam jusqu’à Shanghai et Macao dans la grande chaleur (+30c°), région du Sud de la Chine. Durant ce voyage, tous les trois sont tombés malades sérieusement, mais Kim Dae-Keon et Choi Yang-Eob se sont remis et sont revenus en Corée 10 ans après avoir été ordonnés prêtres. Tandis que Choi Kwa-Choul est mort là-bas après avoir souffert durant sept mois.
La fondation de l’Eglise, la création du diocèse de Choseon, puis la formation des prêtres, ont été l’œuvre des laïcs coréens. C’est dans l’enthousiasme et la ferveur qu’elle a été accomplie. Oeuvre remarquable et incomparable dans toute l’histoire de l’Eglise catholique.
 
 
 
 
 
Conclusion
 
 
48. L’esprit religieux inné du peuple Coréen pour la recherche de la vérité.
 
L’Eglise catholique de Corée a été fondée par des intellectuels d’une vingtaine d’années. Il n’y avait ni prêtre ni religieux. Durant dix ans ces jeunes érudits ont fait une recherche de la vérité etpratiqué leur foi à Chon-jin-am dans un esprit religieux et missionnaire.
Autrefois les jeunes garçons de la dynastie Shilla faisaient leur formation ‘Hwarang-do’ dans les hautes montagnes. Ils commençaient la formation à 15 ans et devenus ‘Hwarang’ à 18 ans, descendaient pour regagner leur région d’origine. Cet esprit ‘Hwarang-do’ était un soutien pour le pays, plus tard il a joué un rôle décisif pour la réunification des trois royaumes.
Le bouddhisme a été introduit en Corée par un jeune, Yi Cha-Don, martyrisé à 22 ans. On peut dire que vers l’âge de 17 ans, il avait commencé à le faire connaître. Un mouvement nouveau, Dong-Hak, avait aussi été répandu par le grand maître Choi Jae-Ou. Il avait recherché la Vérité après avoir perdu ses parents à 16 ans.
Les jeunes garçons et les jeunes filles d’environ 10 ans qui ont offert leur vie pour sauver leur patrie et leur peuple étaient tous de jeunes héros comme le grand politicien Kim Kou, le général Yi Beom-Seok’, Youn Bong-Kil mort pour la justice dans son pays et la jeune étudiante You Kwan-Soun… Tous ont commencé à être très actifs avant 20 ans. Il faudra garder et développer chez les jeunes cet esprit sincère, humble et courageux, pour l’avenir du pays et le monde entier.
Cette qualité de notre peuple se transmet dans notre pays sans hésitation : un esprit de piété envers les ancêtres et les parents. C’est une valeur nationale qui est enracinée dans le peuple coréen.
Aujourd’hui l’Eglise catholique universelle y compris celle de l’Europe se trouve dans une situation difficile à cause de la diminution des vocations sacerdotales et religieuses à l’inverse du développement de la société et de l’économie. Mais heureusement notre Eglise de Corée continue à se développer au même rythme que le développement du pays. Les nombreuses vocations sacerdotales nous obligent à agrandir le grand séminaire. C’est une grâce pour notre peuple, un signe de la qualité de l’esprit religieux du peuple coréen.
La volonté, la ferveur pour rechercher la vérité et la mission de Yi Byok, franchissant la montagne Kwang-Jou, Kyung-ki-do durant un hiver rigoureux, sont plus précieuses que l’organisation de ses conférences. Le fait d’envoyer Yi Seung-Houn à Pékin, pour mieux connaître les règles de la science du Ciel, est encore plus louable que son baptême à Pékin parce qu’on peut recevoir le baptême partout dans le monde entier depuis deux mille ans. Même s’ils n’avaient pas pu recevoir le baptême à ce moment-là, on pouvait reconnaître le mérite et la valeur de leurs efforts.
L’activité sacerdotale, pour l’organisation du clergé provisoire, est d’une grande valeur, supérieure aux règlements de l’institution Eglise. Le fait d’arrêter immédiatement leur activité, quand ils ont eu des doutes, est un témoignage humble et sincère.
L’esprit qui a suscité, l’envoi de Youn You-Il à Pékin et qui a aussi inspiré la lettre à Hwang Sa-Yung est d’un esprit plus grand que la lettre elle-même. La ferveur de Cheong Ha-Sang et de You Jin-Kil les a poussés à faire vingt fois le voyage jusqu’à Pékin. Chaque fois c’était 2.400 km fait à tour de rôle. Cette démarche a été très importante pour la fondation de l’Eglise.
On constate cet esprit religieux au moment de la création des paroisses. Souvent ce sont les laïcs qui fondent d’abord une communauté, puis ils demandent un prêtre. De même dans les communautés de la diaspora coréenne, les fidèles laïcs forment d’abord une communauté puis demandent un aumônier. Pour les catéchumènes également, c’est en général les laïcs eux-mêmes qui trouvent les candidats qui viennent ensuite frapper à la porte de l’institution Eglise.
Il faut savoir reconnaître ces actions qui sont la base du dynamisme et de l’esprit religieux du peuple coréen. En un mot nous devons reconnaître ce désir de servir Dieu chez nos ancêtres dans la foi. Nous devons remercier Dieu qui nous a donné ce don particulier, nous devons le transmettre aux générations futures. Enfin nous devons être conscients de notre rôle, de notre mission, en participant au Salut de l’humanité entière.
Nous devons comprendre que ce don est un fait certain que l’on ne trouve pas dans les autres Eglises et que ce don nous est donné pour nous, mais pour l’évangélisation de toute l’Asie et de toute l’Eglise universelle. Nous devons reconnaître que Dieu nous appelle pour que nous puissions dépasser toutes les difficultés de ce monde afin de réaliser cette mission et la développer tous les jours pour offrir à Dieu la gloire infinie d’une humanité sauvée.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Appendice
 
 
Pour un éclaircissement sur le sujet de martyre
des fondateurs de l’Eglise de Corée
 
Chanoine Byon Ki-Young
Traduit par Kim Chung-Ok
et corrigé par Colette Noir
 
 
 
Sur la mort de 4 fondateurs de l’Eglise de Corée comme Yi Byok, Kwon Il-Shin, Yi Seung-Houn et Kwon Chul-Shin, il y a de sérieuses controverses pour leur martyre ou leur apostasie. Cependant ce qui a été transmis ou publié jusqu’à présent sur ce sujet ne veut pas dire que tout était clair et satisfaisant. Il peut y avoir des erreurs de transmissions ou de réflexion n’ayant pas assez de documents et de preuves. C’est pourquoi je veux essayer de tirer cette affaire au clair possible et plus objectivement avec des raisons justifiables. Je veux souligner également qu’il faut réfléchir à notre attitude de l’Eglise vis-à-vis des documents historiques que nous croyons facilement et sans critique. Autrement dit, je veux présenter dans cette note les plusieurs points de guide pour revoir fondamentalement sur les contenus publiés dans les différents livres ou documents historiques sur ce sujet.
 
Le premier point : C’est un fait indiscutable que les fondateurs de l’Eglise de Corée ont été tués par les persécuteurs à cause de leur foi au catholicisme. Ce fait réel de leur mort à cause de la foi en Dieu devrait considérer comme une donnée essentielle et primaire pour le fondement le plus juste et important pour la canonisation.
 
Etre mis à mort par les persécuteurs ou par les autres à cause de la foi au catholicisme est un élément qu’on doit considérer le plus juste et le plus important car c’est un fait historique inchangeable. Il est clair et évident que la plus grande raison de leur mort était pour la foi au catholicisme. Cependant il peut y avoir les détails des informations ou des notes écrites sur les motifs ou sur les buts qui peuvent être variés et même différents selon la situation avant ou après l’exécution ou la mort par les autres, mais il ne faut surtout pas perdre de vue sur ce fait réellement passé. Il est possible aussi que les bruits ou les notes sur ce fait soient fauxou incorrects au cours de la transmission et les détails des explications ou des expressions sur le contenu qui pourraient être manipulés, complété, corrigés et enlevés etc, mais le fait qu’ils ont été tués par les persécuteurs à cause de leur foi est une vérité prouvée, un factum verum. On peut emballer ou décorer les explications et les expressions, mais on ne doit pas changer le contenu principal et il doit rester le même. Même si les explications et les notes étaient excellentes, elles seraient insignifiantes si elles étaient hors du contenu. Par contre, même si les emballages ou les décorations étaient autres et incorrects et si le contenu était juste et vrai, il prendrait une signification valable.
Par exemple, au moment de la persécution de Eul-sa 1785, le père de Yi Byok, Yi Bou-Man dissuadait fermement son fils de renoncer à sa foi catholique et en voyant son fils qui ne voulait pas lui obéir, il a pensé qu’un de deux devait mourir, c’est-à-dire lui-même ou son fils, et finalement il a résolu de se suicider. Pourcette affaire, l’auteur de l’Encyclopédie de l’histoire de Cho-seon (Corée) a noté que le père de Yi Byok s’était pendu chez lui et qu’il était mort pour empêcher son fils à suivre la foi catholique.[73] En fait M. Yi Bou-Man s’était pendu, mais il n’était pas mort et il a vécu encore 17 ans.[74] Ainsi les notes ou les documents peuvent être faux ou différents et on peut les changer ou retoucher facilement, mais le fait historique est beaucoup plus important et il doit rester inchangeable. Si un aveugle a touché le nez d’un éléphant et a dit qu’il était comme un grand serpent, c’est une expression analogique et il ne doit pas nécessairement considérer le nez del’éléphant plus important que le corps entier.
 
Le deuxième point : S’il y a quelqu’un qui devait mourir et qu’il ait laissé une note ou un recueil de pensées juste avant sa mort, ces documents devraient avoir la première qualité de signification. Ainsi les legs des mourants sont incomparablement plus précieux et plus importants que les notes ou les traditions transmises par les autres avec toute sorte de suppositions, explications et commentaires. Par conséquent, ces legs peuvent s’offrir aussi comme des documents secondaires et supplémentaires plus sûrs et plus importants pour l’éclaircissement après le fait réel et historique de la mort des fondateurs de l’Eglise de Corée.
 
Par exemple comme nous comprenons facilement la qualité et la signification de la mort de Cheong Mong-Jou[75] grâce à son poème composé juste avant sa mort, qui commence par « Si mon corps meurt et encore meurt cent fois de suite… Mon cœur restera inchangeable pour lui seul…». Ainsi nous pouvons découvrir la signification, la valeur et les enseignements de la vie et la mort de grands héros à travers leur parole ou la note à leur mort. On doit prendre en considération de ce genre des notes ou des recueils de pensées que les mourants ont laissés. Car les expressions de ceux qui ont pressenti la mort d’eux-mêmes sont les plus sincères et plus sereines de leur cœur. La mort appartient à la personne qui meurt et les autres la voient objectivement de l’extérieur. Le cas d’éclaircissement sur le martyre de quatre fondateurs de l’Eglise de Corée est le même.
 
Le troisième point : Les messages du témoin transmis par les membres de la famille ou les proches de la personne, qui a été tuée, peuvent être plus justes que les bruits courants ou les notes des policiers. Ainsi ils peuvent être les premiers documents importants ou supplémentaires pour prouver leur martyre dans les démarches de la canonisation.
 
Ce que la famille des exécutés a connu, c’est-à-dire les témoignages ou les messages transmis par leur famille sur la situation avant et après l’exécution ou la mort violente par les autres sont beaucoup plus précieux et plus importants que les notes officielles ou formelles. Par exemple, il y a quelques années, nous avons entendu toutes les controverses sur les causes de mort ou de suicide ou de disparition comme le cas de l’étudiant Park Chong-Cheol mort au moment de la torture et de plusieurs personnages qui avaient participés au mouvement démocratique. Il y avait une grande différence ou même des contradictions entre les déclarations officielles de la police ou l’enquête judiciaire et les témoignages de la famille des accusés. Finalement nous avons vu que la plupart des arguments démonstratifs de la famille des accusés avaient prouvé l’innocence. Il me semble qu’on accepte en général sans critique les paroles ou les notes des inspecteurs de police ou des persécuteurs sur nos ancêtres de foi d’il y a 200 ans. Cela ne peut pas être une attitude digne de ceux qui ont pris leur succession et leur mission dans l’Eglise. En fait il n’est pas juste de faire les démarches de la canonisation pour nos fondateurs à partir des documents fournis par les persécuteurs en les considérant commesi la clé des preuves était dans leurs mains. Il fautréfléchir si jamais nous ne sommes pas en train de les persécuter aujourd’hui encore plus cruellement par les lettres que les vrais persécuteurs d’autre fois.
 
Le quatrième point : Les témoignages sincères ou les notes de grands amis ou des élèves avec qui on a partagé la vie et la mort peuvent être plus authentiques et plus précieux que les bruits courants dans le monde ou les notes des persécuteurs. Parce qu’en général les persécuteurs ne savaient rien de la foi catholique et ils la détestaient sans la connaissance ou simplement, ils ne comprenaient pas la signification profonde de la mort volontaire.
 
Par exemple, le maître Yi Byok est mort au moment de la persécution de Eul-sa 1785 et il est important de noter qu’on ne trouve aucun mot à propos de son apostasie dans les écrits de Cheong Yak-Yong, Hwang Sa-Yung, Kim Dae-Keon et Yi Seung-Houn. Cela montre aussi qu’aux yeux de ses amis plus proches, il était impossible de concevoir l’apostasie chez lui. Cela doit être une preuve importante et supplémentaire pour la base des documents de canonisation.
Les quatre évangiles écrits par les disciples de Jésus ne doivent pas être nécessairement les mêmes que les notes des juifs ou des Romains, par exemple les récits de sa mort sur la croix ou de sa Résurrection etc. Il faut considérer la différence entre les traditionstransmises par les fidèles fervents et les rapports formels et officiels faits par les fonctionnaires. Il faut être très prudent de les prendre en référence pour la démarche de la canonisation les notes ou les rapports officiels sur les jugements qui ont été faits dans le but de venger les ennemis croyants dans les luttes politiques, car ils ne sont pas justes et équitables, souvent impartiaux sans honnêteté
 
Le cinquième point : Les rapports ou les diverses notes des persécuteurs ne peuvent être utilisés qu’en simple référence. Il ne faut pas oublier que les persécuteurs étaient une bande de malfaiteurs atroces qui ont torturé les chrétiens pour leur faire détourner par des moyens cruels et finalement ils les ont exécutés.
 
C’est pourquoi on ne doit pas accepter ces malfaiteurs atroces comme les gens justes et bons, honnêtes et sincères. Par conséquent on ne peut pas admettre leurs paroles ou leurs actions ou les notes faites par eux-mêmes. Surtout nous ne sommes pas obligés de croire à leurs paroles ou à leurs notes, car, pour gagner simplement dans la politique, ils faisaient souvent n’importequelles opérations, de fausses dépositions ayant perdu la raison et la conscience de la justice et brûlant de haine et de revendications vis-à-vis des ennemis. Ainsi pour la démarche de la canonisation, il n’est pas juste et il est même trop dangereux de s’appuyer seulement sur les documents ou les notes officielles des fonctionnaires notamment pour les cas de Cheong Yak-Yong et des autres martyrs. Autrement dit, ce serait comme on aurait confié la démarche de canonisation aux persécuteurs qui ont exécuté nos ancêtres dans la foi.
Jusqu’à présent, il est vrai que la plupart de nos historiens ont considéré ces notes officielles comme des documents précieux et importants de référence. D’autre part j’ai l’impression qu’on a négligé de considérer les livres ou les notes ou les recueils de nos ancêtres persécutés à cause de la foi, et qu’on n’a pas montré assez d’intérêt aux témoignages ou aux messages transmis par leur propre famille. J’ai l’impression aussi qu’au lieu de re-examiner les causes de leur mort, on a pris facilement les notes des jugements ou des persécuteurs pour référence.
 
Le sixième point : Il faut prendre considération qu’il y a deux cent ans, la société coréenne, de Cho-seon, était tout à fait différente avec toute une autre culture que celle d’aujourd’hui. Par exemple la piété envers les parents était la vertu de première qualité. On ne pouvait même pas concevoir de désobéir aux parents ou faire des actions contre eux, surtout pour ceux du monde des savants nobles. Il y a une erreur de juger négativement l’attitude d’une personne qui nevoulait pas contredire la piété filiale et l’identifier avec celle de l’apostasie.
 
Il ne faut pas identifier l’attitude de quelqu’un qui ne veut pas manquer à la piété filiale avec l’attitude de l’apostasie. Il faudra plutôt évaluer cette attitude de la piété filiale dans le sens de la foi catholique de ce temps-là et la complété comme un matériel supplémentaire pour la canonisation.
Comme le cas de Yi Byok durant la persécution en 1785 et celui de Kwon Il-Shin en 1791, Ils ont beaucoup souffert entre les deux devoirs, de servir Dieu et de la piété filiale envers leurs parents. En fait les notions de ces devoirs n’étaient pas toujours contradictoires mais elles étaient souvent complémentaires l’une à l’autre. Mais nous devons comprendre que dans cet argument blanc et noir, pour ne pas manquer à la pété filiale, c’est-à-dire pour ne pas désobéir aux parents qui ne voulaient pas accepter la foi catholique de leur fils, il y avait une forte pression defaire renier Dieu, et d’apostasier, et enfin il y avait le catholicisme. Malgré tout c’étaient deux dimensions tout à fait différentes.
 
Le septième point : Il ne faut pas confondre le vrai sens de l’apostasie qui est basé sur la foi en Dieu et la notion de la piété filiale de ce temps-là. C'est-à-dire le geste ou l’attitude momentanée des chrétiens pour ne pas manquer à la piété filiale envers les parents. Donc il faut d’abord bien discerner.
 
Au moment de la persécution Eul-sa 1785, toute la famille des Yi et les parents de Yi Byok étaient tous en colère à cause de Yi Byok et finalement il y avait un désaccord extrême entre eux. A ce moment-là Yi Byok s’était retiré dans sa chambre, se retenant calmement avec réserve de sortie et de contacts avec l’extérieur, évitant d’aller à des réunions des amis chrétiens. Est-ce qu’on doit le juger comme s’il avait apostasié pour cela? Et parce qu’il n’a pas été plus ferme et plus rigoureux pour continuer ses activités dans l’Eglise tout en luttant à haute voix avec ses parents et sa famille…? C’était certainement pour ne pas offenser encore ses parents, autrement dit pour éviter l’ingratitude envers ses parents qu’il s’était retenu un certain temps de sortir, d’aller voir les amis chrétiens. Il ne faut surtout pas le condamner comme s’il avait apostasié, renier sa foi en Dieu. Au contraire, il faut reconnaître son attitude réconciliable pour garder la piété filiale envers ses parents, entretenir la paix et la bonne entente dans la famille entière. Il faudra prendre en considération cette attitude profonde comme référence
 
Le huitième point : Si on mettait en discussion l’apostasie de quelqu’un sans aucun preuve ni conséquence de cette apostasie, il pourrait avoir à un jugement impartial et injuste. Surtout affirmer l’apostasie de nos ancêtres dans la foi selon la base des documents fournis par les persécuteurs, ce sont vraiment des documents trop pauvres, surtout quand il s’agit de l’authenticité, la véracité du témoignage de ces documents.
 
Au fond il est très délicat et presque impossible de discerner l’apostasie devant le fait réel de la mort des premiers chrétiens de l’Eglise de Corée parce que les exécutions et les homicides étaient appliqués souvent sans respecter les principes. A côté des notes des inspecteurs de police sur l’apostasie, on découvre plus en plus les preuves bien claires qui témoignent les exécutions et les homicides des martyrs ou même leur refus de l’apostasie. Il faut bien noter qu’on ne trouve aucune preuve parmi les notes ou les traditions sur les martyrs qu’il y aitquelqu’un qui ait obtenu la vie ou une fonction importante ou de l’argent comme conséquence de l’apostasie, ou qui se soit détourné devant la persécution ou tourné du côté des persécuteurs, ou qui ait suppliépour sa vie sur le chemin vers le lieu d’exécution ou conseillé à sa famille ou à ses amis d’apostasier ou de renier la foi pour se sauver. On n’a jamais entendu qu’il y ait quelqu’un qui se soit dénoncé à la police comme apostat ou échappé avant l’arrivée des policiers. En fait ils étaient tous des personnages qui auraient pu bien s’échapper s’ils le voulaient, mais ils n’avaient rien fait pour s’échapper ni supplierpour leur vie aux persécuteurs et ils gardaient leur attitude sereine et digne malgré le pressentiment de la mort.
Comme dans tous les pays, en Corée aussi, les persécuteurs ne tuaient pas les apostats de classe supérieure et les forçaient à participer à la persécution avec eux ou les envoyaient en exil. Mais pour les catholiques coréens, ils les ont exécutés rapidement et les preuves sur leur apostasie restent du côté des persécuteurs loin de l’intention des chrétiens. Ainsi il y a peu d’authenticité dans toutes ces notes officielles, mais il y a beaucoup de possibilité de manipulations ou de mensonge. C’est pourquoi il est important dediscerner sérieusement la différence dans ces notes entre les vocabulaires des savants catholiques et ceux des inspecteurs de police. Par exemple, il faut distinguer les réponses instruites de Yi Seung-Houn et les vocabulaires administratives et juridiques des inspecteurs de police.
En fait le martyre de nos ancêtres dans la foi peut être confirmé par le fait de leur mort même. Il est impossible d’affirmer leur apostasie avec quelques notes et quelques phrases.
Par ces quelques points de guide, j’ai voulu rectifier cette question de l’apostasie de premiers chrétiens, fondateurs de l’Eglise de Corée. Donc il faut revoir toutes ces questions de l’apostasie en basant sur les points que j’ai relevés en haut. Dorénavant je continuerai à fournir des preuves pour mieux éclairer la vie des fondateurs, sur leur arrestation et leur torture avec les questions sur leur apostasie.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Re-éclaircissement sur la mort
et le martyr de Yi Byok
 
                                         
                                                 Chanoine Shim Sang-Tai
                                                   Traduuit par Kim Chung-Ok
 
 
Le premier séminaire pour la béatification et la canonisation des martyrs de l’Eglise catholique de Corée a eu lieu en février 2002 avec le thème , où on a vu la famille de Kwon Cheol-Shin, celle de Yi Byok et de Yi Seung-Houn avec leur réception de la foi et la question du pour et du contre sur le martyre. Il me semble bien significatif d’avoir ce deuxième séminaire, qui a lieu juste 3 ans après le premier, avec le thème . Yi Byok Jean-Baptiste est le pionnier, le fondateur principal de l’Eglise catholique de Corée qui a mis la première pierre et dirigé la fondation de cette Eglise. Cependant, il y a plusieurs opinions qui sont discutés sur lui, depuis des années, entre les historiens et les chercheurs ou les prêtres qui font des recherches dans l’Eglise catholique. D’abord ils sont tous unanimement d’accord sur la date de sa naissance en 1754, mais jusqu’à aujourd’hui ils sont partagés par leur opinion différente sur l’année et la cause de sa mort. Pour l’année de sa mort, les uns insistent pour 1786 et les autres pour 1785, et pour la cause de sa mort, les uns insistent par un apostat et les autres par un martyr. Par conséquent Yi Byok est relativement moins pris en compte, pas assez respecté pour son rôle important à comparer aux autres postérités, par exemple, les 103 autres martyrs déjà canonisés.
Pour éclairer la question de la mort et du martyre de Yi Byok d’une façon théologiquement nouvelle, je veux réviser le plus clairement possible les opinions différentes entre les chercheurs et leurs matières historiques sur lesquelles ils se sont basées. Pour cela, je veux traiter d’abord l’opinion considérée depuis longtemps comme une théorie établie dans l’histoire de l’Eglise, qui soutient la date de la mort de Yi Byok pour 1786 par un apostat et aussi l’autre opinion qui est d’accord pour l’année 1786, mais qui insiste sur la mort par un témoin de la foi.
Ensuite, je vais saisir le point capital de l’opinion qui soutient, depuis la découverte de la tombe de Yi Byok et l’arbre généalogique de sa famille en 1979, l’année de sa mort en 1785 avec l’idée de la mort par un martyr. Je vais examiner également les résultats des recherches basées sur les faits réels et les matières découvertes dernièrement. Et encore en me basant sur l’étude des résultats du travail des chercheurs, je vais éclairer le sens théologique de la mort de Yi Byok sur le point qui aurait besoin d’être éclairé, plus du côté théologique que dans les matières en rapport sur la mort de Yi Byok.
 
 
I. L’opinion de la mort en 1786
 
Jusqu’au début des années 1980, la date et la cause de la mort de Yi Byok étaient connues pour 1786 par une maladie de peste à l’âge de 33 ans comme une théorie établie chez les historiens de l’Eglise catholique. Mais tout en acceptant l’année de sa mort en 1786, il y a des opinions différentes sur la cause de sa mort, donc pour les uns par un apostat, et les autres par un témoin de la foi.
 
 
1. L’opinion de la mort par un apostat en 1786
 
Jusqu’au début des années 1980, la date et la cause de la mort de Yi Byok étaient connues par une maladie de peste au printemps de l’année 1786 comme une théorie établie chez les historiens de l’Eglise, jusqu’à la noter dans dont l’autorité est reconnue comme un standard dans l’Eglise de Corée. Cette théorie était basée sur les notes de Ch. Dallet (1829-1878), un missionnaire des Mission Etrangère de Paris, précisément son livre . Selon les notes de ce livre, Yi Byok a apostasié et il est mort au printemps de l’année 1786 par une maladie de peste. Les historiens qui soutiennent cette théorie présentent leur argumentation basée presque uniquement sur les notes de Ch. Dallet, comme les matières historiques.
Puisque pour la précision de la date et la cause de la mort de Yi Byok, les historiens de l’Eglise de Corée ont pris le livre de Ch. Dallet, pour la référence de matière historique et décisive, il est important de bien saisir exactement la partie des notes sur ce sujet de la mort par la maladie de la peste en 1786, l’année suivante où il avait apostasié après l’affaire de Eulsa (1785) par la découverte du ministre des crimes. Cela veut dire que Yi Seung-Houn était revenu en Corée après avoir été baptisé par les missionnaires à Pékin en 1784 et ensuite, l’année suivante, ‘une rencontre de foi en Dieu’ a été organisée à l’initiative de Yi Byok chez Kim Beom-Ou, à Myung-Rye-Bang, Séoul, et elle a été découverte par le ministre des crimes.
« Pierre Seng-houn-i et Jean Bapiste Piek-i, étaient désignés par la voix publique, comme les principaux chefs et fauteurs du christianisme ; aussi, ceux de leurs parents qui n’avaient pas embrassé la foi, épouvantés du supplice de Thomas Pem-ou, mirent tout en oeuvre pour les faire renoncer à une religion qui allait attirer des malheurs sur eux et sur sur leur famille. Ils réussirent que trop, dans leur funeste dessein. (…)
Le père de Piek-i, homme d’un naturel emporté, n’avait jamais voulu entendre parler de la nouvelle doctrine. Il fit des efforts inouïs pour arracher la foi du coeur de son fils. Ne pouvant y réussir, il tomba dans le désespoir, et, un jour, se passa une corde autour du cou pour se donner la mort. Piek-i, ébranlé à la vue de semblables scènes, sentait son courage faiblir. Toutefois, il ne se rendait pas encore. Un chrétien, indigne de ce nom, vint près de lui pour essayer de le perdre. Il y employa toutes les ruses, tous les mensonges imaginables, jusqu’à ce qu’enfin, fatigué de vexations, trompé par l’apostat, troublé par la vue et par les paroles de son père au désespoir, Piek-i céda. Reculant devant une apostasie manifeste, il usa de mots à double sens pour dissimuler sa foi. Son cœur avait défailli ; Dieu n’y avait plus la première place, et Dieu le rejetait, car il est écrit : ‘celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi’. Depuis ce temps, circonvenu pas ses proches et ses amis païens, il ne put avoir aucun rapport avec les chrétiens. (…)
Au printemps de l’année pin-go (1786), il tomba malade de la peste qui sévissait alors (le io-ping des Chinois, espèce de typhus), et mourut à l’âge de trente-trois ans, après huit jours de maladie. Il a été impossible de savoir d’une manière certaine comment se passèrent ses derniers moments. On prétend que des chrétiens purent parvenir jusqu’à lui, pour l’exhorter au regret de son crime, mais cette tradition n’est appuyée sur aucun document authentique[76]
 
A propose de la date et la cause de la mort de Yi Byok, on trouve presque les mêmes notes du saint Daveluy (1818-1866), qui sont pratiquement l’origine du livre de Ch. Dallet :
« Cette affaire (Eulsa) n’eut pas d’autres suites, mais elle suffisait pour laisser voir aux chrétiens ce qu’ils devaient attendre de leurs ennemis et les persuader à ne plus servir le vrai Dieu. Aussi la terreur se répandit, surtout dans la capitale et dans les environs, et ébranla même quelques uns de ceux qui étaient en quelque sorte les colonnes de l’Eglise naissante. (…) La voix publique désignait surtout comme fauteurs et chefs de la Religion Ni Pierre, dit Seung-Houn, Ni Pieki et les deux frères Tieng Jak-Tsien et Jak-Iong et éclatait partout en paroles menaçantes. Ces trois familles, dont bien des membres n’avaient pas embrassés la foi, furent intimidées et mirent tout en œuvre pour arrêter le zèle de ces chrétiens, et pour faire cesser la pratique (…).
Le père de Ni Pieki, homme naturellement vif et emporté qui d’ailleurs n’avait jamais voulu se mêler à la religion, fit de son côté les plus grands efforts pour arracher du coeur de son fils les sentiments religieux qu’il y voyait profondément imprimés, et ne réussissant pas dans ses projets, il en vint jusqu’à se lier le cou pour se donner la mort. Pieki ne pouvait être insensible à de pareilles scènes. Il n’y tenait plus mais toutefois ne s’était pas rendu. Un chrétien indigne de ce nom, vint près de lui pour tâcher d’achever l’ébranlement où il semblait se trouver. Il employa toutes les ressources possibles et usa de toutes les ruses imaginables pour réussir à le faire apostasier. Pieki fatigué, abasourdi de tant de vexations n’apostasia pas ouvertement, mais il usa de paroles de détours pour écarter tous les malheurs qu’il avait devant les yeux. Son coeur avait failli. Hélas ! Depuis ce temps on l’empêcha de mettre les pieds dehors. La foi qu’il n’avait pas perdue livrait dans son coeur des assauts continuels à ses affections naturelles. D’une part, il voyait son Dieu, de l’autre, c’était son père. Comment renier son Dieu ? Comment faire périr son père ? Ces assauts continuels le jetèrent dans un état que la plume ne peut décrire. Il devint morne, silencieux, mélancolique. Jour et nuit ses pleurs ne discontinuaient plus, ses gémissements se faisaient entendre d’heure en heure. Il n’ôtait plus ses habits et le sommeil fuyait loin de sa paupière. Il mangeait encore quelquefois, mais tout appétit étant perdu, c’était sans goût et sans profit pour le corps. Cet état violent ne pouvait durer et par avance on entrevoyait que la nature avait malheureusement pris le dessus. Peu à peu les remords, les agitations de la conscience se calmèrent, les derniers efforts de la grâce étaient à peine sentis. Il se remit en son état ordinaire de santé, et on prétend même que le désir des dignités vint à renaître chez lui. Quoiqu’il en soit, il n’eut pas le temps d’ être tenté. Au printemps de l’année 1786 (Piengo), il fut pris de la peste courante (le Jo ping des Chinois) et après huit ou neuf jours, quand la sueur commençait à venir, ceux qui le soignaient l’enveloppèrent de plusieurs couvertures, malgré tous les soins et efforts qui lui furent prodigués, il ne fit qu’étouffer sous ces lourds vêtements et la sueur ne pouvant percer et sortir, il en mourut à l’âge de 33 ans.
Il est impossible de savoir comment se passèrent ses derniers moments. On croit que des chrétiens purent pénétrer auprès de lui, l’exhorter au repentir et le disposer à paraître devant Dieu. Mais on n’a pu le savoir clairement. Ainsi péri d’une manière bien peu consolante, cet homme dont l’ardeur, le zèle, et les talents avaient ouvert la porte à la religion dans ce royaume. Avec de grandes qualités et des vertus incontestables, il n’avait pas assez compris la parole du Sauveur : « Qui amat patres aut matres quam me non est me dignus. » et pour avoir heurté contre cette pierre de scandale, il disparut, que cela soit dit sans vouloir porter un jugement d’une manière bien affligeante pour ceux qui l’avaient vu à l’œuvre, et peu rassurante pour nous tous qui l’avions si souvent admiré.»[77]
 
Dans le monde des historiens de l’Eglise de Corée, parmi ceux qui soutiennent les notes des missionnaires français, Mgr Daveluy et Ch. Dallet, comme des matières historiques concernant la mort de Yi Byok en 1786, on peut signaler le premier chanoine Choi Suk-Ou qui soutient l’année de 1786, en s’appuyant sur la note de Ch. Dallet. Il a écrit ainsi : «Selon les notes sur le début de l’Eglise de Corée, Yi Byok aussi a apostasié, finalement à cause de son père qui usa de toutes les ruses inimaginables pour réussir à le faire apostasier. (…) Peu à peu les remords, les agitations de la conscience se calmèrent (…) et au printemps de l’année 1786 (Piengo), il mourut. »[78] Et il a encore écrit, dans plusieurs de ses thèses, sur la persécution de l’Eglise catholique. Au moment de ‘l’affaire de Eulsa par la découverte du ministre des crimes en mars 1785, les étudiants confucianistes de Seong-kyun-kwan ont fait passer une circulaire violente contre les chrétiens, dans toutes les familles ou les amis qui avaient des membres chrétiens, engageant leurs parents et amis à rompre ouvertement et complètement avec eux. Par conséquent, ces familles qui avaient quelques membres chrétiens ont eu peur de la ruine totale et à cause de cette atmosphère, la persécution a commencé finalement dans leurs propres familles par les autres membres non chrétiens. Ainsi le chanoine Choi a conclu catégoriquement que Yi Seung-Houn et Yi Byok ont du apostasier. « A cause de cette persécution dans leurs familles, les personnages dirigeants de l’Eglise comme Yi Seung-Houn, Yi Byok et Cheong Yak-Cheon ont commencé à apostasier successivement… Yi Byok aussi a cédé à l’opposition violente de son père. »[79] Il précise même que Yi Byok et Yi Seung-Houn étaient des gens faibles jusqu’à apostasier. « Depuis ‘l’affaire de Eulsa’, la persécution sur le catholicisme était devenu plus largement répandue autour des familles… La circulaire des étudiants confucianistes de Seong-kyun-kwan a eu un résultat inattendu et par conséquent les dirigeants de l’Eglise, comme Yi Seung-Houn et Yi Byok, ont du montrer leur faiblesse par l’apostasie de leur foi. »[80]
 
Dans publié en 1985 par le Centre de recherche de l’histoire de l’Eglise catholique de Corée, dont le directeur était le chanoine Choi Suk-Ou, Yi Byok est présenté comme étant mort au printemps de 1786 à cause des remords de son apostasie. «Le père de Yi Byok, ne pouvant pas réussir son projet d’arracher la foi au cœur de son fils, tomba dans le désespoir et, un jour, se passa une corde autour du cou pour se donner la mort. Alors Yi Byok, reculant devant une apostasie manifeste, usa de mots à double sens pour dissimuler sa foi. Depuis ce temps, circonvenu par ses proches et ses amis païens, il ne put avoir aucun rapport avec l’extérieur. Il était horriblement persécuté par les remords et il est mort au printemps de l’année 1786 à l’âge de 33 ans. »[81]
 
Le docteur Ha Sung-Rai a traduit le livre de qui est connu comme celui de Yi Byok, et il y a mis une introduction avec le titre ‘La vie et la pensée de Yi Byok’ où est notée l’année de la mort de Yi Byok en 1786. Mais dans le développement du contenu, il y a noté encore une autre année en disant que Yi Byok a apostasié à cause de la piété filiale à l’égard de son père, qui lui imposait l’apostasie et il mourut en 1785. « Alors le père de Yi Byok, Yi Bou-Man, le contraignit à l’apostasie en le menaçant ‘si tu ne veux pas apostasier, je vais me pendre’. Finalement, Yi Byok ne put pas faire autrement que de dire un mot afin d’apostasier hypocritement, pour dissimuler sa foi. Yi Byok avait une foi bien fervente et il était toujours conscient d’avoir apostasié sous la contrainte de son père et finalement il est mort en 1785, par la maladie courante, à l’âge de 32 ans. »[82] D’autre part, le professeur Keum Jang-Tai a présenté la date de la mort de Yi Byok en 1789[83] et il a précisé que Yi Byok avait dirigé au début la communauté de foi catholique qui a apostasié. « En ce moment-là, les jeunes lettrés confucianistes, venant de la classe dirigeante, étaient dans une situation difficile, en plein désarroi et plusieurs parmi eux comme Yi Byok ont apostasié… »[84]
 
2. L’opinion de la mort par un témoin de la foi en 1786
 
Certains historiens et chercheurs dans le monde de l’Eglise catholique de Corée sont d’accord avec l’année de la mort de Yi Byok en 1786, mais quand il s’agit de la cause de la mort, ils sont partagées par des opinions nuancées, encore en disant que Yi Byok n’est pas mort comme un apostat, mais qu’il est mort comme un témoin de la foi.[85]
Le virulant Abbé Jou Jai-Yong (1894-1975) est peut être la première personne dans l’Eglise catholique de Corée qui n’a pas voulu accepter Yi Byok comme un apostat, et de plus, il a déterminé que sa mort était celle d’un témoin de la foi. Ayant une connaissance parfaite sur la littérature chinoise et confucianiste, l’abbé Jou Jai-Yong s’était dévoué pour les recherches sur l’histoire de l’Eglise de Corée. Il était d’accord avec l’année de la mort de Yi Byok en 1786, qui était basée sur les écrites par Dasan Cheong Yak-Yong (1760-1836), où se trouve un passage qui dit : ‘après 30 ans écoulés, Yi Byok est mort en été de l’année Byung-O (1786)’. D’autre part, avec un profond respect, l’abbé Jou a essayé de lire le sens véritable dans les poèmes de Dasan dédiés à Yi Byok, en le prenant pour un homme de vérité qui possède une vertu extraordinaire et un vaste savoir. En fait, Cheong Yak-Yong était un grand savant et un penseur de Kyung-seo, au temps de la fin de Choseon. Il a publié environ 500 livres et a rassemblé toutes les idées de la science pratique et enfin, il a fait naître ‘la science de Dasan’ aujourd’hui. « Dasan a pris Yi Byok pour un grand homme jusqu’à le comparer à une grue descendue du ciel, un être céleste. Par exemple, il a exprimé dans son poème ‘La grue est descendue du monde des sages dans ce monde des hommes, nous avons vu chez lui une allure de Dieu.’ De plus, quand il faisait la correction de ses 成中庸講義)> en 1814, dans la maison de lecture de Dasan, lieu de son exil à Kang-jin, il a noté : ‘C’était lui, Kwangam. Cela fait déjà 30 ans qu’il est mort. Si ce n’est pas lui à qui pourrais-je poser une question ! S’il était encore vivant, comment oserait-on comparer sa haute vertu et son vaste savoir à moi! L’un est déjà mort et l’autre est vivant, à quoi sert cette tristesse ! Et maintenant je ne peux sécher mes larmes en passant ma main sur ce livre.’ Ainsi il a admiré profondément l’idéologie et la haute vertu de Yi Byok dans ses Notes de Joung-yong. Dasan, devenu maintenant un vieux de 53 ans (1814), n’arrive pas à oublier Yi Byok et il pleure, passant sa main sur le livre de Joung-yong avec son attachement profond envers lui. »[86] En lisant les poèmes de Dasan, qui lui-même avait une personnalité proéminente, on découvre ses souvenirs respectueux envers Yi Byok comme un personnage noble, comme un être céleste, l’abbé Jou Jai-Yong avoue clairement qu’il ne peut pas prendre Yi Byok comme un apostat même s’il ne peut pas donner des preuves en matières historiques. «Je pense que Dieu ne pouvait pas rester impassible devant une telle situation et une telle atmosphère sur la morale, où la piété filiale envers les parents était considérée, sans connaître le vrai Dieu, comme la plus haute religion en Orient. Yi Byok ne pouvait plus résister contre son père qui voulait se suicider à cause de lui, donc il est certain que je ne peux pas considérer Yi Byok comme un apostat et je suis triste de finir cet article sans pouvoir donner une preuve comme celle de Yi Seung-Houn. »[87]
Un vieux historien méritant, Lee Won-Soun, accepte aussi la théorie de la mort de Yi Byok en 1786 à l’âge de 33 ans, mais comme l’abbé Jou Jai-Yong, il a mentionné à plusieurs reprises le fait que Cheong Yak-Yong, au moment du doute sur l’étude du livre classique du confucianisme 經書)> à Kang-jin, se souvenait les moments agréables d’étude qu’il avait passé ensemble avec Yi Byok, qui était mort depuis 30 ans et il pleurait avec un cœur déchiré pour cette personnalité incomparablement supérieure à lui.[88] Le professeur Lee remarque également que Yi Byok était une personne de haute naissance qui possédait la plus haute science de Kyung-seo et qui a essayé d’unifier harmonieusement la morale du confucianisme de l’Orient et la morale du christianisme de l’Europe. En fait, il était un vrai chercheur de vérité. « La foi chrétienne de Yi Byok que Cheong Yak-Yong adorait de tout temps, avec sa haute connaissance de Kyung-seo, n’était pas la foi qui a trahi le confucianisme, mais la foi qui a réuni la morale du confucianisme de l’Orient et la morale du christianisme de l’Europe. Il ne serait pas très juste d’interpréter hâtivement la foi de Yi Byok comme s’il l’avait acquise d’une façon extraordinaire après avoir lu quelques livres chinois et traduits des livres européens, mais parce qu’il l’a obtenue après avoir bien réfléchi, avoir été angoissé avec bien des soucis et il a examiné sa foi très longtemps avec toute sa culture et ses connaissances. La tendance de Yi Byok conseillant vivement de se maîtriser et s’humilier pour le salut de la vie éternelle dans ce monde éphémère en voyage était orientée vers le pragmatisme de la vie éternelle, après avoir ressenti l’importance de la perfection de l’homme morale dans le désordre de la société de la fin de Choseon et par la transformation de l’esprit de l’homme en accueillant le don de la foi nouvelle, ce qui est tout différent que celles des autres savants de science pratique de son temps. »[89] Le professeur Lee voit Yi Byok comme un homme de vérité, un homme juste qu’on touve que très rarement dans la société de la fin de Choseon, un grand homme qui faisait la recherche sur la nouvelle vision de l’homme spirituel par l’accueil d’une religion européenne en tant que personne, qui possédait la pensée proéminente du confucianisme de Kyng-seo.
La sœur Kim Ok-Hi a obtenu le degré du doctorat en 1977 à l’université de Sorbonne à Paris sur le rôle de Yi Byok au début de l’Eglise catholique de Corée et ensuite, revenue en Corée, elle l’a publié en 1979 avec le titré . Ensuite, en prenant la référence des nouvelles matières historiques, elle a publié un autre livre titré en 1990 et elle continue sa recherche sur la pensée de Yi Byok. Ce qui est à noter c’est qu’elle a déterminé clairement, dès le début de sa recherche sur Yi Byok, qu’elle ne peut pas admettre l’idée de la mort de Yi Byok en 1786 par un apostat.[90] D’après la sœur Kim, les missionnaires français qui ont jugé Yi Byok pour un apostat n’avaient pas compris que, dans la société orientale, la piété filiale était une condition absolue et l’essentiel pour toutes les vertus. Elle dit encore que Yi Byok était devant un dilemme entre la morale confucianiste basée essentiellement sur la pensée de piété filiale d’une part, et la nouvelle vérité de la foi catholique de l’autre part, et finalement il est mort dans de telles souffrances et angoisses inimaginables. « Dallet a noté Kwangam Yi Byok comme un apostat converti simplement par un motif philosophique. C’est ce qu’il a écrit en tant qu’étranger mais il n’avait pas du tout compris le coutume ou l’esprit, ni l’atmosphère traditionnel oriental. C’était aussi par un préjugé sur le début de l’Eglise catholique de Corée. Quand on compare la situation socio-culturelle de l’Europe au Moyen-Age avec les conditions et l’esprit traditionnel de Choseon en Orient, on doit dire que la dissension et l’attitude hésitante de Kwangam était plutôt normale. En tout cas, dans cette souffrance et cette angoisse, il est mort par une maladie de peste l’année Byung-o (Roi de Jeong-Jo 10, 1786) à l’âge de 33 ans. (Il y a certaine opinion qui insiste sur l’année de Eul-sa, 1785 à l’âge de 32 ans). Si on veut expliquer paradoxalement les notes de Ch. Dallet sur la mort de Yi Byok, il faut dire qu’il est mort dans des remords terribles à cause de son attachement à la foi ou à cause de la différence entre la morale de l’Orient et de l’Europe. »[91] Et comme l’abbé Jou Jai-Yong et Lee Won-Soun, elle insiste aussi qu’on ne doit pas juger Yi Byok comme un apostat imprudent, mais en le comparant à une grue descendue du ciel et ses adversaires à des poules et des canards plein de jalousies, en donnant la référence de de Dasan, offert dans un sentiment profond de détresse pour la mort de Yi Byok, considéré comme un personnage infiniment noble, comme un être céleste.
«  La grue est descendue du monde des sages dans ce
monde des hommes
   Nous avons vu chez lui une allure de Dieu
   Ses ailes et ses plumes étaient blancs comme la neige
   Le chant de la grue tremblait au-delà des cieux neuf
   Le cris de la grue était excellent dans ce monde de
poussière
Le temps est venu, il s’est envolé au loin sur l’automne
A quoi sert cette tristesse, ces pleurs et
ces lamentations ! »[92]
10 ans après sa mort, elle remarque encore que Yi Byok était présenté comme ‘un chef de secte’ dans la note des confucianistes anti-religion européenne rédigée contre le catholicisme, dont on peut considérer la note comme une matière de preuve qui prouve que Yi Byok n’était pas considéré comme un apostat, mais comme un chef principal de l’Eglise catholique de Corée dans la société de Choseon.[93]
L’abbé Lee Sung-Bai a aussi accepté l’année 1786, mais quand au motif de la mort, il a montré une attitude hésitante vis-à-vis de la mort par apostasie. Il a écrit également, comme la sœur Kim, que les missionnaires ont compris l’attitude de Yi Byok pour celle d’un apostat sans aucune compréhension de la culture confucianiste de la Corée et ils ont interprété cette affaire d’une façon trop simplifiée et européenne, tandis que Yi Byok se sentait forcé, face à l’objection radicale de son père et avec l’affaire de Eulsa, il a donc assumé son devoir en tant qu’un lettré d’une famille confucianiste. « L’attitude du père n’était pas une simple menace, mais c’était une question très sérieuse sur la famille, causée par la foi du fils et aussi envers le père, et il aurait été possible d’avoir une certaine responsabilité vis-à-vis de l’éducation de son fils en tant que chef de famille des lettrés. Yi Byok lui-même ne pouvait pas rester indifférent à cette situation dans la famille et il savait clairement que son père pourrait réellement se suicider. Cependant il croyait profondément que l’enseignement du confucianisme et la doctrine du christianisme ne sont pas contradictoires, mais sont complémentaires les unes pour les autres. Et alors, comment pourrait-il voir mourir son père à cause de lui ? Empêcher son père qui voulait se donner la mort, c’était une obligation d’un fils et aussi une observation des commandements de Dieu qui a demandé de remplir les devoirs de la piété filiale. Il est difficile de dire que Ch. Dallet a bien compris la conception et la culture des Coréens, qui pouvaient user de mots à double sens à cause de la politesse envers les autres dans une telle situation délicate. »[94] Sans mentionné ce que Yi Byok a usé ‘de mots à double sens’ devant son père qui le menaçait par un suicide comme a dit l’abbé Lee, Ch. Dallet a noté simplement que Yi Byok a été forcé de céder et il a déterminé Yi Byok comme un apostat, tandis que pour les Coréens, on pouvait bien le considérer comme une vertu ou une politesse. Si Yi Byok était vraiment rongé de remords avec sa conscience, il aurait pu sortir facilement et reprendre la relation avec les gens extérieur, mais il est resté dans sa maison complètement coupée de l’extérieur, donc il serait plus juste de dire qu’il a souffert à cause du préjugé et de l’obstination sévère des membres de sa famille. La sœur Kim Ok-Hi remarque qu’il y a une grande différence entre les conceptions orientales et européennes, et enfin elle réplique que les notes de Ch. Dallet n’étaient pas très justes sur les faits historiques.[95]
 
 
II. L’opinion de la mort en 1785
 
Depuis la découverte de l’arbre généalogique et la tombe de Yi Byok en 1979, il s’est levé des autres opinions pour l’année de sa mort en 1785 et la cause de sa mort, non pas par apostasie, mais par martyr ou par un témoignage de la foi.
 
 
1. L’opinion de mort par un martyr en 1785
 
On peut dire que le chanoine Byon Ki-Young, depuis 1979, est le premier qui insiste sur l’année de sa mort en 1785, par le martyre. C’est lui qui a découvert l’arbre généalogique de la famille des Yi de Kyung-Jou au début de 1979 dans un village où habitent beaucoup de familles des Yi de Kyung-Jou à Namu-gol (Mok-ri), Kwang-Jou, et le 15 février de la même année la tombe de Yi Byok dans le cimetière de Hwa-hyun 3ri, Naichon-myun, Pocheon-kun Kyunggi-do. Ensuite, le 21 juin, il a exhumé le corps en présence des représentants de l’Eglise et de la médecine, le mis dans une nouvelle bière et l’a transféré au sanctuaire de Chon-jin-am.[96] Depuis la découverte de l’arbre généalogique et la tombe de Yi Byok, le chanoine Byon rejette nettement l’opinion sur la mort de Yi Byok en 1786 par une apostasie qui était faite à la base des notes de Ch. Dallet. Il a publié une série de thèses de recherche et il insiste catégoriquement sur l’année de mort vers la fin du printemps 1785, et la cause de mort par un martyr.[97]
D’abord il remarque que la date de la mort de Yi Byok était notée pour l’année 1785 dans l’arbre généalogique de la famille des Yi qui a été édité en planche de bois gravée en relief, en 1813, durant la pleine vie de son père, Yi Bou-Man(1727-1817), qui a vécu 32 ans de plus que son fils Yi Byok, son frère aîné Yi Kyok (1748-1812) ainsi que son frère plus jeune, Yi Suk (1759-1829). « Les documents et les témoins comme l’arbre généalogique, la généalogie et la tradition orale de la famille disent que Yi Byok est mort au printemps de l’année Eulsa 1785 à l’âge de 32 ans (selon l’âge coréen), mais dans le livre de Ch. Dallet, il a noté qu’il est mort l’année Byug-o 1786 à l’âge de 33 ans, donc il a compté à la façon européenne, c’est-à-dire exactement 33 ans. Il faudrait croire ce qu’on a noté dans l’arbre généalogique qui doit être plus juste, parce que cet arbre généalogique était fait directement par sa famille, son père et ses frères en vie (vers 1810) qui n’étaient pas des gens illettrés, mais au contraire, ils étaient de famille noble et connue par les hauts fonctionnaires militaires. Cependant, si on accepte qu’il soit mort en l’année 1786 à l’âge européen de 33 ans, il faudrait changer la date de sa naissance à laquelle les notes des documents coréens sont tous concordés. »[98] Le chanoine Byon a traduit cet arbre de généalogique en coréen et présente Yi Byok comme suivant : « Le prénom de Yi Byok est Deok-Jo(德祖- différent Jo du caractère chinois qu’on avait écrit avant(德操) avec la signification de ‘ancêtre ou grand-père’, donc ce qui est dans l’arbre généalogique doit être plus juste) . Son pseudonyme est Kwangam ; Il est né en 1754 (l’année Kab-soul, 30e année du roi Yung-Jo) à Bai-al-miri(càd Doumi) Namjong-myun (actuellement Dongbou-myun) Kwangjou-koun (on dit aussi Po-cheon), il a vécu et étudié là (parmi les maîtres de Yi Byok et Cheong Yak-Yong, il y en a un qui s’appelait Yi Bang-Ik) et il a écrit un livre 崇禮義說)>. Il a marié d’abord une jeune fille de la famille des Kwon de Andong, dont le père était ministre de la défense nationale, mais elle est morte sans laisser aucun enfant. Il s’est ensuite remarié à une fille de la famille des Cheong de Hai-jou et il est mort en 1785 (l’année Eulsa, 9e année du roi Cheong-Jo) par un martyr à l’âge de 32 ans, dans un état de malade physique et d’angoisse à cause de sa foi, de sa piété filiale et de l’oppression de son père. Sa tombe est à Shinki-dong, Hwahyun-ri, Naichon-myun Pocheon-koun, où se trouvent celle de son père et de ses deux frères. Il était enterré avec ses deux femmes. Il a eu un fils dans son deuxième mariage, qui est né juste l’année avant sa mort, en 1784. »[99]
Le chanoine Byun réfute point à point les notes du livre de Ch. Dallet sur la mort de Yi Byok en 1786. Il dit qu’il pourrait peut-être admettre l’année de 1786, mais qu’il ne pourrait jamais accepter l’opinion sur la mort de Yi Byok par un apostat et il critique fermement certains historiens dans l’Eglise qui insistent sur la cause de la mort par un apostat.[100]
D’après le chanoine Byon, la traduction coréenne de la partie la plus importante des notes du livre de Ch.Dallet sur le dernier moment de la vie de Yi Byok n’a pas été correctement traduite et Ch. Dallet a abusé sur certain contenu en ajoutant son avis personnel. Voici le texte :
« Piek-i, ébranlé à la vue de semblables scènes, sentait son courage faiblir. Toutefois, il ne se rendait pas encore. Un chrétien, indigne de ce nom, vint près de lui pour l’achever afin de le perdre. Il y employa toutes les ruses, tous les mensonges imaginables, jusqu’à ce qu’enfin, fatigué de vexations, trompé par l’apostat, troublé par la vue et par les paroles de son père au désespoir, Piek-i céda. Reculant devant une apostasie manifeste, il usa de mots à double sens pour dissimuler sa foi. Son cœur avait défailli ; Dieu n’y avait plus la première place, et Dieu le rejetait, car il est écrit : celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi. »[101]
Le chanoine Byon reprend cette partie et l’interprète à sa manière en disant si même on admettait les notes de Ch. Dallet, Yi Byok aurait pu faire une concession dans une certaine mesure pour empêcher son père qui voulait se lier le cou pour se donner la mort à cause de lui, mais il a refusé clairement l’apostasie que son père imposait et usé de mots à double sens pour dissimuler sa foi, donc il ne fallait pas interpréter cette attitude comme l’acte d’un apostat. Et il réplique encore sur la phrase « Dieu n’y avait plus à la première place et Dieu le rejetait» en disant que cette phrase n’est pas logiquement développée, elle est un saut illogique. Est-il juste de dire que Dieu nous rejette quand on perd le courage ou quand le cœur est affaibli ? Comment peut-on parler d’apostasier ? Sur ce point, il est clair que Ch. Dallet a fait une grande erreur. Il a donné un passage de l’Evangile pour la justification : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. » Si c’est vrai, est-ce qu’on doit dire que tous les chrétiens qui aiment leurs parents ou leurs enfants plus que Jésus sont des apostats ? C’est tout à fait illogique de dire ‘celui qui n’est pas digne de Jésus’ doit être ‘un apostat’. Autrement, Yi Byok aurait du moins aimer ses parents et laisser son père se lier le cou pour se donner la mort? »[102] Le chanoine Byon remarque encore que Yi Seung-Houn ou Cheong Yak-Yong qui, après l’affaire de Eulsa par la découverte du ministre des crimes, ont repris les relations avec les gens de l’extérieur et ils se sont excusés sur leur façon d’agir, tandis que Yi Byok était enfermé dans sa maison jusqu’au dernier moment de sa mort, dans une situation complètement surveillée par sa famille. Tout cela donne une preuve irrécusable qu’il n’a pas apostasié. D’après lui, il est difficile d’admettre les notes de Ch. Dallet comme des matières authentiques parce qu’elles sont mélangés de matières précisés et non précisés.
Le chanoine Byon a noté également que Yi Byok était d’origine d’une famille noble de hauts fonctionnaires militaires, depuis son grand-père jusqu’à son père et ses deux frères qui ont passé le concours des fonctionnaires militaires. Après l’affaire de Eulsa, si Yi Byok n’arrêtait pas ses activités catholiques, la famille entière aurait pu avoir le risque de tout perdre, de se ruiner totalement, par exemple, risque d’être enlevée de leur arbre généalogique de la famille des Yi avec tous leurs fonctions publiques. Le père de Yi Byok a essayé de tout ses efforts pour arracher la foi au cœur de son fils et ne pouvant pas réussir, il est tombé dans le désespoir, et un jour il s’est passé une corde autour du cou pour se donner la mort. Yi Byok, ébranlé à la vue de semblables scènes, a donné un mot à double sens pour empêcher son père de mourir et il ne s’en ait jamais remis, et finalement il a attrapé une maladie courante et est mort après 8 jours de maladie. Donc il n’est pas juste de l’accuser pour son apostasie. « Devant un choix sans issu, à choisir entre l’un et l’autre, c’est-à-dire rejeter le christianisme en se liant le cou ou voir son père se donner la mort, il s’est decidé devant une apostasie manifeste et ‘il usa de mots à double sens pour dissimuler sa foi’ (expression de Dallet). Ainsi il a juré de mener une vie très réservée avec la sagesse céleste et en conclusion, il a sauvé son père et en même temps il a pu garder sa foi. Ce n’est pas donné à n’importe qui de le faire… ! L’image de Yi Byok entourée de sa famille, des membres de famille et des amis non croyants, forcée de résidence surveillée, complètement coupée avec l’extérieur sans pourvoir rencontrer personne, mais qui se dirige, pas vers un suicide, mais vers un victime du sacrifice, ne faudrait-il pas dire que son image était justement une image d’un disciple fidèle du Christ avec la croix sur le dos ? La mort de Yi Byok était plus dure qu’un martyr. »[103] En résumé, le chanoine Byon a noté clairement que Yi Byok est mort de jeûne par punition, en mourant de faim, en état de résidence surveillée. « La persécution de Eulsa en 1785 était la première persécution en Corée. Donc à cause de cette persécution, Yi Byok, personnage principal de la fondation de l’Eglise catholique de Corée, a été opprimé sérieusement par le pouvoir politique et par la coutume traditionnelle de la société du pays. Il était en résidence surveillée par la persécution aggravée de la grande famille des Yi, et de plus son père menaçait de se donner la mort. Dans cette persécution horrible et lamentable, il ne voulait pas manger ni changer d’habits, mais il témoignait sa foi par la prière et la méditation jour et nuit durant 14 jours et, complètement épuisé, il est mort en héros et saint le 14 juin (au calendrier lunaire) en 1785, à l’âge de 31 ans. »[104]
Au fond, l’attitude du chanoine Byon, qui affirme ainsi sûrement la mort de Yi Byok par un martyr, est d’abord parce qu’il a eu une sorte de conviction au moment de l’inhumation le 21 juin 1979 en présence de l’équipe du Dr Kwon Heung-Shik, professeur d’anatomie à la faculté de médecine de l’université catholique. A ce moment-là ils ont bien examiné les restes et ils ont fait une déposition en faveur d’une trace de mort par empoisonnement qui pourrait prouver le soupçon qu’on avait dit depuis longtemps chez certains confucianistes et quelques membres de la famille des Yi. Dans une circulaire non publique avec le titre , le professeur Kwon, qui était responsable des restes du comité de l’inhumation, a déclaré que ‘tous les bouts des dents étaient noircis comme des restes brûlés et spécialement le cou et le ventre étaient bleue et noire foncée, ce que l’on le trouve en général chez les morts par empoisonnement.’ Alors l’évêque du diocèse de Sou-won, Mgr Kim Nam-Sou et les membres du comité d’inhumation ont décidé d’enlever les dents pour empêcher quelles se décomposent et s’abîme, et ils les ont confié à cette équipe afin de les faire sécher par l’air naturelle et elles se trouvent maintenant bien conservées dans la salle des archives du musée de Chon-jin-am en vue de la consultation ou de la vérification du corps pour la démarche de la béatification et de la canonisation.[105]
2. L’opinion de la mort en 1785 par un témoin de foi et l’opinion suspendue
 
Il y a une tendance chez certains chercheurs de l’Eglise catholique d’apprécier positivement les résultats de la recherche du chanoine Byon, qui a publiés plusieurs articles depuis la découverte de l’arbre généalogique de la famille des Yi et la tombe de Yi Byok. Récemment, certains historiens et chercheurs d’Yi Byok ont pris position pour la mort de Yi Byok en l’année 1785, comme le chanoine Byon, au lieu de l’année 1786, et pour la cause de la mort aussi, ils ont montré en général une position négative sur l’opinion de l’apostasie avec une opinion plus proche pour la mort par un martyr ou l’opinion suspendue.
Le docteur Seo Jong-Tai, chercheur du Centre de recherche de l’histoire de l’Eglise catholique de Corée, a fait un exposé sur dans le séminaire organisé en vue de la démarche pour la béatification et la canonisation des martyrs, avec le sujet de . Dans son exposé, le docteur Seo a donné la convenance à l’année 1785 pour la mort de Yi Byok parce que l’arbre généalogique de Yi Byok établi durant la vie de son père et ses frères a plus d’authenticité.[106] De plus, il a dit qu’il trouve plus d’authenticité de notes dans (與猶堂全書)> sur l’hymne funèbre pour la mort de Yi Byok rédigé ‘entre l’été et l’automne de l’année de Eulsa 1785’.[107] Il constate aussi le fait que Yi Byok est mort durant la pleine persécution de Eulsa (1785), qu’il pourrait y avoir un rapport avec cette persécution, et il est attentif aussi au fait de la persécution réelle par la famille, compromise à cause de la persécution générale de Eulsa. Cependant, pour lui, il faudrait bien réfléchir sur la question du décès, d’abord persécuté par sa famille, puis apostasié et il aurait finalement attrapé la maladie de peste et est mort etc. Si Yi Byok a apostasié, comme le cas de Yi Seung-Houn, il aurait du brûler tous les faux livres de religion en présence de sa famille et rédiger une lettre pour prouver son apostasie et la remettre à la police, mais on n’en trouve nulle trace semblable chez Yi Byok, par conséquent son apostasie n’est pas évidente. De plus, il y a une autre opinion sur la mort par la peste, parce que la famille aurait bien pu faire circuler de faux bruits. Il mentionne également la lettre de Yi Seung-Houn envoyée aux missionnaires de Pétang en 1790 et la lettre de l’évêque de Pékin, Mgr Gouvéa, datée du 6 octobre 1790 et envoyée au préfet de la propagande de la foi de Vatican, où on parle de persécutions dans 4 ou 5 lieux différents depuis 1784, quand des chrétiens étaient arrêtés, prisonniers, battus et menacés de mort, forcés d’apostasier avec toute sorte de belles promesses. Et l’un d’entre deux a perdu la vie à cause de la torture, tandis que 60 autres chrétiens ont voulu subir la peine de mort. C’est pourquoi il souhaite faire des études plus précises sur les documents pour mieux éclairer la question du oui ou du non sur le martyre de Yi Byok.
L’abbé Lee Sung-Bai, en faisant un exposé sur le sujet de au séminaire cité en haut, a aussi mentionné l’année de 1786. Cependant, il a dit qu’il serait d’accord avec l’idée du chanoine Byun qui insiste sur l’année 1785, depuis la découverte de l’arbre généalogique en 1979, selon ce qui y était inscrit, et en même temps, il a soulevé les questions concernant la différence des dates sur la mort. « Si on regarde que l’arbre généalogique est considéré comme très important dans la société coréenne, comme une matière historique, il est plutôt raisonnable d’accepter l’année 1785 pour la mort de Yi Byok, selon la note sur l’arbre généalogique de sa famille. Par cet argument, on arrive à convenir qu’il est mort peu après l’affaire de Eulsa (1784), donc ici on peut se poser une question, pourquoi on a noté sa mort un an après ? D’abord il faudra bien réfléchir sur l’opinion qu’il aurait été empoisonné en état de résidence surveillée, a cause de la persécution de sa famille et sur la raison qu’on voulait cacher dans cette affaire. S’il est mort en résidence surveillée à cause de la foi (même s’il n’était pas attaché avec une corde, il aurait du rester enfermé à cause de l’imposition de sa famille ou de ses parents, ou bien à cause de l’atmosphère), surtout s’il était empoisonné, il faudrait dire que sa mort était une mort de martyr. Mais il y a encore des notes qui parlent de son apostasie dans beaucoup de livres historiques, il nous faut donc continuer des études précises sur la mort de Yi Byok. »[108]
L’abbé Lee remarque encore ici, comme il l’a dit dans son exposé précédent, qu’il y a eu un tort d’affirmer l’attitude de Yi Byok comme une attitude d’apostasie dans les notes de Ch. Dallet, en présentant quelques références d’argumentation. D’après lui, il pourrait y avoir beaucoup de possibilité d’inventer ou gonfler les bruits sur son apostasie et de les faire circuler par sa famille. S’il avait vraiment apostasié, il n’aurait pas eu besoin de rester dans la maison sans aucun contact avec l’ extérieur, mais il n’était pas libre de sortir, donc cela prouve qu’il était enfermé en résidence surveillée, persécuté par sa famille et qu’il est mort enfin dans des souffrances inexprimables. Deuxièmement, au cas où Yi Byok aurait été empoisonné par quelqu’un des siens à cause de la peur d’une ruine totale de sa famille, il faut considérer sa mort à cause de sa foi. Dans ce cas, il serait possible que la famille ait caché pendant longtemps cette affaire comme une grande honte familale et l’aurait déclaré que plus tard et inscrit cette vérité comme telle dans l’arbre généalogique. Troisièmement, puisqu’il était quelqu’un de haut placé avec une grande personnalité, qui a passé toute sa vie non pas pour la promotion sociale, mais plutôt comme un lettré remarquable à la recherche de la vérité jusqu’au point d’avoir l’admiration du roi Jeong-Jo et l’adoration de Dasan, qui l’a présenté comme un être céleste dans son poème, il n’aurait jamais osé commettre ce genre de trahison honteuse. Le fait qu’il a ‘usé de mots à double sens’ pour sauvegarder la valeur, montre sa haute personnalité qui ne pourrait pas apostasier par lui-même. Quatrièmement, après la mort de Yi Byok, Yi Seung-Houn et les autres confrères ont essayé de reconstruire l’Eglise catholique, dit-on dans plusieurs documents, tandis que Yi Byok y est présenté comme un dirigeant principal de l’Eglise catholique. Cela signifie qu’il était resté toujours comme une personne respectée et appréciée dans l’Eglise.
L’abbéKwak Seung-Ryong a aussi exprimé le même avis au séminaire cité en haut dans son exposé sur et il a dit que Yi Byok est mort enfermé dans sa maison à cause de l’affaire de Eulsa. Sa mort n’était pas par un apostat, mais une mort évangélique pour témoigner sa foi en Dieu et pour la piété filiale dans une sainte attitude de silence, sans rejeter la volonté de Dieu et de ses parents. « Malgré toutes les difficultés pénibles causées par la tentative de suicide de son père Yi Bou-Man et toute sorte de ruses de faux chrétiens, Yi Byok n’a pas renié sa foi en Dieu’ ni un seul mot d’apostasie. Pour empêcher la suicide de son père, il a dit simplement ‘qu’il ne sortirait plus’. Cela ne veut pas dire ‘apostasier’. En effet ce mot n’est pas tout à fait clair, mais il aurait pu le dire avec l’intention de la piété filiale envers son père obstiné. Tous les mauvais traitements qu’il a subi par sa famille et de ses parents étaient déjà des persécutions et des peines pour Yi Byok. A ce moment il a été réellement persécuté, plus qu’un martyr, par sa famille et ses parents, et finalement il en est mort. S’il aurait été arrêté et persécuté par la police, sa foi aurait pu se manifester plus clairement, mais la persécution et la peine par sa propre famille ainsi que de ses parents devaient être beaucoup plus dures et pénibles que le martyre. Ainsi Yi Byok est mort évangéliquement en témoignant sa foi en Dieu tout en respectant son père qui le persécutait. Et puisqu’il n’a pas renié clairement Dieu, il faut considérer qu’il n’a pas apostasié. »[109]
Dans 2002, publié par le Centre de recherche de l’histoire de l’Eglise de Corée, l’article sur Yi Byok est encore différent, d’une position plus ouverte que celui de l’édition de 1985. Ce qui est à remarquer dans cette encyclopédie catholique, c’est précisément que la date de la de mort de Yi Byok est plus nuancé, en disant qu’elle devait être en été de 1785 ou au printemps de 1786. L’auteur de l’article, le docteur Cha Ki-Jin, a noté que Yi Byok est mort en état de résidence surveillée par sa famille après l’affaire de Eulsa causée par la découverte du ministre des crimes. Il a présenté comme telles toutes les différentes questions soulevées autour de la date et la cause de la mort de Yi Byok. « A cause de cette affaire de Eulsa, le propriétaire de la maison Kim Beom-Ou a été arrêté et envoyé en exil à Dan-yang, tandis que Yi Seung-Houn et Yi Byok n’étaient pas arrêtés, mais ils ont été forcés d’apostasier à cause de leur propre famille. Surtout le père de Yi Byok, qui lui a interdit de sortir pour qu’il ne prenne aucun contact avec ses confrères chrétiens, et puis il a employé toutes les ruses pour le tromper par une apostasie. Entre temps, Yi Byok a attrapé la maladie de la peste et mort en été de la même année (1785) ou au printemps de l’année suivante (1786). A ce moment il avait 32 ans. Selon les études et les recherches faites sur lui jusqu’à présent, il y en a certains qui sont contre le martyre de Yi Byok et il y en a d’autres qui expliquent sa résistance jusqu’au bout contre la persécution de sa famille pour garder sa foi en Dieu. »[110]
L’abbé Kim Dong-Won a déclaré positivement le même avis avec le chanoine Byun Ki-Yung au sujet de la mort de Yi Byok dans la thèse de doctorat en théologie sur le sujet en 2003 à l’université Bo-in à Taiwan. Il a dit décisivement que Yi Byok a résisté face au menace de son père, lui qui avait peur de l’expulsion de son fils par la famille des Yi et de la ruine totale de sa famille, et à la fin, il a passé une corde autour de son cou pour se donner la mort. Alors Yi Byok est resté exprès dans la maison sans sortir, pour calmer son père, mais il n’a jamais dit un mot d’apostasie. Ainsi, envers de telle persécution cruelle de la part de sa famille, il est mort en martyr le 14 juin (en calendrier lunaire) de la même année de l’affaire de Eulsa 1785.[111]
Le professeur Choi Sun-Hwoi a fait un exposé sur le sujet de au séminaire organisé en mai 2005 sur et elle a remarqué que, dans la société de la fin de Choseon, le chef de famille était responsable et dirigeant de ses membres devant le pays et devant la société. Par conséquent, son autorité était de plus en plus renforcée dans la famille avec tous les pouvoirs. La première responsabilité du chef de famille était de faire assumer l’ordre social du pays dans sa famille. C’est pourquoi s’il y a quelqu’un de la famille qui a transgressé la loi, c’est le chef de famille qui devait subir la punition sans aucune justification, parfois plus fortement que la personne concernée. Alors quand un membre de la famille a commis un acte illégal, il n’est pas difficile d’imaginer que le chef de famille lui impose d’abord une sanction ou une punition avant qu’il soit découvert et que cela  soit source d’ennuis avec les autorités. Par exemple, quand un des enfants a violé la loi du pays, le père devait immédiatement en avertir les autorités et lui faire subir la punition. Le professeur Choi a dit que, dans cette structure sociale, si ce n’est pas le chef qui a commis sérieusement un acte illégal, il aurait été très difficile de s’opposer à l’autorité et à la punition physique du chef de famille.
D’après le professeur Choi, il devait y avoir une règle qui était officiellement admise pour que le chef de famille puisse donner une peine sévère à ses membres. Le gouvernement ne pouvait pas surveiller ou contrôler tout ce qui se passe à l’intérieur de la maison, par exemple l’attitude du chef envers ses membres, et il a pris le moyen indirect de contrôler le peuple s’appuyant sur la moralité du chef quand il s’agit de la question sur la peine de mort. Le professeur Choi pense aussi qu’il y aurait eu certainement une étape de démarche de conseil ou de persuasion de la part du chef de famille, avec amour et intérêt vis-à-vis du membre qui a agit contre lui. Mais il y avait des cas de mort à cause de mauvais traitements ou de punitions violentes continuelles par certain membre de famille. Si le chef de famille a décidé de faire mourir un membre, il est possible que ce soit par un moyen indirect. Après l’affaire de Eulsa, le père de Yi Byok, obstinément antipathique au catholicisme, a fait des efforts incroyables pour arracher la foi de son fils, mais quand il s’est aperçu que c’était impossible, il a passé une corde autour du cou pour se donner la mort. Yi Byok, enfermé et complètement coupé de relation extérieure, refusait de changer d’habits et il ne mangeait rien, et finalement il est arrivé dans un état d’épuisement. Selon le professeur Choi, toutes les conduites de Yi Byok montrent la situation souffrante infligée par la sanction de sa famille. Il demande aussi d’attirer l’attention à ce qu’on a considéré réellement Yi Byok comme un chef du catholicisme et non pas un apostat dans la société de son temps. Par exemple, dans une lettre de recours rédigée par Chungeon Yi Eui-Chai, Yi Byok est présenté comme un chef du catholicisme (, le 15 mars de 2e année de Soun-Jo), donc le professeur Choi ne trouve pas de trace qui prouve le reniement de foi ou l’ambition mondaine chez Yi Byok.
Le professeur Choi présume que le contrôle envers le catholicisme devait être beaucoup plus fort que les infractions à la loi ou les troubles contre les ordres sociaux culturels. C’est pourquoi le père de Yi Byok effrayé d’être désigné comme le père d’un chef d’une religion erronée, a persécuté son fils qui pouvait causer le malheur pour la famille. « Dans cette situation, il n’y avait aucun espoir de faire accepter le catholicisme au chef de famille, surtout pour une personne qui n’avait aucun intérêt ni envers la foi ni au catholicisme. Il était plus normal que le chef de famille décide d’enfermer ce membre partisan au catholicisme et de le faire mourir, afin de sauvegarder sa dignité et l’honneur de toute la famille. Enfin, le professeur Cho suppose que le père de Yi Byok, en tant que chef de famille, a du choisir le moyen possible pour sauvegarder toute sa famille. » 
 
 
III. Re-éclaircissement théologique sur la mort de Yi Byok
 
J’ai jusqu’ici un regard à travers les différentes questions sur la date et la cause de la mort de Yi Byok en examinant les documents historiques desquels les historiens et les chercheurs de l’Eglise de Corée ont basé leur recherche et obtenu leur opinion. Selon ces documents trouvés à l’intérieur et à l’extérieur de la Corée, qui montrent les efforts des chercheurs voulant éclairer la vérité historique, j’ai pu avoir une conviction sur la date et les détails sur la mort de Yi Byok.[112]
Quand on voit que la date de la mort de Yi Byok, comme mentionné déjà par le chanoine Byon Ki-Young et les autres chercheurs de Yi Byok, est notée dans l’hymne funèbre de Dasan Cheong Yak-Yong, qui a été composé en 1785 en mémoire des souffrances de la mort de Yi Byok et dans l’arbre généalogique de la famille des Yi, établi en 1785 durant la vie de son père et ses frères, il est plus évident que sa mort devrait être à la fin du printemps ou au début de l’été 1785, plutôt l’année où s’est éclaté l’affaire de Eulsa, que l’année 1786 notée par Mgr Daveluy dans et Ch. Dallet dans .[113] Quand on regarde la grande personnalité de Yi Byok adorée comme un homme noble de haute vertu et de la science extraordinaire mentionné par plusieurs chercheurs de Yi Byok, comme l’abbé Jou Jai-Yong et les missionnaires étrangers Mgr Daveluy et Ch. Dallet, l’homme politique et le grand penseur sans égal comme Dasan Cheong Yak-Yong, et aussi notée dans la lettre de recours rédigée par les confucianistes anti-religion européenne, considérant Yi Byok comme le chef principal du catholicisme, et encore quand on pense qu’il était déjà mort 3 mois après l’affaire de Eulsa, sans être libéré de la résidence surveillée, on peut dire qu’il n’a pas fini sa vie comme une personne faible et obéissante au menace de sa famille ou comme un apostat au catholicisme, mais au contraire l’opinion de sa mort comme un témoin de foi est bien plus acceptable comme la vérité d’un fait historique.
 
 
1. La mort de Yi Byok comme témoin de foi
 
Même si on réfère les notes relatives sur le dernier moment de la vie de Yi Byok dans les de Mgr Daveluy ou de Ch. Dallet, il m’est clair que Yi Byok est mort en témoin de foi et non pas en apostat. Et maintenant je vais en faire un éclaircissement théologique. Fondamentalement, en accord avec les argumentations de la sœur Kim Ok-Hi, de l’abbé Lee Sung-Bai et du chanoine Byun Ki-Yung qui ont un opinion semblable, je vais faire une critique sur l’argumentation théologique de deux missionnaires français qui ont défini Yi Byok pour un apostat. En considérant que la rencontre de la communauté de foi, organisée sur le principe de Yi Byok chez Kim Beom-Ou au printemps de l’année 1785, était découverte par le ministre des crimes de l’Etat, et ensuite que Yi Byok était enfermé dans la maison par ses parents, qui lui imposaient d’apostasier, et son père ‘naturellement vif et emporté’ essaya de passer une corde autour du cou pour se donner la mort, les deux missionnaires ont noté que Yi Byok ‘n’apostasia pas ouvertement, mais ‘il usa de mots au double sens pour dissimuler sa foi’ et enfin ils ont laissé une image de Yi Byok comme celle d’un apostat en donnant la référence sur la parole de l’Evangile « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. » et ils ont conclu leurs notes en disant que Dieu aussi l’a abandonné.
Cependant, je trouve absurde cette argumentation biblique de deux missionnaires appliquée à Yi Byok, pour le définir comme un apostat. Ils ont pris un passage biblique dans l’Evangile de St. Mathieu du chapitre 10 au verset 37, qui a été donné dans le contexte où Jésus envoie les 12 apôtres choisis par lui-même en leur donnant la mission de ne pas aller chez les païens ni dans la ville de Samaritains, mais d’aller plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël et de leur proclamer que le règne des cieux s’est approché.[114] Les auditeurs de cette parole étaient ceux qui ont rencontré directement le Christ dans la personne de Jésus, dont plus tard on allait confesser qu’Il est le Fils de Dieu incarné, de plus ces apôtres ont été choisis pour accomplir une mission spéciale. Ils étaient tous les disciples de Jésus qui, en vivant avec Jésus, ont écouté directement la parole de l’Evangile et vu de leurs yeux les actes extraordinaires de Jésus. Et encore Jésus a donné cette parole dans l’horizon de la littérature apocalyptique qui voyait s’approcher la fin du monde dans le feu qui brûlait toutes les choses de ce monde et par lequel Jésus voulait souligner à ses disciples l’importance décisive de proclamer l’Evangile qui apporte le salut aux gens devant le royaume de Dieu qui est proche, que de rester dans le style de vie conservatrice en observant formellement les lois traditionnelles.
En général, Jésus et ses apôtres ont observé la Loi comme les autres Juifs et ils sont allés assister à la liturgie d’adoration à la synagogue ou au Temple de Jérusalem. « N’allez pas croire que je sois venus abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir. Car, en vérité je vous le déclare, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i passera de la Loi avant que tout ne soit arrivé. Dès lors, celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements et enseignera aux hommes à faire de même sera déclaré le plus petit, et celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des cieux. » (Mat.5, 17-19). Jésus lui-même a passé son adolescence dévouée à ses parents selon la Loi. « Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth : il leur était soumis. » (Luc 2, 51) Et encore, avant de mourir sur la croix, on voit clairement son dévouement envers sa mère en la confiant à son disciple bien-aimé Jean. « Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils » Il dit ensuite au disciple : «Voici ta mère » (Jean 19, 26) Ainsi on ne peut pas dire que Jésus a donné une condition générale de le suivre comme disciple en laissant ses parents mourir comme quelqu’un qui serait un mauvais fils.
Yi Byok n’a jamais rencontré directement Jésus qui est la Vérité, le Chemin et la Vie, il n’a jamais vécu avec Lui ni entendu ses paroles, il n’a jamais vu de ses yeux ce qu’Il faisait. De plus, Yi Byok n’a pas été baptisé après avoir étudié suffisamment le dogme essentiel de l’Eglise et puis il n’avait pas le moyen d’avoir la vie sacramentelle comme les Européens de ce temps-là, mais comme l’abbé Lee Sung-Bai l’a bien remarqué, il était un lettré hautement cultivé sur le confucianisme qui avait découvert par lui-même la vérité du christianisme à travers les études des livres européens traduits en chinois en vue de compléter le confucianisme dans la société de la fin de Choseon et il a ainsi recueilli joyeusement cette vérité du christianisme parce qu’il croyait qu’elle était la vérité du salut n’abrogeant pas du tout les vertus morales du confucianisme, bien au contraire, elle les complétait. Donc il n’est pas juste de juger comme si Dieu aurait rejeté Yi Byok parce que « il n’apostasia pas ouvertement, mais il usa de mots à double sens pour écarter tous les malheurs de sa famille. » et pour éviter la mort de son père qui le menaçait en passant une corde autour du cou. Il a accompli tout cela pour la piété filiale envers ses parents.[115]
Il faut la vénération de Dieu et l’amour du prochain, mais ici dans le cas précis de Yi Byok, il s’agit de la question du respect envers ses parents et ce n’est pas la question à choisir entre l’un et l’autre.[116] Il faudrait voir cet acte de Yi Byok, empêcher son père de mourir, comme s’il l’a fait par une exigence envers la piété filiale qu’il avait compris comme la demande absolue de la Providence. Alors il serait plus juste d’interpréter son acte de piété filiale afin d’empêcher son père de mourir, sans apostasier ouvertement, comme un acte juste de la vraie foi en Dieu envers le commandement de Dieu.
La foi que l’Eglise exige pour le salut doit être justifiée sur les deux niveaux, ‘l’objet de la foi’ (fides quae creditur) et ‘l’acte de la foi’ (fides qua creditur). L’objet de la foi peut être appelé ‘la foi catégorique’, et il se concrétise par le style de vie comme le système de la doctrine, le baptême et les cérémonies d’adoration comme la messe, toutes sortes de dévotions ou les pèlerinages. Ainsi il se distingue nettement, au niveau catégorique, avec les autres groupes d’idéologie ou de religion de la société et il devient ‘le niveau clair de la foi chrétienne’ par le style possible à objectiver. Par contre, l’acte de la foi peut être appelé ‘la foi transcendante’ et elle signifie la foi qui se réalise souvent par la vie morale dans le temps et dans l’espace selon la parole de Dieu, donc la volonté de Dieu qu’un croyant entend et sent dans la profondeur de son cœur pendant des moments de contacts avec son environnement (le voisin, l’autre vie ou les choses etc.) dans la réalité quotidienne. Cette foi transcendante s’incarne par un acte moral ordinaire qui n’est pas un acte chrétien objectivé clairement, par exemple une action d’aider les pauvres ou les malades sans aucune condition. « Tous les actes moraux ordinaires se réalisent dans l’horizon de la compréhension surnaturelle par la grâce donnée en vue de la volonté du salut ordinaire de Dieu et ils sont toujours les types de la foi surnaturelle et c’est pourquoi ils deviennent les actes du salut. »[117]
Cependant, la question du pour et du contre sur l’apostasie fait partie avant tout de la question du salut, c'est-à-dire plutôt la question de la foi transcendante’ que ‘la foi catégorique’. Jésus a affirmé comme suit : « Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur’ ! Pour entrer dans le royaume des cieux (‘la foi catégorique’), il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux (‘la foi transcendante’). » (Mat. 7,21). Aujourd’hui parmi les chrétiens, il y en a pas mal qui semblent mener une vie chrétienne apparemment fervente. Par exemple, aller à la messe du dimanche régulièrement et y recevoir la sainte communion etc, mais souvent ils sont les chrétiens ‘moirés’ qui mènent une vie moralement plus honteuse que les non-croyants ou les gens sans religions. Par contre, il y a beaucoup de gens qui se donnent sans condition pour le progrès commun de l’humanité sans appartenir à aucune religion ni à une église quelconque et ceux-ci, comme K. Rahner a deviné, pourraient être ‘les chrétiens anonyme’ menant une vie cachée avec la pratique de la volonté de Dieu.[118]
Yi Byok, après l’affaire de Eulsa’, dans un état de résidence surveillée et complètement coupé de l’extérieur, a été forcé, avec toutes les ruses et les mensonges de menaces, afin qu’il rejette ‘catégoriquement la foi chrétienne’ par son père et les autres membres de sa famille, qui avaient peur de l’expulsion ou de la ruine totale de la famille, mais il n’a pas apostasié ouvertement. Par conséquent, il n’a pas perdu ‘sa foi catégorique’ et en même temps il a gardé ‘sa foi transcendante’ en obéissant à la volonté de Dieu et pratiquant la piété filiale en usant de mots de double sens’. Donc il est juste de dire que Yi Byok s’était conduit comme un témoin de la foi en Dieu au niveau de la foi catégorique et aussi celui de la foi transcendante, malgré une telle circonstance extrêmement menaçante.
Selon l’arbre généalogique de sa famille, Yi Byok est mort au printemps ou en été de l’année 1785, quelques temps après l’affaire de Eulsa. Ainsi les notes de Mgr Daveluy et de Ch. Dallet sur la mort de Yi Byok perdent son authenticité en disant qu’il était horriblement persécuté par les remords après avoir apostasié par obéissance à ses parents et à la menace de sa famille et il est mort de la maladie de peste en 1786. Son père Yi Bou-Man (1727-1817) avait vécu jusqu’à 91 ans, son frère aîné Yi Kyok (1748-1812) 65 ans, et son frère plus jeune (1759-1829) 71 ans. Cependant, selon les notes de Mgr Daveluy, ‘Yi Byok avait une taille de huit pieds, d’une seule main il pouvait enlever cent livres de poids et il était encore un jeune homme de 31 ans, donc il est difficile d’admettre l’opinion de sa mort comme une maladie courante, lui seul et sans toucher aucun autre membre de la famille.[119] Comme plusieurs chercheurs ont pensé, il est possible que la famille ait fait courir des faux bruits en disant qu’il est mort de la maladie courante, différemment de la vérité. Et aussi quand on voit que Yi Byok est mort chez lui dans un état de résidence surveillée, bien autrement que Yi Seung-Houn et les autres apostasiés, et comme plusieurs chercheurs l’on fait remarqué, on ne peut affirmer qu’il est mort d’une persécution violente par sa propre famille. Le dernier moment de la vie de Yi Byok est bien connu comme quoi il était en résidence surveillée, complètement coupé de l’extérieur, il ne changeait même pas ses habits, ne se livrait pas au sommeil et ne prenait aucune nourriture. Comme le professeur Choi Sun-Hwoi a remarqué, il semble que son père, effrayé d’être considéré comme un père du chef de la fausse religion et pour sauvegarder sa dignité et celle des autres membres de la famille, a jugé bon de persécuter, jusqu’à le faire mourir, son fils qui lui paraissait un personnage dangereux qui apporte tous les malheurs à la famille.
Basé sur toutes ces argumentations ci-dessous, je déclare, avec l’abbé Jou Jai-Yong et les autres chercheurs, que Yi Byok est mort, pas comme un apostat, mais comme un témoin de la foi. Car je crois que tous les documents historiques trouvés jusqu’à présent en Corée et à l’étranger ainsi que les études des chercheurs sont suffisantes pour confirmer que Yi Byok est mort en tant qu’un témoin de foi.
 
 
2. Proposition de l’examen pour le pour et le contre du martyr de Yi Byok
 
Je détermine la mort de Yi Byok comme un témoin de la foi mais je réserve de porter un jugement décisif sur la mort d’un martyr. Car je crois qu’il faut plus de matières ou de documents pour prouver l’opinion du chanoine Byun Ki-Yung qui insiste sur la mort de Yi Byok comme un martyr parce qu’il est mort de la punition de jeûne imposé par sa famille.
Cependant, comme mentionné auparavant, le chanoine Byon a découvert l’arbre généalogique de la famille des Yi et sa tombe. Et au moment du transfert de ses restes à Chon-jin-am, on a trouvé ses dents et le ventre changés de couleur en noir et, selon le témoignage du professeur Kwon Heung-Sou, qui y était présent comme représentant du groupe médical et qui a dit que ces traces noires se trouvent normalement chez des personnes empoisonnées, le chanoine Byon a dit qu’il a enlevé les 23 dents avec le sangt’u, chignon de la chevelure et les a séchés par l’air naturel pour qu’ils ne pourrissent pas en vue de les montrer aux gens intéressés si c’est nécessaire. Si le bruit de l’empoisonnement transmis depuis longtemps à travers la famille de Yi Byok et quelques confucianistes peut être vérifié comme le vrai fait après l’examen de la médecine légale, il y a beaucoup de possibilité de confirmer sa mort par un martyr.
En considération de tous ces témoignages, je propose au comité extraordinaire des évêques pour la béatification et la canonisation des martyrs coréens (moi en tant qu’un membre de ce comité) de commencer le plutôt possible l’examen de la béatification et de la canonisation pour le pour et le contre sur martyr de Yi Byok. Chaque fois que j’entendais les remarques de l’abbé Jou Jai-Yong et des autres chercheurs, sur le fait que Dasan Cheong Yak-Yong adorait Yi Byok même 40 ans après sa mort en le respectant comme un être céleste et chérissant tout le temps le souvenir de sa haute vertu et de sa vaste érudition, surtout Dasan qui était un grand penseur de Kyung-seo sans égal dans la société de la fin de Choseon, je me sentais dans une profonde émotion. Et en lisant les Notes de Mgr Daveluy où se trouve une note péjorative sur le dernier moment de Yi Byok, mais en même temps une note si hautement estimée sur la personnalité de Yi Byok, je ne pouvais cacher l’admiration vis-à-vis de ce grand homme. Yi Byok, présenté par les notes d’un missionnaire étranger et remarqué visiblement encore 75 ans après sa mort parmi ses chrétiens de l’Eglise catholique, est justement un reflet d’un grand personnage de haute vertu, de la science et d’un vrai apôtre qui s’était donné toute sa vie pour la transmission de la Vérité.[120]
Mgr Daveluy a décrit Yi Byok comme un grand personnage à comparer à saint Jean-Baptiste qui a préparé le chemin pour le Christ. Selon Mgr Daveluy, « il avait une taille de huit pieds et d’une seule main pouvait enlever cent livres (60 Kg), il était large et bien fait, son extérieur était imposant et attirait naturellement tous les regards, ses talents ne le cédaient pas à un extérieur si avantageux, sa facilité de parole pouvait se comparer à l’écoulement majestueux d’un fleuve et doué d’une intelligence supérieure en tout, il ne cherchait que la raison des choses et les vrais fondements de la doctrine.[121] Il a noté encore que Yi Byok, ayant appris que le fameux docteur Kwon Cheol-Shin avec Cheong Yak-Jeon et les autres nobles studieux et amateurs de la science se rendirent dans une pagode pour s’y livrer ensemble à des études profondes, lui aussi est parti pour les rejoindre sur les routes couvertes de neige, difficiles et ardues à distance de plus de 100 lys (40 km) et il parvint enfin à une pagode vers minuit, mais en apprenant qu’il s’était trompé de pagode et qu’il fallait aller de l’autre côté de la montagne, sans se décourager, il pousse sa pointe pour passer, de nuit, une énorme montagne couverte de monceaux de neige et des tigres nombreux, en défendent les abords. Enfin, à travers toutes ces aventures, il arriva à un édifice isolé et perdu dans le sein des montagnes, le lieu de la réunion d’études. Pendant plus de dix jours durant cette réunion, ils approfondirent toutes les question sur le ciel, le monde la nature humaine et étudièrent les livres de morale des grands hommes etc, et ils en vinrent à examiner quelques livres philosophiques et mathématiques composés en chinois par les Européens etc. A la fin, ils eussent désiré se mettre de suite à la pratique de toutes les règles indiquées par le christianisme ; pour se livrer à la méditation, ils se prosternaient tous les jours matin et soir et pour penser aux exercices de l’âme, ils cessaient toutes les affaires du monde et faisaient abstinence tous les 7, 14, 21, 28 du mois. » En fait Mgr Daveluy les a présenté déjà comme les chercheurs surhumains de la vérité, en pratiquant les exercices spirituels. Plus loin Mgr Daveluy a noté encore sur l’ardeur extraordinaire de Yi Byok ; le 15 avril en lunaire de l’année Kyé-myo 1783, après avoir été à Maj-ai dans la famille des Cheong pour l’anniversaire de la mort de sa sœur, il monta sur un bateau avec les deux frères Cheong Yak-Cheon et Yak-Yong pour se rendre à la capitale. « Pendant le trajet, à travers toutes les conversations sur les études et les discutions au long et en détails des dogmes du catholicisme, tous convinrent de la vérité de ces dogmes et y ajoutaient foi, et tous les passagers qui entendaient pour la première fois ces vérités si belles et si consolantes en étaient tout hors d’eux-mêmes et saisis de joie ».[122]
 
Mgr Daveluy a noté encore : « En 1783, Yi Byok, ayant appris que Yi Seung-Houn devait suivre son père Yi Dong-Ouk à l’ambassade de Pékin, fut comblé de joie et alla de suite le trouver et lui demanda d’aller voir les missionnaires européens et de s’informer sur tout ce qui est de l’Europe et de l’Eglise catholique, enfin de leur apporter tous les livres nécessaires. Enfin Yi Seung-Houn a reçu le baptême à Pékin au printemps de 1784 et il est revenu avec tous les livres et les objets religieux. Alors Yi Byok les ayant à peine reçus, emprunta une maison et s’y est enfermé pour s’adonner à cette étude. Ainsi Mgr Daveluy a présenté Yi Byok comme un personnage qui s’était entièrement livré à l’étude des livres religieux, un vrai homme de la recherche de la vérité,[123] et il a montré son respect comme à celui qui avait ‘les idées élevées avec la belle conduite et qui était humble en se faisant baptisé par Yi Seung-Houn.[124] Et il a admiré l’intelligence et l’argumentation bien logique et claire de Yi Byok qui a débattu dans une conférence publique, devant ses amis et les auditeurs, sur les questions de la vérité et de la doctrine chrétienne avec les grands lettrés confucianistes comme Yi Ka-Hwan (1742-1801) et Yi Ki-Yang (1744-1802), dont ‘la lucidité à renverser toutes les raisons de son adversaire était brillante comme le soleil’.[125] De plus, il rends tous les mérites à Yi Byok, habitant de Yang-Geun, ayant rendu visite à Ma-jai, dans la famille des Kwon, qui avait fait naître plusieurs grands personnages depuis la dynastie de Koreo et fait baptiser dans le catholicisme entre autres le grand renommé par la science, ainsi que par sa belle conduite, Nokam Kwon Cheol-Shin(1736-1801) et ses frères, et ‘en assurant l’autorité de son nom, de sa science et de sa conduite, il a mis tant de zèle et d’empressement pour la proclamation de la vérité du salut que le district de Yang-Keun pouvait à juste titre être considéré comme le berceau de la religion en Corée.’[126]
 
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